Ode de Claude Roy au gentil coquelicot

coqulicot_blur

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“Qui nous rendra le coquelicot en troupeaux étouffe-moissons tout au milieu des blés ?
Il criait de tout son rouge pourpre le mot coq, tout haut, avec écho. Les herbicides l’ont quasiment fait disparaître. Il avait pourtant l’envie de vivre chevillée à sa tige.
Pour en venir à bout, sarcler ne suffisait pas. Il est gonflé de petites graines minusculement, nombreusement brunes. Un pied oublié, et l’an d’après c’était tout à refaire. Aujourd’hui, je vais dans les champs à la recherche du coquelicot entêté, qui survit dans les blés ou l’avoine, fleur d’avant l’âge post-moderne.
Son rouge chaud vif, soutenu d’un arrière-fond orangé, va à l’or comme un gant. Il fait bien sur fond de blé mûr, quoiqu’il en soit l’ennemi. Dans les retables des primitifs siennois, il éclate malignement sur les fonds d’or gaufrés, travaillés au petit fer comme les reliures, ou tout lisses. Marie-Madeleine, dans une Crucifixion de Masaccio, a un manteau coquelicot. On ne voit que ses mains en croix, dressées, et ses cheveux blonds qui tombent sur le manteau coquelicot. Le fond est doré. Ce tableau est à Rome, à la Galerie Borghèse.
Le coquelicot, survivant sur lequel je me penche, a quatre pétales au bout d’une longue tige duveteuse. (C’est un duvet blond, comme sur certains bras cuits de Suédoises qui font du ski). Dans le bouton, les quatre pétales sont pliés, serrés comme de la soie de parachute. On n’arrive pas à croire qu’une si grande fleur puisse tenir dans un si petit sac de sépales. Quand les sépales tombent, les pétales sortent. Ils sont fripés comme une robe qui sort ‘une valise, mais ça ne dure pas longtemps, et le voilà sans plis, frais, bien repassés, brillants. Au-dedans du bouton, l’ovaire est bourré à craquer (il craquera en effet) de graines, et les étamines se casent comme elles peuvent.
La base des pétales est tachée de noir. A l’intérieur, la tache noire a dans le haut une frange blanche. On voit ici ce qu’est un beau noir : il faut qu’il soit profond et légèrement luisant (gras, ou verni).
Quand j’étais petit, en rabattant les pétales, et en les nouant en leur robe de style et couronnée d’aigrettes. Superbe. On lui donnait des bras en traversant son corsage d’un bâtonnet. La dame était prête à valser.
La tisane de pétales secs est une boisson qui endort, fait transpirer et calme la toux. Il y a du coquelicot dans le mélange nommé fleurs pectorales, ou tisane des quatre fleurs (ainsi nommée parce que six fleurs la composent)”.

Claude Roy, in La Fleur du Temps, Le Haut-Bout, 4 juillet 1983
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masaccio-crucifixion
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Les coquelicots et le sourire de la petite boulangère
Redonnez-moi aussi les bleuets !
Parfois il faut beaucoup d’imagination…
s’il y avait des champs de coqulicots au métro Notre-Dame-des-Champs…
Se souvenir de l’odeur des foins fauchés, en juin à cinq heure du matin

Claude Roy :
Quand le vent interrompt un poème…
Après la fin du monde j’aimerais…
Le miel aura un goût d’été…

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