Une fraîcheur comme de neige très haut dans le ciel…

ciel.jpg
Je suis en train de lire ce poème de Philippe Jaccottet…

Tout à la fin de l’hiver
il y a ceci encore de fidèle
autant que les premières fleurs :

une fraîcheur comme de neige très haut dans le ciel,
une espèce de bannière
(la seule sous laquelle on accepterait de s’enrôler),

une espèce de fraîche étoffe qui se déplierait
au plus haut, comment dire ?
indubitable ! bien qu’invisible dans le bleu du ciel,
aussi sûre que chose au monde que l’on touche.

Je ne sais pas, je ne sais pas quoi dire
sinon que cela semble, un soir, se déplier très haut,

hors de la vue,
même pas se déplier :
être là, être grand ouvert
(ce n’est pas assez ou c’est trop dire,
mais on ne peut ni l’oublier, ni le taire).
Un mouvement de toile, très haut, presque hors de ce monde,
qui produirait ici de la fraîcheur
sur votre front.

Ce n’est pas de la neige,
ce n’est pas une bannière blanche ou bleue
ni rien qu’on puisse vraiment déployer :
il n’y a pas de place aussi haut pour rien de tel,
pas même pour une colombe !

Et c’est pourquoi aussi cela pourrait échapper
à toute espèce de chasseur.

(Si les visages de ces ombres qui passent ici
sont pareillement tristes,
serait-ce d’être devenus aveugle à ce qui ne peut se voir ?)

Philippe Jaccottet, Après beaucoup d’années.

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