Tristan lance les petits copeaux de bois qui, légers comme l’écume, partent vers Iseult qui épie leur arrivée…

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Et donc, bizarrement, tous les ans vers juillet, je rouvre le Roman de Tristan & Iseut dans la traduction de Joseph Bédier. Je ne sais pas pourquoi — c’est une sorte de rituel involontaire — peut-être simplement parce que ça me fait des vacances dans le temps et dans ma tête… Je monte sur mon cheval et pars en Cornouailles au XIIe siècle… Et comme un enfant à qui on raconte une histoire qu’il fait semblant de ne pas connaitre, je redécouvre que, chaque soir, près d’une source vive, claire et calme, Tristan vient sous le pin, taille avec art des morceaux d’écorce et de menus branchages, jette les petits copeaux de bois dans la fontaine qui, légers comme l’écume, sont emportés jusque dans la chambre d’Iseult qui épie leur arrivée…
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Je crois que je vais embaucher ce type…

Je viens de relire ce curriculum vitae, et je crois que je vais embaucher le gars… Bon, ça dépendra effectivement de l’entretien d’embauche mais il m’a l’air tout ce qu’il y a de très bien. Et surtout il a fait des trucs totalement dingues. Assez délire même quand j’y pense. Je ne pige pas qu’un type comme ça soit sans boulot par les temps qui courent… En tout cas il a l’air sérieux, compétent et surtout pas m’as-tu-vu comme un intermittent du spectacle. Et n’importe comment les autres candidatures pour le poste sont nulles. Peut-être qu’il a bidonné son CV, on ne sait plus aujourd’hui. Mais bon, je vais tout de même l’appeler et tenter le coup, qu’est ce que je risque ?
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J’appartiens au monde d’avant la pomme !
J’aimerais bien que Dieu éteigne le soleil un moment…
Dieu est grand
Le Paradis est un état
Adam et Eve me tapent sur le système
La main de Dieu
Les horaires que j’aime…
La Création (Ghiberti)
Dieu surveille les pommes depuis le début de la Création ?
Texte de la Genèse

Le Luco, grand port de pêche au bord du Nil

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J’aime bien quand, fin avril-début mai, ils sortent les grands palmiers de l’Orangerie où ils ont passé l’hiver au chaud.

J’y étais encore aujourd’hui par un froid de canard et, miracle de la ponctualité des jardiniers du Sénat, les palmiers étaient là, pile à l’heure… Les enfants aussi qui poussaient leur bateaux à voiles sur le grand bassin. Moi, vous me connaissez, tous les ans je pars au quart de tour : je vois les palmiers, le vent se lève, les mouettes ricanent, et hop, je suis en vacances : je vogue dans ma felouque sur un Nil lent, large et limoneux où somnolent de grands crocodiles bruns sur le dos desquels se posent des oiseaux bleus au ventre jaune…

Les vrais crocodiles, c’est évidemment dans l’hémicycle du Sénat qu’ils dorment.
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Comme un parfum de courge farcie à la station Argentine…

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De temps en temps, je me dis que ce serait bien si, à Paris, en sortant du métro Argentine, on sortait vraiment … en Argentine : un ticket de métro et hop, on pourrait manger des Carbonada en Zapallo avec de vrais argentins et écouter de la musique dans des Tanguerias. A la station Place d’Italie, on sortirait devant un magnifique palazzo en brique – par exemple à Sienne, ça me plairait bien… A la station Pyramides on sortirait en Egypte (mais pas trop envie en ce moment). Et à la station Saint-Michel, j’irais manger des omelettes de la mère Poulard…

L’ennui évidement serait de se tromper de station et, au lieu du Luxembourg, de sortir à la station Crimée ou carrément à Stalingrad… Brrrrr… le froid sur la Volga si j’ai oublié mon chapeau en poil de loutre. En tout cas, la moindre des choses serait qu’à la station St Germain-des- Prés il y ait vraiment des prés, avec des bleuets et des coquelicots ; qu’à Notre-Dame des Champs il y ait vraiment des champs, qu’on sorte en pleine campagne, avec des lapins qui détalent dans le serpolet, ou avec de bonnes odeurs d’automne et de feux de bois dans le lointain. Vous voyez, carrément un Bruegel avec des chasseurs arrivant avec leurs chiens à l’orée de la forêt…

Mais bon, vous je ne sais pas mais moi, les courges farcies à la station Argentine, je ne sais pas pourquoi, ça me tente bien là présintement comme disent les canadiens. J’ai faim.

