[Scoop] En même temps que le 49-3, Valls découvre tout à coup l’existence de “l’intérêt général” !

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En dégainant le “49-3” — l’arme dont F. Hollande affirmait avant son élection qu’elle était “une brutalité, un déni de démocratie et une manière de freiner ou d’empêcher le débat parlementaire”, Manuel Valls a invoqué la défense de l’intérêt général. “L’échec, a déclaré le Premier ministre mardi sur TF1, aurait été que le texte, qui est utile pour les Français, qui est utile pour l’intérêt général, ne soit pas adopté”… Tiens, tiens, le Premier ministre aurait donc été touché par la grâce et découvrirait tout à coup les vertus de la “défense de l’intérêt général” ? C’est une grande nouveauté car, depuis son arrivée à Matignon en mars 2014, le Premier ministre nous a toujours démontré son incapacité totale à défendre “l’intérêt général”.

Chaque fois qu’il aurait pu se montrer courageux, il a affiché son impuissance à résister aux revendications catégorielles : celles des cheminots, des pilotes, des taxis, des intermittents du spectacle, des fonctionnaires, des militants “zadistes” … etc. Chaque fois, renonçant à défendre l’intérêt général, le Gouvernement a systématiquement cédé devant les avantages statutaires archaïques et les intérêts professionnels particuliers. Des syndicats ont manifesté leur colère : il a cédé ; des bonnets rouges ont brûlé des portiques : il a cédé ; quelques revendications catégorielles s’exprimaient dans la rue : il a cédé ; des statutaires s’arc-boutaient sur leurs privilèges : il a cédé. Des zadistes manifestaient contre un barrage : il a cédé. Des burqas se multipliaient dans l’espace public : il cédé. Des frondeurs s’opposaient à son plan d’économies ; il a cédé. Des territoires et des quartiers se soustrayaient aux lois de la République : il a cédé. Un directeur de la police ou des gendarmes se faisaient tirer dessus à la kalachnikov : il a cédé…

Valls a finalement tellement cédé qu’il est devenu pour beaucoup l’incarnation officielle de la trouille en politique et de l’immobilisme social. S’il cédait, ce n’était évidemment pas par hasard mais parce qu’il savait qu’ en faisant passer Marianne et la France après ses propres intérêts partisans, il s’assurait les faveurs et les bulletins de vote de ses clientèles électorales. L’intérêt de la France c’est une bien belle chose voyez-vous, mais il ne faut tout de même pas pousser le bouchon trop loin et négliger son propre intérêt électoral – surtout quand on pense aux prochaine présidentielles et qu’on a l’oeil rivé sur les sondages d’opinion…

Il va donc falloir que les électeurs lui rafraîchissent très vite la mémoire car — contrairement à Valls — le Peuple souverain sait très bien, lui, ce qu’est “l’intérêt général”. Il le sent évidemment confusément, car il n’a pas fait l’ENA, mais croyez-moi, il a sa petite idée. Il suffit de lui demander et quand ce sera le moment de voter, il le dira sans hésiter !

La somme des intérêts catégoriels n’a jamais fait l’intérêt général

Si la société Française est aujourd’hui complètement bloquée et au bord de l’explosion, c’est que, depuis des décennies, les politiques n’ont fait que céder. Ils ont piétiné “l’intérêt général” — c’est à dire celui du Peuple Français et de la France — dans le but unique de flatter des micro-électorats catégoriels et s’attacher les faveurs de clientèles politiques.

Ils ont tellement pris l’habitude de céder sur l’intérêt général qu’ils cèdent désormais avant même de se battre. Combien de fois n’avez vous pas entendu les ministres se coucher devant des cheminots en colère, des pilotes en grève, des taxis en colère, céder au lieu de défendre avec honneur et courage l’intérêt général ?

Une notion floue mais cruciale pour la démocratie

Oui — je sais que la notion d’intérêt général est abstraite et complexe ; je sais qu’elle n’a pas de valeur constitutionnelle et qu’elle n’est vraiment définie nulle part… Je sais aussi qu’elle permet trop souvent à l’État de porter atteinte aux libertés individuelles ou même de limiter les libertés publiques. Mais je sais aussi que l’intérêt général est la seule notion qui donne une justification à tous ces ministres à qui on demande d’agir dans l’intérêt général du Pays ! Pas de défendre leurs petites clientèles électorales ou de sauver leurs dérisoires carrières de politiciens.

