Mais si Mr Sapin, vous devez impérativement les faire ces 50 Mds d’économies !

Sapin-inflation
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Ça y est, Michel Sapin — notre ministre dit des Finances — vient de l’avouer : il ne tiendra pas l’objectif de 21Md€ d’économies sur les dépense publique en 2015 (sur les 50 Md€ prévus sur 2015-2017). Et pourquoi donc ? Tout simplement — nous dit-il — parce qu’on “ne peut pas avoir les mêmes objectifs avec une inflation qui devient très faible”… Et hop, ça passe dans les médias comme une lettre à la poste. Les gens ont écouté vaguement, ils n’ont pas compris mais ils s’inclinent : le ministre des Finances a dit qu’il ne tiendra pas l’objectif annoncé solennellement par le Premier ministre devant le Parlement, pas de problème : tiens si on parlait plutôt du livre de Mme Trierweiler qui passionne les médias parce que ça leur permet de ne pas parler de ce qui éviterait à la France de continuer à sombrer…

Le problème c’est que — inflation ou pas inflation — il faut impérativement les faire ces foutues économies ! Il y a trop de dépenses publiques et d’emplois publics qui ruinent le pays, plombent la dette et détruisent l’emploi privé par leur coût excessif prélevé sur l’économie marchande. L’alibi de Sapin ne tient pas. Il doit donc faire ces économies et c’est tout. Un ministre des comptes publics c’est fait pour ça. Et c’est d’ailleurs ce que demande inlassablement la Cour des Comptes depuis des années, et singulièrement dans son dernier rapport sur “La situation et les perspectives des finances publiques – juin 2014” où la Cour rappelle que la dette publique sera supérieure à 2 000 Md€à la fin de 2014 ; que la plus grande part de cette dette (80 %) est portée par les administrations centrales, et en particulier par l’État ; et que la baisse des prélèvements impose un fort ralentissement de la croissance des dépenses…”.

Des économies auxquelles personne n’a jamais cru vraiment

Ces économies — de l’ordre de 50 Md€ sur les années 2015 à 2017 — n’étaient en réalité que de prétendues économies tout à fait illusoires… Elles ne servaient que de leurre et d’écran de fumée dans la stratégie médiatique habituelle de Manuel Valls.

Des économies “tendancielles”…

Il faut d’abord voir ce que recouvrait exactement ces “50 Md€ d’économies”. Elles correspondaient (tenez-vous bien) … à la différence entre l’augmentation tendancielle des dépenses sur la période 2015-2017 et l’objectif de croissance des dépenses du programme de stabilité. Oui, c’est difficile à comprendre mais que voulez-vous, c’est comme ça que les choses sont calculées dans les ministères où les économies envisagées le sont par rapport à une “progression tendancielle” des dépenses. Contrairement à ce que pourrait laisser entendre l’usage courant du mot “économie”, il ne s’agit donc pas de réduire vraiment le montant des dépenses publiques, mais de faire en sorte que leur croissance soit inférieure à l’estimation de leur progression “tendancielle”…

Essayez de suivre la pirouette mathématique du Gouvernement : d’abord il estime leur hausse « tendancielle » à 120 Md€ ; ensuite il envisage de limiter l’augmentation des dépenses à environ 70 Md€ de 2014 à 2017 ; et paf, ça lui fait 50 Md€ “d’économies”… Vous devriez faire pareil pour afficher que vous limitez effectivement votre train de vie en faisant des économies : vous hésitez d’abord à acheter une bouteille à 120€, puis vous décidez de vous rabattre sur une bouteille à 50€ et hop, vous avez instantanément réalisé une “économie” de 70€ que vous pouvez donc aussitôt dépenser sans regret ! Trop cool ce mode de calcul “tendanciel” ! Des “économies” comme ça je peux en faire plein : par exemple si je décide de courir derrière un bus j’économise juste le prix d’un ticket de métro, mais si je courre derrière un taxi j’économiserai 50€ … Vous suivez la tactique de Sapin ?

