Je suis pour la stricte “non-ingérence” de l’État – dans tous les domaines !

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Toute cette histoire de “shutdown” américain a commencé avec un débat sur la nature et le périmètre des interventions de l’État. Normalement, je sais, il faut être “pour”. Pour l’intervention de l’État dans tous les domaines. C’est “progressiste”, ça fait de vous un bon petit citoyen soumis, c’est parait-il le sens de l’histoire et le nec plus ultra de l’évolution des sociétés vers la prise en charge généralisée des citoyens par le grand État-Providence dont parlait Tocquville (un État qui “pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »

Je pense, au contraire, qu’il faut reconquérir nos libertés perdues et repousser de toute nos forces le despotisme marshmallow de l’État. Et donc être résolument “contre” : contre son intervention dans la vie politique, contre son intervention dans la vie économique, contre son intervention dans la vie privée, contre son intervention dans les médias etc…

Dans la vie politique et parlementaire, je suis pour la non-coercition : je refuse qu’un parti impose sa loi à toute la Société au prétexte qu’il dispose de 50,1% des voix. Ce petit “1%” qui donne la “majorité” ne me suffit pas : je veux qu’on vote les lois à la majorité qualifiée. Si on ne trouve pas cette majorité qualifiée au Parlement, c’est que vraissemblablement le projet n’est pas bon pour le pays, et qu’il faut le retravailler ! Si jamais il y a bloquage et que le Gouvernement est sûr de son coup vis à vis du Pays, alors il porte le projet devant le Peuple et organise un référendum. Aussi simple que ça : et là, comme c’est le Peuple qui tranche, ça me va. Et on rend évidemment cette procédure obligatoire pour toutes les grandes lois de société.

Dans la vie économique, je suis également pour la non-intervention de l’État. Qu’il enlève ses grosses pattes pleine de doigts de la gestion des entreprises et il les laisse faire leur métier qui est de produire, vendre, gagner de l’argent, embaucher des salariés, distribuer des salaires. Que l’État reste sur son petit périmètre et se mèle le moins possible d’économie (pas de ministre de l’industrie ou du redressement) et ça ira beaucoup mieux. Le mélange des genres – le “capitalisme de connivence” – est une véritable catastrophe. Il est malheureusement florissant en France où les dirigeants des grandes entreprises entretiennent des relations malsaines pourries avec le Pouvoir en place : ils se sont généralement connus à l’ENA ou dans les Cabinets ministériels et ils finissent banquiers d’État, PDG de grands groupes ou à la tête d’agences dont les capacités de nuisance sur les marchés sont immenses et destructrices pour le capitalisme (ils sont dans les mêmes conseils d’administration, s’échangent les mêmes petits services et renvois d’ascenseurs etc…). Ce capitalisme de connivence est une plaie car non seulement il ne marche pas, mais en plus il fausse les critères de décision qui ne doivent pas être politiques ou idéologiques mais financiers et économiques. Et surtout il détourne les capitaux des bons investissements (ce n’est pas aux commissions ministérielles de décider où il faut investir). Il faut donc arrêter ces dérives qu’on voit dans tous les domaines, notamment celui de l’emploi où le Gouvernement, pour inverser les courbes du chômage, multiplie les usines à gaz (contrats aidés, emplois d’avenir, emplois francs, primes, exonérations etc) qui n’ont évidemment aucun succès et faussent durablement toutes les décisions économiques d’investissement ou d’embauche.

Dans la vie monétaire, je suis également pour la non-intervention de l’État. Qu’il arrête donc de fausser tous les mécanismes financiers avec ses plans de relance, ses injections monétaires de type “quantitative easing” qui sont une solution de facilité désastreuse qui mènera les économies occidentales à la ruine en gonflant des bulles spéculatives qui finiront forcément par nous exploser à la figure. Comme la dette publique qu’ils augmentent en la repoussant de façon indigne sur les générations qui suivent.

Dans la vie privée, je ne veux pas non plus de l’intervention de l’État : on a vu ce que ça donnait aux USA avec l’espionnage de la NSA (l’État n’a pas à lire mes e-mails ni écouter mes conversations téléphoniques!), mais aussi avec l’épisode plus récent de l’IRS (le fisc américain) dont on a appris qu’il organisait une surveillance idéologique en épluchant particulièrement les déclarations fiscale des contribuables républicains ou ne soutenant pas Obama. Dérive scandaleuse dont les médias n’ont évidemment pas parlé en France car il s’agissait du gentil Obama. Imaginez les articles enflammés et indignés si cette dérive anticonstitutionnelle s’était produite sous un gouvernement Républicain (Bush l’a d’ailleurs sans doute pratiquée lui aussi). Ça doit se faire en Frane évidemment, mais pas un journaliste pour enquêter. Il faudrait pour cela qu’ils soient moins serviles

