Tenir un blog et entendre à la radio la rumeur du monde …

ernst_Junger

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Quand on écoute les nouvelles et qu’on entend la fureur du monde, l’interminable bétise des hommes, les conflits, les meurtres, la violence, la barbarie, les guerres… on se dit qu’écrire un blog futile est non seulement dérisoire mais presque totalement déplacé. Peut-être faudrait-il juste fermer boutique, éteindre son ordinateur et se retirer dans une cellule pour prier avec les moines…

Ce soir, à la radio, c’étaient non pas des bruits de bottes comme on disait à l’époque, mais la fureur annoncée des tomahawks qui allaient bientôt s’abattre sur la Syrie. Curieusement, je lisais aujourd’hui même le Journal d’Ernst Jünger que je m’étais acheté hier. Le 25 juin 1943, il est à Paris, et voici ce qu’il note :

“des attaques sur l’Allemagne occidentale ont coûté, en une seule nuit, la vie à seize mille personnes. Les visions deviennent apocalyptiques. Il parait qu’on voit pleuvoir le feu du ciel. Il s’agit d’engins enflammés, composé d’un mélange de caoutchouc et de phosphore qui enveloppe impitoyablement les victimes et qu’il est impossible d’éteindre. On aurait vu des mères jeter leurs enfants aux fleuves. Cette progression toujours plus atroce dans le crime a engendré une sorte de cauchemar : on s’attend à des représailles inouïes, à l’emploi de moyens plus infenaux encore, mis en place dans le plus grand secret” (…) (*)

Et pourtant…

Et pourtant, quelques jours avant, par une belle après midi de juin, Jünger se promène au Bois où il observe, au pied d’un chêne immense, un lucane, un cerf volant mâle de l’espèce capreolus. C’est l’été, il se ballade rue de Rivoli pour y acheter des livres ; il flane sur les quais le long de la Seine ; vers Saint-Philippe du Roule, il admire les fleurs blanches des marronniers avec leurs fines touches de rouge ou, aux Tuilleries, les paulownias mauves et les arbres de Judée aux fleurs luisantes comme des grappes de coraux…

Certains s’offusqueront : “mais comment peut-on, en pleine guerre, passer son temps à regarder des scarabés ou des paulownias ?”. Ou continuer à écrire un blog totalement dérisoire quand les missiles tomahawks vont anéantir des milliers de civils dans des villes du Moyen-Orient ?

Eh bien, ce soir, je pense que c’est exactement l’inverse qu’il faut penser :

• ceux qui sont déplacés ce ne sont pas ceux qui regardent les paulownias pendant une guerre mais les cinglés qui déclenchent des guerres qui empêchent les gens normaux de regarder les paulownias !
• Ce ne sont pas ceux qui tiennent un blog qui devraient s’arrêter d’écrire, mais ceux qui déclenchent la barbarie et les conflits sanglants qui devraient se taire et disparaître de la face du monde.

Voila ce que je pense. Assez de villes et de vies ont été détruites, pulvérisées, brûlées, sacagées, avant que les diplomates de l’ONU ne boivent des coupes de champagne en signant des traités dérisoires après des guerres sanglantes auxquelles ils n’auront pas participé !


(*) Ces quelques lignes de Jünger m’ont fait penser au bombardement de Dresde qui, huit mois plus tard, allait détruire presque entièrement la ville de Dresde sous le feu de bombes incendiaires à fragmentation qui allaient provoquer plusieurs dizaines de milliers de morts dans la ville de J-S. Bach…

Les plumes de Ernst Junger
“Tout concept détaché du sensible m’est en horreur”

Junger_Journal_B

One response to “Tenir un blog et entendre à la radio la rumeur du monde …

  1. aya

    un blog ” futile ” ?
    je viens juste de le découvrir ! alors pour la cellule, les moines etc ….merci de sursoir un tantinet ..

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