Des économies “peu documentées”…

Quand Sapin nous dit qu’il ne fera pas les économies tendancielles annoncées, le commun des mortels est surpris évidemment. Mais pas la Cour des Comptes, à qui on ne le fait pas et qui s’en doutait évidemment un peu. Dans son dernier rapport, elle avait noté que les économies présentées dans le plan de redressement étaient mesurées par rapport à une tendance non explicitée. Elle avait même écrit noir sur blanc que les économies annoncées par le Gouvernement étaient “vagues”, “hypothétiques”, “peu documentées” et donc qu’elles seraient très difficiles à réaliser… Je ne sais pas si vous pratiquez le langage diplomatique des comptables de la rue Cambon, mais quand la Cour vous dit que c’est “peu documenté”, en gros ça veut dire que c’est plus que du pipeau, presque de la farce ! (ici)

Des économies inférieures à celles annoncées

Les 50 Md€ d’économies, on l’a vu, correspondaient à la différence entre l’augmentation tendancielle des dépenses sur la période 2015-2017 et l’objectif de croissance des dépenses du programme de stabilité. Or certaines décisions prises depuis 2012 se traduiront par des dépenses supplémentaires sur cette période : plan pauvreté ; extension du nombre de bénéficiaires des tarifs sociaux de l’électricité et du gaz ; création de crèches etc, sans parler des baisses d’impôts annoncées qui entraîneront des baisse de recettes… Le montant brut des économies nécessaires devrait donc être supérieur aux 50 Md€ annoncés pour que le montant net, après déduction de ces nouvelles dépenses, soit lui-même de 50 Md€. Mais ces calculs ne sont pas du niveau de Michel Sapin.

La Cour des Comptes n’arrête pas de le dire : les économies doivent se poursuivre, le rééquilibrage des finances publiques est indispensable vu l’alourdissement ininterrompu de la dette et les menaces qu’il fait peser sur l’indépendance des choix économiques et sociaux du pays. Il est impératif de réduire de façon significative et durable la dépense publique rapportée au PIB.

Il ne faut donc pas lâcher sur les économies comme veut le faire Sapin, mais réexaminer en profondeur les missions de l’État qui se sont accumulées au fil du temps, ainsi que les conditions dans lesquelles elles sont assurées ; reconsidérer chacune des politiques publiques où les résultats obtenus ne sont pas à la hauteur des moyens que la collectivité y consacre ; cibler au plus juste et au plus efficace les dépenses d’intervention et impliquer dans l’effort toutes les administrations publiques, et pas seulement l’État. Sans réexamen du poids de l’État dans la société, les économies seront impossibles à réaliser.

Ces économies, l’Allemagne les a faites !

Au cours de la dernière décennie, l’Allemagne a réalisé un puissant effort de redressement de ses finances publiques qui sont aujourd’hui à l’équilibre — au contraire de celles de la France. Cette divergence dans l’évolution des finances publiques allemandes et françaises résulte essentiellement des trajectoires différentes en matière de dépense publique. L’écart des dépenses publiques en France et en Allemagne rapportées au PIB de chaque pays est passé de 4,1 points en 2001 à 12,4 points en 2013. Au total, la différence d’évolution des finances publiques entre l’Allemagne et la France provient essentiellement du fait que l’Allemagne a su beaucoup mieux maitriser la dynamique de sa dépense. Mais nous, malheureusement, on a Hollande et Sapin …

L’alibi dérisoire de l’inflation

Sapin nous dit aujourd’hui qu’il n’est plus en mesure de réaliser les 21 Md€ d’économies en 2015. Mais il nous assure que le plan de 50 Md€ d’économies sera tout de même respecté car il y aura “davantage d’efforts en 2016 et 2017” ! On croit rêver: c’est ce que disent tous les ivrognes qui ne veulent pas renoncer à leur cuite : “on sera plus sobres demain, c’est promis, mais aujourd’hui, voyez vous, c’est difficile de se priver de la bouteille !”… Pathétique.

Pour Sapin, le programme de stabilité 2014-2017 présenté au printemps dernier reposait sur des hypothèses d’inflation qui ne lui paraissent plus favorables aujourd’hui et ne lui permettent parait-il plus de faire des économies. Une faible inflation, nous dit-il, rendrait impossible la réduction du déficit : les recettes (TVA, cotisations, etc.) ralentissant, alors que les plafonds de dépenses (budget des ministères, assurance-maladie, etc.), fixés préalablement en valeur dans les budgets, deviendraient trop généreux… “L’année prochaine par exemple, nous dit Sapin, là où sur une hypothèse d’inflation de 1,5 %, on faisait au-delà d’un milliard d’économies, par le seul gel de prestations, aujourd’hui, avec une inflation à 0,5 % ces économies sont remises en cause”.

