Et si je cassais carrément les aiguilles ?

horloge02
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Dans la course à la montre contre Alzheimer, c’est évidemment alzheimer qui va gagner. C’est une course terrible où, avec chaque jour qui passe, le temps devient de plus en plus court, de plus en plus serré, de plus en plus stressant. Du coup je repense souvent au temps où j’avais le TEMPS de profiter de la vie, au temps où la vie s’écoulait lentement… Au temps où j’étais heureux en fait.

A Sienne, dans cette sublime petite ville italienne où j’aimais tant aller, il y a sur l’inoubliable Piazza del Campo, l’imposante Torre de la Mangia. Et, à mi-hauteur, une horloge qui a la particularité rare de ne pas avoir d’aiguille pour les minutes. Juste celle des heures, qui ne bouge donc pratiquement pas. Le temps sans les minutes s’écoule lentement et vous donne le temps de vivre : on se lève le matin pour prendre un premier café à un bout de la place ovale, le soleil est doux et doré comme un croissant; dès qu’il tourne, on change de café pour suivre ses rayons et on prend un autre capuccino. Vers l’heure de l’apéritif

on se déplace encore de quelques chaises pour avoir un peu d’ombre sous les parasols ; puis c’est l’heure de penser à déjeuner: on passe à une autre terrasse à l’ombre: pasta, basilico, parmezziano… On regarde l’horloge : l’aiguille des heures n’a pratiquement pas bougé – quelques millimètres à peine… L’aiguille ne tourne pas mais nous on tourne autour de la place, de café en café, les yeux baignés dans la lumière argentée de la douce Toscane… Puis c’est la sieste à l’hôtel, quelques notes de Scarlatti qui tombent en grappe comme une glycine bleue d’une fenêtre de la très magique académie Chigiana et puis retour sur la place quand il fait moins chaud. Et de nouveau on suit la lente course du soleil autour des palais de briques rouges. La place est ovale, on tourne lentement. Puis c’est l’heure du dîner : la nuit est bleue, le ciel est pur, les briques chauffées par le soleil commencent à tiédir, les touristes bruyants sont repartis, les hirondelles piaillent comme des folles. Pas d’aiguilles des minutes : on a tout le temps, l’aiguille des heures bouge à peine. La nuit est tombée doucement, on entend au loin des bruits de fourchettes et de verres qui tintent, des rires d’amoureux, des cris enfants qui jouent sur la place…. Les hirondelles ne vont pas se coucher, la nuit bleue va durer encore longtemps, on est au coeur d’un petit morceau de bonheur. Quand on regarde le ciel en basculant la tête en arrière, les palais de brique rouge s’inscrivent exactement dans la courbure de la rétine. Le chianti n’y est pour rien mais tout est arrondi et au milieu de l’arrondi bleu, des martinets ivres de joie tracent des traits rapides au fusain dans un ciel couleur de dragée … Bon, faut que j’arrête de rêver : c’est décidé, je vais m’acheter une montre sans aiguille des secondes ni aiguille des minutes. Assez d’être stressé à Paris avec alzheimer. Puisque mon cerveau est pulvérisé, autant pulvériser le temps également. Et les aiguilles aussi. Tic – tac – tic – tac. marre – marre – marre

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J’ai vraiment un problème avec le temps qui passe !
Nostalgie des temps heureux
Le basculement de l’espace-temps
Si Dieu me donnait juste 3 petites secondes
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Pour aller à Sienne en Toscane

2 responses to “Et si je cassais carrément les aiguilles ?

  1. Pancho

    Le temps…rien n’est pire que de voir le temps passer sans pouvoir réagir…

  2. Claire

    Très beau texte que celui ci ..

    Il me rappelle ma propre notion du temps en Italie, les quatre fois où je m’y suis rendue : il semble ne pas s’écouler de la même façon .. Venise, Bergamo, Florence .. les terrasses, la lumière sur les monuments, dans les rues, le ciel puis, les odeurs … près des marchés je m’en souviens nettement…
    À Bergamo, un mois d’août quasi équatorial dès le matin: la pluie fine caressante et cette si douce chaleur, voluptueuse et .. enveloppante .. ! Délice …. Peut être bien propre à l’Italie, ces heures qui se détachent lentement, en harmonie avec le rythme intérieur comme ralenti, puisqu’ailleurs, comme l’Allemagne, notamment, je n’ai jamais ce sentiment là d’étirement, faisant fi de la montre comme si elle n’était pas compatible avec ce pays où le temps serait en harmonie avec l’Etre … ?

    Souvenirs magiques …

    Merci Switchie.

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