A propos d’Argentine

Autres petits bouts de métro :
Le-metro de novossibirsk
La Marque Jaune
Palimpseste au métro Ecole Militaire

Deux nouveaux amis sur le chemin du retour

En rentrant seul du Luco tout à l’heure, je me suis trouvé deux nouveaux amis (celui en bas à gauche ne compte pas car je l’ai fait rapidement dans photoshop juste pour voir ce que ça donnerait s’ils sculptaient les détails du visage un peu plus soigneusement). Mais le premier – le jeune poète au chapeau – je trouve qu’il a assez belle allure…

Volets_bonshommes


décidément, j’ai de toute évidence un problème avec les volets en ce moment !

Mon imagination me perdra ! (suite)

J’ai un vrai problème dans la vie : je ne vois jamais ce que je dois voir. Par exemple, aujourd’hui, je travaille dans un logiciel où il y a des petits markers rose. Je les vois sous la tête de lecture, pas le moindre problème. Et, tout à coup, pof, je vois des cabines de plage ; et hop je suis à Dauville ou dans une station balnéaire… J’entends les mouettes, ça sent bon les embruns et je n’arrive plus à me concentrer. Pas croyable de ne pas pouvoir contrôler son imagination. Et en plus il fait un froid de canard : vraiment pas un temps à se baigner !


Mon imagination me perdra (1)
Mon imagination me perdra (2)
Les voyages imaginaires dans mon assiette
Au moins ça me fait des vacances au bord de la mer

Agrandir à 200% et sauter dans une autre dimension du temps

Bon, je sais bien que ce n’est pas normal et que je dois être un peu cinglé mais grâce aux musées virtuels, je me ballade de plus en plus dans les peintures des vieux maîtres des XIV ou XVe siècles. J’agrandis à 200% sur un petit point au fin fond de l’arrière-plan qu’on ne voit généralement pas à l’oeil nu, je zoome sur une petit zone de peinture lumineuse, je vise ce détail en me concentrant avec ce qui me reste de neurones cérébraux, et tout à coup, pof, ça bascule et je me retrouve de l’autre-côté du tableau, carrément DANS la toile…
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Je glisse sur quelques aplats de lumière, et pof, j’atterris pile sur le petit pont où je me stabilise sur une écaille de peinture. Ensuite, fastoche, je me joins à la foule des badauds et je me ballade incognito avec les autres petits personnages qui passent d’une rive à l’autre… J’entends la rumeur de la foule qui va au marché (parfois j’ai du mal avec la langue), les sabots des chevaux, les cris des marins, les clapotis des barques sur l’eau, les cloches qui sonnent joyeusement dans l’air argenté du matin… C’est midi, j’ai faim, je vais traverser le pont et me trouver une bonne rôtisserie dans la première ruelle à droite après la place de l’Eglise… Vous savez quoi ? Je peux rester des heures à me promener comme ça, à errer sur des particules de peinture zoomées à 200%… Parfois je pars entre deux cyprès sur un petit chemin de terre qui se perd au loin dans un sfumato vaporeux de la renaissance italienne. Parfois – comme avant hier – c’est
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Mon imagination me perdra ! (ou me sauvera ?)

Franck et Michèle sont en Corse où il neige. Les autres sont en vacances à la montagne (“à la neige” comme disent les enfants). Belles montagnes, air pur, neige sur les sommets, fondue valaisane le soir dans un beau chalet en bois… Moi je reste ici et je tiens compagnie à Alzheimer. Pas de vacances et des journées la tête dans Final Cut Pro et Photoshop où mon imagination me fait escalader d’autres montagnes qui ne sont pas mal non plus.
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Dans ses Cahiers, Cioran écrivait : “Par ma lucarne, je vois un bout de nuage éclairé par le soleil, sur un fond d’azur. Le Mont-Blanc n’est pas plus beau”. Je pourrais dire la même chose avec mes montagnes de Photoshop – surtout dans la couche alpha du bleu : le mont blanc n’est pas plus beau ! Finalement mon imagination me sauvera peut-être un jour.

