Il y a des textes que je trouve renversants

NikosKazantzaki_4
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Dans sa magnifique Lettre du Greco, Nikos Kazantzaki écrit :

“Quand mon pèlerinage fut achevé, je suis resté quelques jours à Boukhara pour me reposer, j’ai senti, après tant de gel inhumain en Sibérie, le soleil bien-aimé tomber sur moi et réchauffer mes os et mon âme. J’étais arrivé un peu avant midi, il faisait très chaud mais on avait arrosé les rues, et l’air sentait le jasmin. Des musulmans, portant des turbans multicolores, étaient assis sous des tonnelles de chaume et sirotaient des sorbets rafraîchissants. Des enfants joufflus, la poitrine découverte,trônant sur des hauts escabeaux, dans les cafés, chantaient de passifs amanés orientaux. J’ai acheté un melon, je me suis assis à l’ombre de la célèbre mosquée de Kok-Kouba, j’ai posé le melon sur mes genoux; j’avais très faim et très soif, je l’ai coupé, tranche par tranche, et je me suis mis à manger; son parfum, sa douceur, arrivaient jusqu’à la moelle de mes os. J’étais comme une rose de Jéricho fanée; je m’étais plongé dans la fraîcheur du melon, j’avais ressuscité. Une fillette est passée, qui devait avoir sept ans; son dos était couvert d’une foule de tresses minuscules et à chaque tresse pendait un coquillage ou une pierre bleue, ou un croissant de bronze pour chasser le mauvais oeil; et tandis qu’elle passait devant moi ses hanches se balançaient comme celles d’une femme adulte et l’air a embaumé le musc. A midi le muezzin est monté sur le minaret qui me faisait face; il avait une barbe toute blanche, un turban vert; il a posé la paume de ses mains sur ses oreilles et s’est mis, en regardant le ciel, à appeler les fidèles à la prière; et tandis qu’il criait, une cigogne a plané dans l’air embrasé et est venue se poser, sur un pied, au sommet du minaret. J’ouvrais les oreilles et j’écoutais, ouvrais les yeux et regardait. Je savourais le fruit très doux et parfumé, j’étais heureux. J’ai fermé les yeux; mais j’ai craint de tomber dans le sommeil et de perdre tout ce bonheur, je les ai rouvert…(…)

Moi, que voulez vous, des textes comme ça, ça me renverse !

Toutefois, je vous assure que…
Parfumer les ragoûts à la Légion d’honneur
L’escargot archange

3 responses to “Il y a des textes que je trouve renversants

  1. je n’ai jamais lu kazantzaki, juste vu l’adaptation de son livre par scorsese — je pense d’ailleurs acheter le livre pour le coup.
    Tiens, quel ouvrage me conseillerais-tu pour aborder cet auteur?
    Pour ma part je suis tombé sur ton blog en faisant une recherche sur panait istrati (c’est d’ailleurs par le biais de celui-ci que j’ai entendu parler pour la première fois de kazantzaki, lequel a écrit de très belle chose sur istrati).
    Je lis actuellement les oeuvres complètes d’istrati. J’avais été boulversé à la lecture du “pelerin du coeur”, ouvrage regroupant des écrits magnifiques, d’une force peu commune, et qui n’ont pas pris une ride (d’une vraie modernité à mon sens). je t’en conseille donc la lecture.
    bien à toi.
    Rg

    ——
    SW2: Je n’ai pas tout lu mais, vite et sans hésiter, et dans l’ordre :
    – Lettre au Greco. Souvenirs de ma vie (1956) (magnifique).
    – Le Pauvre d’Assise (1956) (magnifique – pour ceux qui ont l’âme spirituelle)
    – Toute la série des Voyages : voyage I : Chine-Japon (1935-58) voyage II : Russie (1928) – voyage III : Espagne (1937) (splendides mais sont-ils encore édités?)
    – L’Odyssée (1924-39) (mais il faut être courageux)
    – et bien sûr Le Dissident (biographie de Nikos K par Eleni N. Kazantzaki (il était édité à l’époque chez Plon)
    Mais tout Kazantzaki est beau, immense…

  2. Nikos Papadoulakis

    Lettre au greco est vraiment magifique. L’air de la Crete est déjà dans votre appartement dès lors que vous ouvrez la première page de cet ouvrage.
    Dommage que les rééditions ne suivent pas.
    Actuellement beaucoup d’ouvrages de Nikos Kazan sont épuisés.
    A bientôt sur votre site
    Kali spera
    Nikos Papadoukalis

    • Nikos va lui-même te dire pouquoi ces carences d’éditions et de réeditions révoltantes “les tendances de mon œuvre ne sont pas tout à fait “conformistes” …….. Ni les autorités politiques, ni l’église, ni la vieille garde de l’ordre établi ne sont d’accord avec moi.
      Tant que j’écrivais des vers, ils se sont bornés à ne pas me lire ; la poésie n’atteint pas les masses, elle ne leur est donc pas dangereuse ……… Mais lorsqu’il y a quelques années, je me suis mis à écrire des romans accessibles au grand public, alors ils se sont alarmés et la persécution et la calomnie se mirent en action. Ils voulaient brûler mes livres et jeter l’anathème sur l’auteur. Mais en même temps, les larges masses, intriguées, se sont mises à me lire. Elles découvrirent que je combats les facteurs de leur misère, les promoteurs de leur ignorance ; que je m’insurge contre l’injustice et que je prêche un christianisme pur, exempt de toutes les tares dont l’ont défiguré et alourdi quelques serviteurs indignes du Christ …..” .  
      Honte à l’humanité ! ! ! et ya sou Kriti , cette terre dont Nikos a écrit “la Crète m’a donné la vie, la terre de Crète boirra mon sang” et qui nous a donné tant d’hommes fantastiques, surdimentionnés (Théodorakis, El Greco, Vénizelos ……. pour ne citer qu’eux).
      Kali nikta.
      Catherine Plumé

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