Parfumer les ragoût avec les lauriers de la Légion d’Honneur ?

Nikos_Laurier_03
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[Aujourd’hui on a remis les palmes Académiques à C@t. Je remonte donc ici ce vieux post de mars 2004 qui aura ainsi servi à quelque chose en permettant au moins de célébrer l’événement ;-]

Chaque fois que quelqu’un m’annonce sa nomination dans l’ordre de la Légion d’Honneur je ne peux pas m’empêcher de penser à Nikos Kazantzaki (que j’adore) et à ce magnifique texte :

“En quittant Athènes, je laissais derrière moi deux couronnes, les seules dont on m’ait jugé digne dans ma vie. La première, je l’avais reçue à l’escrime; elle était lourde et entrecroisée de rubans bleus et blancs et faite du célèbre laurier cueilli dans la vallée de Delphes.
L’autre, c’est à un concours d’art dramatique que je l’avais reçue. Hostile aux idées avancées, le vénérable professeur qui présidait cet étrange couronnement avait déclaré : “Nous donnons au poète la couronne de laurier mais nous chassons de ce temple pudique le jeune homme qui a osé écrire de telles choses!”. J’étais là, dans la salle d’honneur de l’Université, encore sans moustache, petit étudiant inexpérimenté et j’écoutais. J’ai rougi jusqu’aux oreilles, je me suis levé, j’ai laissé la couronne de laurier sur la table du jury et je suis parti… Avec mon ami attaché au ministère des affaires étrangères, nous avons fait à cette époque des projets de voyages en europe. “Prends avec toi la couronne de l’escrime, me dit-il; Là haut dans les climats nordiques, nous ne trouverons pas de laurier et il en faut pour les ragoûts!”. Des années sont passées, je gardais toujours la couronne pendue au mur. Et quand le rêve s’est enfin réalisé et que nous sommes partis, je l’ai prise avec moi. En deux ans, nous l’avons mangée !”.

Chaque fois que j’entends parler de promotion dans ces Ordres dont sont friands aujourd’hui nos gens d’Etat (qui ne comprennent généralement le mot honneur qu’au pluriel), je pense à la couronne que Nikos avait emportée lorsqu’il voyageait en Suisse avec Jean Stavridaki. Heureux temps où les distinctions se mangeaient et pouvaient servir à parfumer les ragoûts !

J’ai la nostalgie de l’époque où les écrivains étaient des géants : Borgès venait d’être nommé Inspecteur des Volailles et des Lapins au marché de Cordoba et Nikos Kazantzaki rêvait d’être nommé capitaine d’un vaisseau chargé de singes et de paons …

Un texte de Kazantzaki que je trouve renversant de beauté
Toutefois, je vous assure que…
L’escargot archange

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