Oui, je sais… archi connu ! et alors ?

Je sais qu’on l’a vue partout mais la carte postale était sur un tourniquet du coin de la rue et je l’ai achetée pour occuper Maman qui passe maintenant des heures à la regarder et à la lire comme une histoire : la femme à l’enfant, le cordonnier, l’ouvrier de la ville qui répare les feux, le cheval, l’ombre de l’arbre ; c’est un vrai film cette photo et, avec Alzheimer, ça fait plein de choses à regarder et à raconter. Toutes ces vies simultanées (dont une seule – rien que le haut avec le cheval, ou rien que le bas avec la femme – aurait suffit à faire une photo inoubliable). Vies comme suspendues (la femme n’a pas encore posé le pied par terre …) et saisies en instantané au moment précis où il appuyait sur le déclencheur. On entend même l’écho des sabots sur les pavés… Trois secondes plus tard, il n’y avait plus rien… le cheval était passé, la femme avait tourné le coin… Immense !


© Willy Ronis évidemment – Belleville, Ménilmontant.
(Oui, je sais, les noirs et les blancs sont affligeants mais parce que c’est pris avec mon appareil numérique à partir d’une carte sépia mal reproduite. Désolé).

PS1 : C’est fou ce qu’on a perdu en voyant tout en couleur maintenant. Je vais me remettre à regarder en noir et blanc : comme mes nuits sont déjà blanches et que mes jours sont déjà noirs, je suis déjà presque un vieux Leica !

PS2 : Pour dire que je n’aime pas trop qu’on dise “oui, mais bon, c’est archi connu…” d’un air méprisant. Genre : “la Joconde c’est archi connu”.
Où est le problème
? C’est vraiment gênant que ce soit archi connu ? Plus ça va, et plus j’aime les chose archi connues justement ! Je crois même qu’un jour je vais en faire la liste. Genre catalogue exhaustif de la Création, depuis les premiers jours de la Genèse. ça va être long et je sens que ça va m’occuper un moment. Les coccinelles c’est archi connu, et les cerisiers en fleurs, et la Messen si mineur de Bach, et la lumière dorée des petits matins d’automne, et les moineaux du luxembourg… Archi connu ? Il n’y aurait pas de quoi s’étonner ? Vraiment ? Moi tout m’étonne !

3 responses to “Oui, je sais… archi connu ! et alors ?

  1. Nico2

    Je rajouterais juste que le nom de la photo, c’est “Avenue Simon-Bolivar” il me semble ;-)

    —–
    [Switchie2 : … oui, ma très grande faute, j’aurais du le préciser … Du coup, en vérifiant, je suis tombé sur ceci :
    “Cette photo, je l’ai faite en 1950. J’étais là, dans cet escalier, j’attendais quelque chose, parce que je voulais qu’il y ait un peu de monde qui passe. À un moment donné, j’entends une voix de femme derrière moi, qui parlait à son enfant, qu’elle tenait dans ses bras. J’ai attendu qu’elle me dépasse, et miracle, miracle qui arrive quelquefois dans la photographie : quand elle est arrivée en bas, est passé cet attelage étonnant – car même en 1950 il n’y avait plus tellement d’attelages avec des chevaux. Et ce qui est amusant, c’est qu’il y a en même temps cet ouvrier municipal, qui en train de réparer ses feux tricolores, et des femmes qui promènent leurs enfants dans des poussettes derrière. Et puis le petit cordonnier qui parle avec le client. Et le petit chat noir, en bas de l’escalier. C’est une photo pleine d’histoires !”

    Citation de Willy Ronis extraite du film “Autoportrait d’un photographe”, de Michel Toutain et Georges Chatain, 1983, 52′ (production Pyramide Productions).]

  2. julia

    This is the first thing my eyes have focused on this morning. Today is a day of rest after after an intense few days. What a treat for the eyes! and as you say, how restful it is to see a black and white photo,
    The picture slows you down to its pace.
    I can hear the sound of the horses hooves, the gentle clinking of the tools of the man repairing the lights, and a much softer step of the mother as she goes down the steps while her child chatters away.
    Nice sounds to start the day with.
    Thanks

  3. Pidou

    Dimanche dernier, j’ai vu cette photo, et une trentaine d’autres de Willy Ronis, toutes de Belleville Ménilmontant, prises entre 1947 et 1955, toutes racontant des histoires d’amour, de repos, de travail, de bistrots, de rues désertes mais où traîne encore la présence des passants… Il devait y avoir à peu près 5000 autres photos dans l’exposition (c’était à une biennale de l’image), mais à quoi bon ? J’ai traîné un peu et je suis retourné me perdre dans ces rues. C’était merveilleusement beau, sublime même. Pouvoir se perdre en prenant un peu de temps à imaginer des histoires sans être assailli par le présent, s’imaginer un passé fictif qui est celui, réel, des autres…

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: