«L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement. L’homme qui médite vit dans l’obscurité. Nous n’avons que le choix du noir.»

pierre_noire2

(La phrase du titre est de Victor Hugo). Je ne sais pas bien si c’est à cause du bleu du ciel qui a disparu, ou toutes ces histoires de glaucome et de rétrécissement du champ de vision, mais l’idée du noir devient de plus en plus présente dans ma vie…

J’écoutais récemment Peter Szendy parler de son livre “L’Apocalypse cinéma” et il racontait qu’en sortant du film Melancholia de Lars van Trier, il ne savait plus très bien où il était, s’il faisait jour, s’il faisait nuit … Il évoquait en particulier les dix dernières secondes de noir total, avant que le générique de fin n’arrive, et qui sont dix secondes qui marquent non seulement la fin du film mais véritablement la fin du monde et la fin du cinéma

La dernière image du film est encore une image, noire, mais déjà plus une image… Et tout se joue donc sur cette limite vers laquelle, finalement, tout s’évanouit, s’éteint et disparaît. Peut-être que dans la vie, comme au cinéma – où on parle d’un fondu au noir – la lumière peut se fondre progressivement dans le noir ? Je préférerais évidemment que ça se fonde au blanc plutôt qu’au noir, mais j’ai bien connu ces disparitions : les mots qui disparaissent, la mémoire qui disparaît… et peut-être maintenant la lumière qui disparaît lentement…. Mais bon, ce n’est pas une raison pour broyer du noir ! Pas encore :-)

Victor Hugo :

guillemets_noirs-TNR “L’étendue du possible est en quelque sorte sous vos yeux. Le rêve qu’on a en soi, on le retrouve hors de soi. Tout est indistinct. Des blancheurs confuses se meuvent. Sont-ce des âmes ? On aperçoit dans les profondeurs des passages d’archanges vagues, sera-ce un jour des hommes ? Vous vous prenez la tête dans les mains, vous tâchez de voir et de savoir. Vous êtes à la fenêtre dans l’inconnu. De toutes parts les épaisseurs des effets et des causes, amoncelées les unes derrière les autres, vous enveloppent de brume.

L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement, l’homme qui médite vit dans l’obscurité. Nous n’avons que le choix du noir.

Dans ce noir, qui est jusqu’à présent presque toute notre science, l’expérience tâtonne, l’observation guette, la supposition va et vient. Si vous y regardez très-souvent, vous devenez vates. La vaste méditation religieuse s’empare de vous”.
guillemets_noirs-TNR

Victor Hugo, William Shakespeare (I/V/1)

La lumière qui disparaît :
Pouvoir décrire la lumière… si un jour elle disparaissait ?
“On a été trop gâtés par la lumière !”
Glaucome et champ de vision
La hantise des disparitions…
“L’outre-noir” de Pierre Soulages

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