Mon imagination me perdra (2)
Mon imagination me perdra (3)
Les voyages imaginaires dans mon assiette
Au moins ça me fait des vacances au bord de la mer

Voyager dans un plat à oeuf …


Ce soir je me suis fait des oeufs. Au dos de mes plats en aluminium, il y a de jolies petites cigognes qui m’ont donné envie de me tirer. Si je n’étais pas bloqué à Paris avec maman et alzheimer, et si j’étais une cigogne, je m’envolerai immédiatement vers le soleil. Peut-être vers le bosphore : planer au-dessus de Sainte-Sophie … atterrir au bout de la Corne d’or ? … Ou plutôt vers l’Espagne : voir miroiter la méditerrannée de haut, survoler des immensités de champs de blé, entendre Albéniz et Granados tout là bas en bas dans les petites villes blanches ? … Peut-être même allonger le cou jusqu’au sud marocain : Erfoud … les flamands roses aux portes du désert ? … Ce qui est bizarre, c’est que moins je bouge et plus le détail le plus infime m’est une invitation au voyage : un simple plat à oeuf et hop, je suis parti !
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La cigogne n’a pas seulement un long bec rouge. Elle a une âme !
Je voyage aussi dans mon assiette et dans le temps

Nostalgie des temps heureux…

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Quand j’étais petit, pendant les grandes vacances, je me balladais dans les chemins… il y avait d’immenses gerbes dans les champs de blés, des bleuets, des coquelicots… on taillait des branches de noisetiers, ça sentait bon les soirs d’été. On croisait des troupeaux de vaches et de moutons dont les clochettes tintaient. L’air était chaud et plein du crissement des sauterelles et des cigales…Aujourd’hui, [ce post date d’août 2004] je suis à Paris avec maman qui ne dit presque plus rien à cause d’alzheimer, il y a des manifestations dans l’avenue et les seules petites bêtes des champs que je vois sont celles qui se balladent dans les assiettes en porcelaine qu’on utilise tous les soir pour le déjeuner et le dîner… En fait, ça me fait plaisir de les voir : elles me rappellent les soirées d’août où on s’étendait sur le dos dans l’herbe fraîche, un épi entre les dents ; cherchant les étoiles filantes pour faire un voeu… Tous les jours, en quelques secondes, cette minuscule petite bête se promenant sur une assiette m’ouvre sur l’infini : je pense à Rimbaud, je pense aux champs d’orge de Boaz dans la Bible, dans le livre de Ruth… et aussi à ce haïku de Osaki Hôsai :

Sur la pointe d’une herbe
devant l’infini du ciel
une fourmi

Bonheurs…
Je ne voyage pas seulement dans les assiettes mais aussi dans mon plat à oeuf et aussi dans le temps


Quelques bouts de nostalgie

Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Mesurer le temps et sa vie en matins
Nostalgie des temps heureux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier

Juste une étiquette sur la bouteille….

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A midi, déjeûner dans la cabanes oux moineaux au Luxembourg avec Mom et Julia de passage à Paris en revenant de Cornouailles. Sur la bouteille de Côtes-du-Rhône, une étiquette avec des petits personnages au bord d’une rivière, un pont (celui d’Avignon ?), un grand ciel où volent des corneilles, une jolie ville fortifiée avec des tours… Ma tête bascule carrément ; pas à cause du vin qui n’est pas très bon, mais à cause de la petite étiquette dans laquelle j’aimerais bien pouvoir sauter, et hop, dans la vieille ville où j’irais bien passer quelques jours d’été au moyen-âge….


Voyager dans mon assiette

En fait, J’AIME BIEN RENTRER DANS LES IMAGES ou les étiquettes…

rentrer dans les détails

Agrandir à 200% et sauter dans une autre dimension

Tomber dans un calendrier de l’Avent et y rester

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