Leonarda : la deuxième guerre mondiale aussi risque d’être annulée !

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Attention réflexion à haut risque sur une problématique contradictoire : donc merci – dans ce qui suit -de ne pas prendre chaque mot au pied de la lettre, en levant les bras au ciel comme si je cherchais à ouvrir une polémique … J’essaye simplement de présenter une problématique générale — et pas un cas particulier (l’affaire “Leonarda”). Oui, je sais, c’est difficile de réfléchir calmement quand on sait que l’Homo sapiens n’a qu’un cerveau de 1400 cm3, alors que même la moto de mon voisin – une Honda GL Goldwin – fait 1800 cm3 ! Mais bon, j’essaye tout de même car je trouve que réfléchir est toujours intéressant… Même si ça fait aboyer les abrutis.

Vous avez le général, et puis vous avez le local. Vous avez la règle, et vous avez l’exception. Vous avez la lettre de la loi, et vous avez aussi l’esprit de la loi… Et les valeurs morales, et l’humanisme, et les droits de l’homme etc.. Je sais tout ça. Et donc…. ? Et donc j’explique…

Il y a toujours la mesure générale…. et le cas particulier.

Une enquête administrative vient d’être commanditée sur les conditions de l’expulsion de Leonarda, la jeune Rom kosovare. Il y a une règle générale (disons la politique migratoire votée par le Parlement et appliquée par Valls)… et puis il y a un cas particulier (la jeune Leonarda).

Généralement, quand on n’est pas dans un pays totalitaire évidemment, l’opinion accepte facilement la règle (la loi votée par le Parlement fixant par ex. les conditions d’accueil des étrangers ou les critères de régularisation etc.) mais elle s’enflamme immédiatement dès qu’il s’agit d’un cas particulier (l’expulsion d’une jeune fille par ex.). Ils veulent bien l’application stricte de la loi…. sauf qu’ils sont émotifs, et donc, voyez vous, ils ne sont plus vraiment pour l’application de la loi… Ils veulent qu’on le fasse “au cas par cas” (sous entendu, on fait rentrer tout le monde car au cas par cas chaque personne le mérite – même si “globalement” est on farouchement contre !). Allez comprendre…

Il y a désormais le droit…. et aussi les “valeurs”

Le Président de l’Assemblée Nationale vient de dire qu’il “y avait la loi mais… aussi les valeurs de la Gauche” ! Ah bon ? Le Président de l’Assemblée Nationale ne veut plus appliquer la loi ? Dans l’histoire des mariages gays, le Conseil Consitutionnel vient – aujourd’hui même – d’exclure la “clause de conscience” pour les Maires : la loi c’est la loi. Pas de “mais“, pas d’exception, pas d’états d’âme, pas de “cas par cas”. Le Premier Ministre, de son côté vient de déclarer que le cas de Leonarda sera « réexaminé en fonction de notre droit, de nos principes et de nos valeurs ». Ah bon ? Le droit ne suffit plus ? Il faut lui ajouter “nos principes et nos valeurs” ?

Dans la démocratie française, on ose espérer que le droit est encore conforme à nos principes et nos valeurs ! Sinon ce serait – et c’est donc sans doute – gravissime.

S’il y a eu faute, l’arrêté sera annulé…

Jean-Marc Ayrault a dit : “s’il y a eu faute, l’arrêté de reconduite à la frontière sera annulé”. Il y a une enquête administrative et donc on saura ce qui s’est passé exactement. Moi je ne le sais évidemment pas encore.

Mais il reste un grave problème qui est celui de la cohérence entre le général et le particulier. Que se passe t-il, en effet, si le particulier vient enrayer le général ? Que se passe t-il si le détail (je sais le mot n’est pas heureux) vient bloquer le global ?