Ce que le Ministre des Finances ne dit pas c’est que l’effet d’une faible augmentation des prix est encore plus conséquent sur les recettes : et que si la France veut remplir les engagements qu’elle a pris auprès de Bruxelles (les 50 milliards d’économies et de éduction des déficits publics), il faudrait donc qu’elle fasse non pas moins mais encore davantage d’économies, et prenne donc de nouvelles mesures de restriction budgétaire ! Tout ce que Sapin refuse : ”Rajouter des économies ne me paraîtrait pas adapté à la situation” nous dit-il. Quel toupet tout de même.

Des économies, des vraies : en volume, pas en valeur

“On ne peut pas avoir les mêmes objectifs avec une inflation qui devient très faible” nous dit le Ministre des Finances. Donc lorsque l’inflation est élevée il ne peut pas faire d’économies, et quand l’inflation est faible il ne peut pas en faire non plus. Génial cet alibi de l’inflation. En fait un socialiste ne veut surtout pas faire d’économies : pas quand il y a de la croissance parce que ce n’est pas la peine ; pas quand il n’y a plus de croissance parce que, justement, il faut alors dépenser pour relancer la machine ; pas quand il y a de l’inflation et pas non plus quand il n’y a pas d’inflation… Bref jamais. Et c’est comme ça qu’ils nous mènent en bateau – et dans le mur – depuis des décennies.

Les économies de dépenses publiques, on les veut donc en volume : on veut qu’ils suppriment des ministères, des préfectures, des sous-préfectures, tous les organismes-bidons et les subventions à des actions inutiles, coûteuses ou non rentables. On veut des économies réelles, concrètes ! On attend que l’État se retire progressivement des secteurs où il ne fait que dilapider et gaspiller l’argent public, qu’il redonne de la liberté à l’économie et arrête de ponctionner la richesse en accroissant la dette des Français. On attend des économies en volume, pas des économies en valeur ou des économies “tendancielles” qui ne sont jamais réalisées mais toujours repoussées à une date ultérieure !

Allez, au boulot Mr Sapin ! On les attend les économies promises ! On en attend même d’autres, et vite car le temps presse !

Les stupéfiantes pirouettes verbales et budgétaires de Sapin
Ce n’est pas Sapin mais évidemment Didier Migaud qu’il fallait nommer ministre des Finances (ou Premier ministre) !
La calculette de la Cour des Comptes qu’il faut donner à Sapin

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11 responses to “Mais si Mr Sapin, vous devez impérativement les faire ces 50 Mds d’économies !

  1. Gérard Lenorman

    :-) ce n’est pas 50Mdr en 3 ans qu’il faudrait économiser mais 50Mdr par an si on veut redresser ce pays… Personnellement j’aurai botté Mdr Sapin, mit Mr Migaud aux Economies et Mr Perruchot au Travail. Voire un des deux Premier Ministre. Et Tintin à la Police et Picsou aux Finances… On a déjà Simplet à la Culture et Bécassine à l’Education. :-D
    Réhum-humvolhumtion

  2. Frederic Darbel

    @Gérard

    Vous avez oublié la Petite Souris à l’Elysée.

  3. Polochon

    Objectif non réalisé, le ministre doit être remplacé! !

  4. Luz

    “Information surprenante” d’après Le Point : Argenton sur Creuse, la ville dont Mr Michel Sapin est le maire, fait partie dans sa catégorie de population des 10% de communes les plus endettées de France. Mais les impôts y sont plus faibles qu’ailleurs…. (ici)

  5. Cacahuete

    Faut pas s’inquiéter, quelque chose me dit que tout ce petit monde ne sera plus là en décembre.
    Camion et Andouille quittent le radeau malgré le joli salaire attaché à la fonction, ils ne trouvent personne pour Ednat au point de prendre Najat le cachou, Tautau se moque délibérément du boulet et de son acolyte, ils n’ont plus de majorité à l’AN, Sapin renonce même à mentir sur les économies.
    Ils sont nus, à poil, ils ne leur restent rien. Les indicateurs qui étaient rouges vont rapidement devenir cramoisis et les aiguilles des indicateurs sortir de leur cadran.
    Ils sont foutus.

