Ah qu’il est joyeux et coquet notre urbanisme contemporain !

Généralement, je fais deux sortes de promenades : soit le Luco – évidemment. Soit carrément dans mes musées numériques, dans des toiles que j’agrandis à 200% jusqu’à ce que, hop, la tête bascule et que je passe de l’autre côté, pour tomber dans la peinture elle-même, dans le petit paysage

Aujourd’hui tenez, je suis reparti dans une petite ville que j’aime bien parce qu’elle est tout le contraire de ce que tous ces crétins d’idéologues de l’urbanisme contemporain nous ont fourgué depuis la Charte d’Athène.

ville2Corbusier
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A propos de Charte d’Athènes, j’écoutais récemment une conférence Pierre-Robert Pitte sur Le Corbusier et il n’y allait pas avec le dos de la cuiller !

Il évoquait notamment les quelques 170 “grands ensembles” – mais oui, vous savez, ces ZUP de merde qu’on appelle aujourd’hui “quartiers”. Vous vous demandez d’où ils viennent ? Pas seulement de l’urgence de l’après-guerre où il a fallu reconstruire, mais surtout d’un vrai projet idéologique exprimé précisément dans cette fameuse Charte d’Athène. Ce petit livre terrifiant a été la bible de pratiquement tous les architectes qui ont dessiné l’urbanisme contemporain.

Tous ces architectes se tournaient résolument vers la modernité et marchaient le regard tourné vers les lendemains qui chantent… Pas étonnant d’ailleurs : la Charte d’Athène a paru pendant la guerre où tous les intellectuels étaient fascinés par les début du fascisme Italien et Allemand d’un côté et du communisme Stalinien de l’autre.. Sacrée alternative ! La Charte d’Athène n’est qu’un des maillons mentaux de cette idéologie de merde.

Plus besoin de respecter – comme dans la jolie petite ville que je vous montre – les spécificités régionales ou culturelles. Non, ces grands idéologues de l’urbanisme avaient un projet totalitaire beaucoup plus génial : ils voulaient créer la ville idéale, la ville utopique, la “cité radieuse” où, rendez-vous compte, tout serait intégré dans le collectif… Et donc quand il a fallu construire beaucoup de villes dans les années 60, les urbanistes ont tous pris le même petit manuel et, bingo, ça a donné Sarcelles et les cubes, et les tours, et les barres… Génial non ?

Je me rappelle très bien quand ces idéologues ont commencé à ériger leur univers concentrationnaire radieux que sont leur 170 ZUP ou “cités” comme ils disent maintenant. Et qui rassemblent aujourd’hui toutes les misères de la terre : problèmes de chômage, problème d’intégration, problèmes sociaux, problème de drogue… Je ne dis pas – et Pierre-Robert Pitte ne dit pas – que Le Corbu est responsable de ça, mais sa responsabilité est d’avoir pensé que son truc “radieux” rendrait les gens heureux. Le Corbusier n’utilisait d’ailleurs pas le mot “maison”. Pensez donc, “maison” ça pue le petit bourgeois individualiste ! Non, il parlait de “machines à habiter” !

Terrifiante cette influence qu’ont eue les idéologues après la guerre et depuis. Avec une pensée totalitaire qui prétendait imposer aux gens le “meilleur des mondes sur terre” (comme voulaient le faire précisément les régimes soviétique, nazi, mussolinien qui ont tous imposé – curieux non ? – un même urbanisme et une architecture de triple merde).

C’est en faisant vivre les gens dans le “collectif” que ces idéologues pensaient faire naître leur “homme nouveau”. On a vu ce que ça a donné : des clapiers. Beau totalitarisme qu’on paye cher aujourd’hui dans nos ZUP, non pardon, quartiers, non pardon cités, “banlieues”…

Les gens prennent l’autoroute “A6″ et moi je prends “Luc 24″
Agrandir à 200% et sauter dans une autre dimension du temps
J’aime tout ce qui est Suisse sauf le Corbusier

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Petite parenthèse sur deux livres d’architectes :
Tout ce que j’ai aimé chez le Corbusier c’était son livre [non, juste l’introduction à son livre] Quand les cathédrales étaient blanches”. Une introduction fulgurante de beauté qui m’avait soulevé l’âme quand j’étais petit. Il se trompait carrément sur la blancheur des cathédrales polychrome du Moyen-âge mais son introduction était magnifique : «quand les cathédrales étaient blanches, l’univers était soulevé tout entier par une immense foi dans l’action, l’avenir et la création harmonieuse d’une civilisation…» etc. Si vous ne lisez qu’une chose du Corbu, lisez juste cette courte introduction, juste pour la beauté du texte.

Mais dans le genre architecte contestable j’ai toujours admiré Fernand Pouillon. Evidemment PAS pour ses clapiers à lui aussi, mais pour ses “Mémoires d’un architecte” et surtout, surtout, pour ses “Pierres Sauvages”, ce texte absolument splendide qu’il avait écrit en prison et qui lui aussi m’avait emporté l’âme : journal du moine cistercien maître d’œuvre de l’abbaye du Thoronet… Absolument magnifique, éblouissant et inoubliable …

Image de la petite ville : Herri met de BLES, Landscape with Christ and the Men of Emmaus. (détail) Oil on wood, 34,1 x 50,5 cm; Museum Mayer van den Bergh, Antwerp

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