Prenons un exemple… (oui, je fais exprès de le prendre énorme, et de parler de la 2e guerre mais après tout ils parlent de “rafles” et donc je reste dans la même période). Globalement, les gens étaient pour que les Alliés détruisent le nazisme. Et donc ils ont autorisé les bombardements sur les villes ou sur les ponts… C’était du “global” et il ne fallait pas faire dans le détail. Mais imaginez maintenant que des personnes soient intervenues pour dire : “ah là, non, vous ne pouvez pas faire sauter ce pont, car il y a peut-être une petite fille avec de jolies nattes blondes qui va l’emprunter pour se rendre à l’école avec ses livres de classe. Vous ne pouvez pas faire ça ! Vous ne pouvez pas bombarder ce pont”. Renoncer au global à cause du local ? Renoncer au général à cause du particulier ? Pas facile hein !

Vous imaginez Fabius renonçant à intervenir en Syrie ou au Mali au prétexte qu’il y aurait des dommages collatéraux sur des écoles ? Non, il répondrait : “nous avons un mandat juridique général pour le faire et s’il y a des morts, ce n’est pas cela qui nous arrêtera. On ne peut pas renoncer au global au prétexte que ça toucherait du local.”

Donc Fabius est dans le global contre le local et le cas particulier. De la même manière que Valls est dans le global contre le local et le cas particulier. Tous les État et les systèmes législatifs sont dans le global contre le local.

Encore une fois une enquête administrative a été commanditée sur les conditions de l’expulsion de Leonarda. Mais comme dit le Premier Ministre “l’arrêté de reconduite à la frontière pourra être annulé”. Si des ponts menant à des écoles ont été bombardés pendant la guerre, on va peut-être apprendre demain que l’autorisation de bombarder l’Allemagne nazie a été annulée et que la deuxième guerre mondiale n’aurait pas du avoir lieu ? Et quid d’Hiroshima ? Le local et le particulier les ont-il empêché de lâcher la bombe jugée indispensable au niveau global ? Voyant qu’il survolait une ville et qu’il allait atteindre une école, le pilote aurait-il du lâcher sa bombe dans l’océan ? Pas facile car il y aura évidemment toujours une petite fille sur un pont, surtout si le pont s’appelle Lucie Aubrac…

Il y a Créon et la loi …. et puis il y a Antigone

Vous connaissez l’histoire : se réclamant de “valeurs morales” et invoquant l’amour fraternel, Antigone brave l’interdiction de Créon d’enterrer son frère Polynice. L’arrêté implacable de Créon serait une « faute contre la justice ». Mais si Créon s’accroche à son interdit, ce n’est évidemment pas pour causer du chagrin à Antigone : c’est parce que Polynice n’était pas seulement le frère d’Antigone mais un traitre à la Cité ! C’est ça le problème ! Donc les valeurs morales d’Antigone seraient du côté du traitre ? Et Créon aurait tort, à l’inverse, d’honorer Etéocle ? Compliqué hein !

Je prends un autre exemple, celui de la tombe de Pétain. Pétain est considéré comme un traitre à la Patrie (responsable notamment – ils en parlent à propos de Leonarda – de la rafle du Vel d’Hiv). Et donc on n’aurait pas du, après la guerre, fleurir sa tombe sur l’île d’Yeu (tout comme Antigone voulait fleurir la tombe de Polynice). Mais les Présidents de la République successifs ont tout de même décidé de le faire (de Gaulle l’a fait, Pompidou aussi, Giscard aussi, et même Mitterrand. Chaque 11 novembre, jusqu’en 1992, ils y sont allé avec leur bouquets de fleurs jusqu’à ce que cette pratique s’arrête en raison des protestations de la communauté juive.