Dans la vie de tous les jours, je ne veux pas non plus de l’intervention de l’État. Qu’ils s’occupe de ses grandes missions régaliennes (défense, affaires étrangères, justice, police…) mais pas de ma vie privée : ce n’est pas à lui de me dire ce que je dois manger, ni si je dois me faire vacciner, ni les programmes que mes enfants doivent étudier, la culture qu’ils décide de subventionner ou pas, les repas dans les cantines etc. Qu’ils sorte ses gros doits de ma vie et ça ira mieux. Et qu’on ne me dise surtout pas que si l’État se retire, le monde va s’écrouler : s’il se retire, on aura au contraire l’argent pour financer ces activités nous-même. Le bon système pour sélectionner ce que l’État doit faire c’est d’ailleurs curieusement le shutdown américain ! C’est en effet à cette occasion qu’on a vu le Gouvernement nous expliquer que l’État avait en réalité deux sortes de missions : les missions essentielles (qui continueront malgré le shutdown) et les autres qui étaient …”moins essentielles” (et qui sont donc celles-là justement qu’il faut que l’État lâche et rende au secteur privé qui s’en occupera beaucoup mieux !)

Dans le médias, pareil : on arrête aussi l’intervention de l’État dans le secteur – notamment le copinage notoire entre les journalistes et les hommes politiques. On veut des journalistes d’investigation et pas des passeurs de plats ministériels. Et, évidemment, on arrête les subventions publiques à la presse. (tableau au bas de ce post) Comme tous les autres secteurs, la presse doit vendre ses produits. Si personne ne les achète, c’est qu’ils ne sont pas bons et alors ils déposent leur bilan. Aussi simple que ça. Le contribuable n’a en tout cas pas à financer ce qui ne se vend pas (on ne subventionne ni “l’Huma”, ni “Elle”, “Femme Actuelle”, “Challenge” ou “Télé Poche” !). Quand je pense que, dans certains hôpitaux ou blocs Alzheimer, on n’a plus d’argent pour changer les draps et que des hommes politiques utilisent ainsi l’argent du contribuable pour s’acheter la bienveillance des médias ! On marche sur la tête.

Dans les affaires étrangères, je suis également pour la non-intervention des États: on n’intervient ni en Syrie, ni en Libye, ni en Irak, ni en Egypte, ni en Iran (tiens oui, c’est vrai ils ne sont pas intervenus ?), ni en Chine (ah tiens, mais oui, là non plus on n’est pas intervenus alors qu’ils exterminent le peuple tibétain ?)… Bon, vous avez compris : je suis pour qu’on revienne carrément à la doctrine du Général de Gaulle : on reconnait des pays, pas des régimes ! Point final. Chacun chez soi, et les vaches seront bien gardées. Ou alors — si on prétend imposer notre démocratie avec nos chars et nos drones — alors il faut avoir le courage de le faire également en Chine, en Iran et en Corée du Nord et pas seulement au Mali :-) En tout cas le prétexte “humanitaire” ne suffit pas (demandez au Dalaï-Lama ce qu’il en pense de nos interventions humanitaires à géométrie variable). Et, bien évidemment, je dénie le droit au Président Obama – et à tout autre – de décider qu’il va bombarder (ou “droner”) tel ou tel pays. C’est marrant ce devoir d’ingérence qu’ils ont inventé dans tous les domaines ! S’il faut intervenir (comme durant la dernière guerre contre les nazis, on demande à l’ONU de voter une résolution dans ce sens. Et ceux qui l’ont votée interviennent.

*

Aie ! quand je vois la longueur de cette liste que je voulais courte, je me rends compte que je suis un horrible …”libéral”. Mais bon, je me soigne :-)

Et tenez, la preuve que je me soigne c’est que je suis déjà POUR quelque chose : je suis pour que l’Etat, dans le cadre de ses missions régaliennes, fasse son travail d’assurer la sécurité des citoyens – à Marseille, en Corse et ailleurs. Ce serait déjà un bon truc qu’il pourrait faire. Alors vous voyez bien que je peux être pour l’État parfois.

One response to “Je suis pour la stricte “non-ingérence” de l’État – dans tous les domaines !

  1. NP

    Votre idée d’une majorité requérant plus que la moitié des voix plus une pour adopter une loi me plaît bien.
    J’avais déjà la certitude que pour faire passer une loi dans un domaine concerné par un Comité consultatif (CCNE ou autre), il faudrait une majorité qualifiée.

    Sans cela, si le comité n’est que consultatif, il ne sert à rien. Toute l’expertise et la sagesse de ses membres ne pèsent rien face à l’équation arithmétique d’un vote. Autant les supprimer …

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