  6. Pingback: Mais si M. Sapin, réduire les dépenses est devenu impératif ! | Contrepoints

  7. charlie

    Regardons en détail la répartition des dépenses publiques de la France et comparons là aux autres pays. J’ai regardé les données eurostat (auxquelles j’ai ajouté USA, Japon, Corée du Sud, Canada). Si on considère les dépenses de l’administration centrale (à 80% responsable de la dette publique, vous le dites très bien), la France se situe dans ceux qui dépensent le moins au niveau de l’administration centrale (9ème sur 25), en-dessous de la moyenne européenne ! J’ai également calculé en ôtant uniquement les dépenses des administrations de sécu, la France arrive pile à la médiane. Autrement dit, la différence de niveau de dépenses publiques avec les autres pays ne provient pas de l’Etat ni même des collectivités locales mais des administrations de sécurité sociale. Si donc on veut réduire la dépense publique, c’est là-dessus qu’il faut jouer et dire aux gens la vérité : baisser les pensions de retraite, augmenter l’âge de départ à la retraite, réduire les indemnités chômages, durcir les conditions, réduire les allocs familiales, réduire les remboursements de soins ! pas sûr qu’un tel programme soit partagé par une majorité…
    Quant à la comparaison avec l’Allemagne, remarquons que celle-ci a un taux de pauvreté supérieur à celui de la France alors qu’au début des années 2000, il était inférieur. C’est une des hausses les plus spectaculaires en Europe avec la Roumanie et la Bulgarie. Sur le sujet je vous invite à lire cet article qui explique en partie les différences de niveau de dépenses publiques entre France et Allemagne.

    • Comme vous vous en doutez bien, je ne suis évidemment PAS d’accord avec vous ! Pour vous le problème n’est donc pas le niveau des dépenses publiques de l’Etat ni même des Collectivités locales (qui peuvent donc continuer à dépenser et à s’endetter sans problème) mais de la sécurité sociale (il faut donc en priorité réduire les prestations des “sans-dents”). Je ne nie pas la catastrophe des comptes sociaux, mais soyez gentil, reprenez un à un tous les rapports de la Cour des Comptes depuis des décennies : vous verrez la liste des gaspillages et des mauvaises gestions des différents ministères qui dilapident l’argent public en interventions coûteuses et en subventions ruineuses. Vous verrez le prix qu’il faut payer pour entretenir toute cette bureaucratie Étatique qui est persuadée qu’il faut un ministère pour chaque activité !

      Et puis, sincèrement, nous dire que l’Allemagne a plus de pauvres que nous et qu’il va bientôt valoir que la France lui envoie des sacs de riz, soyez gentil ! C’est la France qui est ruinée et qui devrait commencer à remettre de l’ordre dans ses comptes publics (et donc arrêter de se persuader qu’elle est, comme vous dites, “pile dans la médiane” !

      Mais bon, j’arrête parce que si en plus d’écrire des posts il faut que je réponde aux différents commentaires dont, croyez-le bien, je ne nie évidemment pas l’intérêt, il faudrait que j’embauche une assistante (allemande bien entendu car je veux moi aussi apporter ma contribution solidaire aux “boat people” allemands qui viennent mendier en France tellement ils sont pauvres ;-) Pauvres allemands !

      • charlie

        En effet, selon moi les problèmes fondamentaux ne sont pas le niveau de dépenses publiques (si on regarde depuis 2 siècles on s’aperçoit que la tendance est à la hausse et que « curieusement » le PIB augmente, donc….). Ce qui ne veut nullement dire qu’on peut uniquement regarder le niveau de dépense sans s’inquiéter de comment elles sont utilisées. S’il y a un problème de dépenses, c’est au niveau de l’utilisation, du fonctionnement de l’administration (comment peut-on tolérer qu’entre deux étages d’un même bâtiment, les logiciels ne soient pas compatibles ?), là-dessus je vous rejoins. Mais soyons honnête, cela ne représente pas grand-chose (c’est toujours cela de gagner bien entendu), même si toujours trop. Regardons en effet la cour des comptes, on s’aperçoit que la mauvaise gestion des deniers publics profitent bien souvent à des entreprises privées (copains) via les marchés publics.

        Je ne fais que constater les données d’eurostat ou autres. Soyez gentil, si vous les contestez apportez-nous des éléments convaincants, il est tout de même curieux que pendant les années 2000 la pauvreté explose en Allemagne alors qu’on nous vante ce modèle. Soyez gentil et expliquez-moi l’intérêt d’un modèle qui voit la pauvreté augmenter (et cela à cause des mesures pseudo-socialistes).

    • 50 fonctionnaires pour 1000 habitants en Allemagne, 85 fonctionnaires pour 1000 habitants en France, cherchez l’erreur.

  8. Pingback: Thomas Thévenoud : Pendant la crise, le cirque politique continue ! | Contrepoints

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