sriiii, pök-pök-pök, tchink et tchouk, tchouk…

AtomicCountBasie
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Tout à l’heure, en me balladant au Luco, je me suis dit qu’on serait dans une sacrée merde si – à la suite d’un cataclysme genre bombe atomique (oui, c’est la couverture du disque ‘E=MC2’ de Count Basie que mon frère avait acheté à la fin des années 50 et qui m’a fait découvrir le jazz quand j’étais jeune avant que je ne bascule définitivement dans le baroque) – … donc je disais qu’on serait dans une merde noire si on avait à refaire la Création à partir des seuls dictionnaires de l’Académie … Leurs définitions sont nulles [bon, disons très insuffisantes ] car, avec le peu de renseignements qu’ils nous donnent, on ne pourrait rien reconstituer de façon précise.

Par exemple le merle que j’entendais chanter tout à l’heure, ils disent en gros (je vous la fait courte) :

Oiseau ayant un plumage sombre sans taches (noir chez le mâle adulte, brun-roux chez les jeunes et la femelle) et un bec fort et arqué (jaune chez le mâle adulte), remarquable par son chant : un merle chante, siffle; merle moqueur, rieur, siffleur. Siffler, jaser comme un merle etc…

Bon, très bien, mais si j’avais à refaire la Création, ça ne m’en dit pas suffisamment sur le merle pour refaire ce que j’ai entendu tout à l’heure sautillant joyeusement sur les pelouses du Luco… Je pourrais aussi bien

reconstruire un petit corbeau ou un ménate au bec jaune… Et chanteur ou siffleur je veux bien, mais il ne chantait pas en faisant simplement “cui cui”, et il ne “sifflait” pas comme les gardiens du Luco quand ils sifflent et crient “fermeture” le soir aux quatre coins du jardin quand, dans le lointain, sonnent les cloches de Saint-Sulpice… C’était un grand flutiste au jeu curieusement puissant et grave pour sa petite taille, en tout cas une expérience musicale – ou spirituelle – qui me laisse comme tous les jours carrément sur le cul : un chant mélodieux, fluté et qui perce l’air comme le filet argenté d’un prélude d’orgue de Bach. Et surtout d’une fraicheur ruissellant le long de ma colonne vertébrale comme un petit filet d’eau claire, rafraîchissant de bonheur et de joie intérieure … Enfin bref, ce que je veux juste dire – en n’y arrivant pas évidemment – c’est que Dieu peut être assez fier de lui – et moi très reconnaissant : la Creation est carrément stupéfiante de beauté !

Dans Wikipedia, ils donnent heureusement plus de renseignements. J’apprends aussi que le merle possède de nombreux autres appels, notamment un sriiii d’alerte, un pök-pök-pök d’alarme désignant un prédateur (un chat par exemple), et divers tchink et tchouk, tchouk… Je m’entrainerai demain pour voir ce qu’ils disent au bureau si je parle comme ça en leur disant que j’apprends le volapük européen :-) [ça m’aidera pour mes traductions à l’ONU]

Et là je ne parle que du merle dans les dictionnaires. Il y avait aussi au Luco les cri des enfants qui jouaient dans le lointain, les tourterelles qui roucoulaient dans les sureaux en fleur, les poneys qui avançaient avec leurs clochettes en laissant derrière eux, comme des petits poucets, des jolies boules de crottin, et aussi, vers les tennis, le son mat des balles jaunes, comme dans le film Blow up d’Antonioni si vous avez encore la bande son en tête…

Vous imaginez s’il fallait reconstruire tout ça ? Les merles, les enfants, les poneys, mais on n’y arriverait jamais ! Faut qu’ils revoient toutes les définitions des dictionnaires si on veut en faire de vrais manuels précis de reconstruction en cas de déluge if a hard rain’s a-gonna fall….

Et je ne parle même pas des cigognes que j’ai connues en Alsace. Les définitions du dico sont totalement indigentes et ne rendent absolument pas compte de tout ce qu’elles sont. J’en parlerai une autre fois car là je suis épuisé de voir qu’en fait je ne saurais rien reconstituer de la Création. Même un réveil cassé je n’y arriverais pas. Et il n’y a que des roulettes… Ni même un kugelhopf… C’est tragique de ne pas être un créateur. Bach a de la chance..

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Oui, oui, je sais, il y a longtemps que je suis obsédé par cette histoire de “recréation de la Création” : [ce texte est au point n°15] avec les quelques 23 autres choses que “j’aimerais bien…”

“J’aimerais bien, si un jour la lumière disparaissait, être capable de pouvoir la décrire à des hommes venus d’une autre planète et qui voudraient la recréer. Comment leur dire que c’était lumineux mais pas épais, puisque les oiseaux volaient dedans ; qu’elle était fine et transparente, dorée sur les croissants du matin, que parfois très tôt elle était bordée de bel azur limpide, que celle du soir était à l’orient tout rose, et que celle qui tombe certains soirs sur les tilleuls de la cour est tellement parfumée qu’on est presque heureux de vivre encore pour voir cela et y entendre chanter les merles et jouer les hirondelles… Comment trouver les mots pour dire qu’on avançait dans la lumière avec une ombre à nos côtés et que l’air parfois miroitait comme sur une toile de Monet… Dieu est grand d’avoir créé la lumière ! On n’en connaîtra jamais la formule mais c’est étonnant d’avoir vu ça !”

Le merle qui chante dans la cour doit être un Frère Bénédictain…
Dieu n’a pas mis sont copyright, la classe !
Les dictionnaires font de la non-assistance à pesonne en danger

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