L’émerveillement, pas seulement un court passage entre ignorance et connaissance…

arbre_luco_nom
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Avant-hier au Luco, je m’émerveillais devant cet arbre que je connais par cœur (j’ai du le voir mille fois) et dont je me demandais le nom (pour la millième fois également). Pour mettre un terme à mon ignorance et atteindre enfin la connaissance, je m’approche du tronc (j’ai déjà du le faire mille fois) et lis l’étiquette : “Pterocarya fraxinifolia… ” . Aille, je ne le retiendrai jamais. Et v’lan, la porte de la connaissance se referme aussitôt et je repars avec mon émerveillement intact. Et c’est comme ça pour tout et tout le temps. Et le pire est que je sais que, demain, je retournerai lire l’étiquette :-)

Dans le livre d’Ali Benmakhlouf, Droit de savoir et désir de connaître, il y a ce texte que j’ai entendu sur France-Culture lu par Colette Fellous (je coupe un peu mais c’est au chapitre 4)

“Au départ, l’homme est intrigué par son environnement. Il s’émerveille et s’étonne de tout. Mais par la suite, la connaissance prend la place de l’ignorance et l’émerveillement disparait. La quête philosophique commence donc par l’émerveillement mais pour éviter la passion du nouveau pour le nouveau, pour que l’émerveillement ne se dégrade pas en curiosité, il convient de le faire cesser quand l’obtention sereine de la connaissance a lieu. Descartes parlait de la passion d’admiration comme d’une capacité de l’homme à s’émerveiller. L’admiration est une subite surprise de l’âme qui fait qu’elle se porte à considérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires. L’homme qui ne s’émerveillerait de rien serait comme frappé d’hébétude devant le réel. Aussi Descartes a-t-il cherché à éviter deux éceuils : d’une part une absence d’admiration qui nous rendrait insensible au nouveau, et d’autre part un excès d’admiration qui nous ferait rechercher le nouveau pour lui-même sans viser à lui substituer le connu”…

Finalement, j’ai eu beaucoup de chance dans la vie : mon émerveillement n’a jamais été une subite surprise de l’âme mais une donnée quasi permanente du fonctionement de mon cerveau. Et la connaissance n’a jamais pris la place de l’ignorance en faisant disparaître l’émerveillement. D’abord parce que je ne comprends toujours rien à rien et que je suis donc resté dans l’ignorance comme un enfant qui n’a pas grandi. Ensuite parce que j’ai complètement perdu la mémoire et que les choses me paraissent donc toujours nouvelles. Ayant tout oublié, je continue à m’émerveiller inlassablement devant la beauté du monde que je découvre tous les jours comme si les choses n’avaient pas été là hier et avaient été créées pendant la nuit, comme par magie… Oui, heureux les simples d’esprit :-)

Qu’est ce qui nous ouvre le ciel ?

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