On est donc bien en plein conflit de “valeurs” : faut-il fleurir la tombe du vainqueur de Verdun, ou ne pas le faire parce que c’est un traitre à la Patrie (comme Créon refusait une sépulture à Polynice parce qu’il considérait que c’était un traitre ?). Faut-il honorer la mémoire de l’homme de Verdun ou profaner sa sépulture parce qu’il est un traitre et le collaborateur de 1940-1944 ? Compliqué hein ces histoires de “valeurs morales” et de loi Républicaine…

En tout état de cause, dans l’affaire Leonarda, les juristes vont faire leur travail et on verra bien si l’arrêté est annulé (mais alors, quid des décisions de justice, définitives dans cette affaire ?).. Ce que je voulais juste évoquer c’est ce conflit entre une décision globale et ses conséquences particulières. Plus aucun État de droit ne peut fonctionner si on brouille la frontière entre le général et le cas particulier.

Toutes les lois, tous les décrets, toutes les circulaires édictent des règles, des normes, des seuils etc.

Ce serait cool si la 2e guerre mondiale était annulée pour crime contre l’humanité !

Que se passerait-il si une loi disait (elle le dit d’ailleurs) : “pas de construction au-dessus de x mètres” et qu’un architecte dise : “oui mais je n’ai dépassé que de 10 centimètres, ce n’est pas grave !” L’État répondrait : “Taratata, on doit appliquer la norme générale fixée par la loi, et pas vos exceptions personnelles”. Que se passerait-il si une loi interdisait le cheval dans les lasagnes; mais qu’un producteur dise : oui mais je n’ai mis que quelques grammes de cheval ! L’État répondrait : taratata, la loi c’est la loi. La règle c’est la règle, pas la moindre exception”. Que se passerait-il si on disait : “on ne peut plus accueillir toute la misère du monde” et qu’en même temps on dise “oui mais faisons des exceptions pour ceux qui arrivent à Lampedusa” ? Comme le Président de l’Assemblée Nationale : “il y a la loi mais il y a aussi les valeurs de la Gauche” Pas facile hein !

Si pour abattre Hitler pendant la guerre, il faut bombarder un pont, faut-il le faire ? ou ne pas le faire au prétexte qu’il risque d’y avoir une petite fille qui passe dessus ? Comme dit J-M Ayrault : “s’il y a eu faute, l’arrêté de reconduite à la frontière sera annulé”. Peut-être que l’arrêté donnant ordre de bombarder l’Allemagne nazie sera annulé rétroactivement pour … crime contre l’humanité (toutes les écoles détruites sous les bombardements) ? La deuxième guerre mondiale serait annulée. Hiroshima aussi. Et le bombardement de Dresde aussi. Chic, ça m’avait toujours paru insensé qu’on le fasse.

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Leonarda ou l’art d’enfumer un problème pour ne surtout pas voir la réalité

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4 responses to “Leonarda : la deuxième guerre mondiale aussi risque d’être annulée !

  1. aya

    Bonjour,
    on est dans un monde où seuls les mots ont de l’importance ..perso, quand j’entend les mots ” valeurs ” ou ” conviction ” dans la bouche d’un homme politique, j’ai envie de hurler !
    sinon, tres bel article comme d’hab ;-)

  2. Très intéressante analyse, je vous lis depuis peu et je trouve vos écrits très agréables. Sinon, comme la personne ci-dessus, entendre les politiques parler de valeur est extrêmement déstabilisant, dans leurs actes, il n’y a bien souvent pas une once de ce mot qu’il mettent pourtant à toutes les sauces pour justifier le fait que leur parti se veut humaniste… Mais pour les exceptions, cela ne s’applique qu’à certaines lois, quand ils ont trop peur du jugement des bobos, par exemple, comme il semble que ce soit le cas pour Leonarda, quant aux autres, ils peuvent bien s’assoir sur leurs valeurs, comme vous le suggérez pour les maires hostiles à marier des couples homos. La loi c’est la loi pour certaines lois, pour d’autres on peut très bien faire des exceptions au cas par cas. Amicalement,

  3. Merci “Switchie”, excellent article .. vraiment ..

  4. On pourrait aussi annuler une élection pour grime contre l’humanité ?

    Excellent article,merci !

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