Si j’étais le huitième Hogon des falaises de Bandiagara…

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Comme mon champ de vision continue à diminuer, je me surprends de plus en plus — réflexe idiot car ça ne change évidemment rien — à essayer, avec ma main, de relever mes paupières pour essayer de voir un peu plus haut et de dégager un peu l’horizon… Je fais finalement comme le huitième Hogon dont j’avais lu l’histoire dans Marcel Griaule à l’époque où je m’intéressais à la cosmogonie Dogon et qui trouvait lui aussi – pas Griaule mais le Hogon – que le ciel était effectivement tombé un peu trop bas et le repoussa vers le haut, très haut, pour dégager l’horizon :

GUILLEMETS_red

“Un jour, le huitième Hogon décida d’échapper au sort de ses prédécesseurs. Il se coucha et simula la mort. Plusieurs mois s’écoulèrent jusqu’au jour où il réapparu devant le Hogon qui lui avait succédé.

Annonçant solennellement qu’il revenait de Sirius et qu’il en avait percé le secret, il décréta qu’à compter de ce jour, chaque Hogon règnerait désormais pendant 60 ans. Soixante ans au lieu de nos minuscules quinquennats dérisoires… Soixante ans comme le temps que met Digitaria, la petite étoile invisible de la cosmogonie Dogon, à accomplir sa révolution autour de l’énorme étoile Siirius…

A peine réinstallé sur son trône, le Huitième Hogon fronça pourtant les sourcils. Durant son absence, le niveau du ciel était en effet tombé beaucoup trop bas sur l’horizon. Si bas sur la Terre qu’on pouvait toucher le ciel de la main…

Avec ses deux bras, il le repoussa donc vers le haut, très haut, pour dégager l’horizon qu’on voit du haut de la falaise ocre de Bandiagara, falaise de terre brûlée qui attend une pluie bienfaitrice qui ne vient toujours pas, repoussée sans cesse par un terrible nuage de sable qui brûle les yeux et dissimule même le soleil…

…”

Voilà à quoi m’a fait penser un mail de Marie-Christine D. reçu hier qui me parlait du temps — pas seulement au temps pourri de la météo qui plombe le ciel de juillet et que je règlerais vite fait si j’étais dérouleur du ciel… — mais des temps longs, de la durée des vies… :

celle du huitième Hogon des falaises de Bandiagara … celle de la vie des chiens (comme Switchie ma petite chienne), celle des oiseaux , celles des hommes ou des écureuils … Celles mesurées par les horloges quand elles n’ont plus l’aiguille des heures comme Sienne … Celle de la mémoire quand Alzheimer frappe et pulvérise les repères du temps… Celle de ce qu’on appelle “un moment” … Celles d’un jour, d’un mois, d’un siècle d’un millénaire … Celle de la cuisson de mes oeufs à la coque qui me pose tant de problèmes… Celle des jours en Islande qui ne durent que 4 heures en janvier mais 22h en juin-juillet ! Celle que met la comète de Haley qui passe tous les 77 ans pour dresser le bilan de notre civilisation et qui ne repassera donc qu’en 2061 voir ce qu’on a fait de tout ce temps: 77 ans, le temps d’une vie d’homme, plus qu’il n’en faut pour donner du sens à sa vie, trirer les choses qu’on veut garder dans sa mémoire et celle qui partiront dans les corbeilles de l’histoire… Ou juste celle des 3 petites secondes que Dieu nous donnerait pour faire des trucs vraiment utiles !

Bref le temps pour séparer l’essentiel du dérisoire. Le temps des enfants Islandais qui n’est pas celui de la minuscule fourmi avançant le nez collé sur le duvet de la pêche sans savoir si c’est elle qui tourne autour du fruit ou bien la Terre qui tourne autour de la pêche… A moins que ce ne soient ses pattes qui fassent tourner le système solaire ou indique le sens de l’avenir comme Yourougou le renard pâle chez les Dogons ? Elle ne sait pas vraiment mais pense : j’avance!, regardez mes petites pattes, vous voyez bien que j’agis !”… Jusqu’au jour où elle se renverse et a une illumination …

Bref, le mail de Marie-Christine a fait surgir plus de vieilles interrogations que de vraies réponses dans ma petite cervelle de moineau. En me donnant l’occasion — en refeuilletant des vieilles pages de ce blog — de voir que je tournais décidément sacrément en rond, comme un derviche tourneur éméché ou un dingue qui se serait planté un clou dans le pied gauche et tournerait autour pour avoir l’impression d’avancer dans la vie !

Mais quelle était la question déjà ? Ah oui, pourquoi est ce que je ne reprendrais pas une petite chienne comme Switchie ?… Eh bien parce que l’âge des chien — et ma propre durée de vie — m’incitent à plus de prudence aujourd’hui qu’à l’époque où Switchie est arrivée. Elle venait de naître et tenait alors dans ma chemise si je déboutonnais le bouton du haut, avec juste ses deux petites oreilles qui dépassaient :-). Et puis elle a grandit. Et onze ans après, elle est partie un soir de Noël… Et là, aujourd’hui je me dis que onze ans c’est tout de même beaucoup… Mon horloge biologique est n’importe comment complètement détraquée depuis longtemps… Et je ne suis pas le huitième Hogon des falaises de Bandiagara ! Je ne peux pas allonger les durées ni même repousser le ciel qui en aurait bien besoin en ce moment… Juste histoire d’éloigner un peu l’horizon.

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