Même s’il est difficile d’en définir le contenu exact, “l’intérêt général” est la finalité même de l’action de l’État. Et même si les ministres n’en comprennent pas bien le sens, on est en droit d’exiger qu’ils soient guidés par cette notion qu’ils ne devraient pas être autorisés à piétiner par manque de courage. Défendre l’intérêt général devrait être pour eux une ardente obligation.

L’intérêt général, ce n’est pas seulement la somme des intérêts particuliers. C’est ce qui transcende les intérêts individuels. C’est même le fondement de l’action du Gouvernement qui devrait y puiser sa justification, en tirer sa légitimité et l’autoriser à réformer la société. “L’intérêt général” est en fait seule la référence qui, aux yeux du citoyen, puisse légitimer l’utilisation de tout l’appareil de l’État, de ses moyens dérogatoires au droit commun et de tous les impôts qu’ils nous piquent. C’est au nom de l’intérêt général que l’État doit agir, déposer des projets de loi, édicter des normes réglementaires ou gérer les services publics… S’il ne le fait pas — si l’État n’agit plus au nom de l’intérêt général — alors on lui déniera jusqu’au monopole de formulation du bien public qu’il s’est attribué abusivement.

Le Peuple saura distinguer entre “intérêts catégoriels” et “intérêt général”

“L’intérêt général”, c’est ce que les ministres devraient mettre un point d’honneur à faire prévaloir inlassablement et courageusement dans leur action quotidienne. Et s’ils ne savent pas ce que c’est — s’ils ne voient que les intérêts catégoriels qu’ils défendent par peur de ne pas se faire réélire — alors il faut qu’ils dégagent. Et qu’on demande aux électeurs de trancher. Car, contrairement aux Ministres, le Peuple souverain sait très bien ce qu’est l’intérêt général. Il n’en a évidemment pas une définition précise de juriste ou de constitutionnaliste, mais je vous fiche mon billet que — sur tous les sujets — il a sa petite idée et qu’il saura faire la différence entre “intérêts catégoriels” et “intérêt général” et placer le curseur au bon endroit !

Il suffit de poser au Peuple la question par référendum et il répondra sans problème :
– sur le statut privilégié de la fonction publique, il saura parfaitement répondre où est l’intérêt général ;
– sur les professions protégées aussi…
– sur les intermittents du spectacle également,
– sur l’immigration pareil…
– sur le vote des étrangers,
– sur le périmètre de l’État
– sur le nombre de ministères à supprimer,
– sur la gabegie financière dénoncée par la Cour des Comptes,
– sur le respect de la laïcité,
– etc, sur tous ces sujets, croyez-moi, le Peuple saura dire où est “l’intérêt général” ! Les ministres n’y arrivent pas, mais le Peuple le sait instinctivement. C’est ça qui est bien avec les référendums, c’est une question de proportion : quand on demande à 40 ministres ce qu’est l’intérêt général, on n’a pas de réponse. Quand on demande à 577 députés, on n’a pas non plus de réponse. Mais quand on demande à plus de 43 millions d’électeurs, on a une réponse immédiate, massive et spontanée. 43 millions d’électeurs ça fait tout de même une sacrée différence quand on hésite à placer le curseur au bon endroit entre “intérêt catégoriel” et “intérêt général” !

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Manuel Valls devrait comprendre que l’intérêt général ce n’est pas un truc de communication qu’on peut sortir de son chapeau et utiliser comme un “élément de langage” pour mieux faire passer un usage abusif du 49-3. Si les ministres ne sont plus garants de l’intérêt général face à la diversité des intérêts particuliers, alors il faut qu’ils s’en aillent. S’ils ne sont plus capables de faire la synthèse entre les égoïsmes catégoriels et l’intérêt général — et pas seulement celui d’aujourd’hui mais celui des générations futures dont ils plombent l’avenir en laissant croître la dette de façon indigne — alors oui, il faut qu’ils s’en aillent. Aussi simple que cela.

Contrairement au Gouvernement qui ne semble pas savoir ce qu’est “l’intérêt général”, le Peuple souverain a sa petite idée. Il suffit de lui demander avec la seule procédure démocratique qui évitera l’explosion : la consultation populaire. Le 49-3 c’est bien, mais le référendum c’est mieux !

beige

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