Quelle est la plus belle phrase de la langue française ?

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J’ai enfin retrouvé un vieux fichier (de 2004) où Jean d’Ormesson racontait comment – un jour à Apostrophes – Bernard Pivot demanda à Jean Dutour quelle était la plus belle phrase de la langue française…

La vidéo est grande comme un timbre poste et le son est totalement catastrophique (je l’ai enregistré à l’époque avec un vieux téléphone), mais bon, si vous prêtez attentivement l’oreille, la réponse de Hector Bianciotti est magnifique …
Je l’ai mise ici, sur Viméo

Et j’en parlais là en 2004

J’ai compté les mots qui disparaissaient… Il n’en reste plus

Voilà, Alzheimer® a presque terminé et gagné sa première bataille contre les mots. Maman, qui savait tant de choses, ne sait désormais plus rien. Les derniers mots qu’elle utilisait pour communiquer ont maintenant tous disparus (il en reste deux ou trois), remplacés par les terribles billes noires d’Alzheimer®. Plus de mots, juste du noir… Et je sais que ce n’est que la première manche d’Alzheimer® et que le pire est encore à venir. J’ose à peine imaginer. Je sais en tout cas que plus aucun miracle ne viendra s’agenouiller devant ma porte comme un chameau attendant qu’on le monte (un chameau bienveillant mastiquant un épi sec et souriant avec ses bons yeux aux grands cils). Voilà, je n’en dis pas plus. Je voulais juste donner quelques nouvelles du front à ceux qui parfois me disent qu’ils pensent à moi et me demandent comment ça va !

Je deviens traducteur ce ce qui n’a pas été dit
les plaisirs de la conversation
Le chat d’estelle
Mes jours avec alzheimer

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Et si on écoutait enfin les sourds-muets ?


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Bon, je ne sais pas si c’est le Chablis ou la discussion avec Krim ce soir sur l’utilité des discours à l’ONU quand personne n’écoute plus, mais il est clair que les hommes politiques, les diplomates, les journalistes et les médias ont usé jusqu’à la corde tout ce qu’on pouvait dire avec des mots. Ils en ont fait des tonnes et créé des ravages en ouvrant le robinet à blabla du matin au soir, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Plus un moment de silence : ils parlent à n’en plus finir et jacassent tout le temps, sans interruption, partout : à l’assemblée nationale, à l’ONU, dans les commissions, dans les conseils, dans les hauts comités, dans les réunions, dans les journaux, au conseil des ministres, aux journaux télévisés… Partout ; ils parlent partout et tout le temps. Ils empilent les mots, et des mots sur des mots, et des phrases et encore des phrases sur des phrases, jusqu’à plus soif… Et moi ça m’épuise car on voit bien qu’ils n’ont même plus le temps de penser et de réfléchir.. Depuis des années, ils ont tout dit et le contraire de tout, à tort et à travers et dans tous les sens. Ils sont au bout de ce qu’ils ont à dire et n’arrivent même plus à convaincre personne.

Vous je ne sais pas, mais moi je suis carrément mort de les entendre parler. Je n’ai plus qu’une envie : apprendre le langage des signes. Comme ça je pourrai parler aux sourds muets. Peut-être EUX n’ont pas encore usé les mots jusqu’à la corde. Peut-être ce sont EUX les derniers qui ont encore des choses intéressantes à nous dire sur le monde ? Mais pour le savoir il faut évidemment que j’apprenne leur langue. Car on ne les entend ni à la radio, ni à la télé…

PS : Oui je sais… je sais que la bouche est faite pour parler ! Qu’ils parlent ne me gène pas ; mais la tête est faite pour penser. Et les oreilles pour écouter. Donc ce que je demande finalement c’est juste ceci : qu’ils écoutent davantage, pensent un peu plus, et parlent un peu moins ! Ne serait ce que pour entendre (c’était le début de ma conversation avec Krim ce soir) ce qu’avait à dire cette jeune fille de 13 ans à la tribune de la Conférence des Nations Unies en 1992 ? Personne n’a écouté, personne n’a entendu. Ils ont tellement usé les mots que maintenant tout le monde s’en fout. [Severn Suzuki, ECO (Environment Children Organisation) ONU, Rio de Janeiro, 1992]

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Les plaisirs de la conversation

Le problème (un des problèmes), quand on s’occupe de quelqu’un qui a la maladie d’Alzheimer, c’est que les autres ne se rendent pas compte de l’état de délabrement physique, psychique, psychologique, moral, spirituel, métaphysique dans lequel on se trouve. Mais bon, c’est comme ça et il vaut mieux ne pas en parler parce qu’ils n’aiment pas trop sortir leurs têtes d’autruches profondément enfoncées dans le bon sable chaud de leur indifférence. Mais, juste pour vous donner une idée, voici un graphique représentant une conversation que j’ai eue hier avec maman :

en vert c’est ce que je lui dis, et en rouge ce sont ses réponses. Par exemple là c’était une longue discussion pour savoir où étaient ses lunettes. J’ai cherché pendant plus d’une heure partout, dans tous les coins et recoins (surtout dans les endroits les plus plausibles : frigidaire, vases, chaussures, cafetière etc…). Et, comme vous le voyez sur la courbe rouge, l’aide de maman a été relativement faible (juste deux petites indications pour m’aider à les trouver : le grille-pain et le pot de cornichons). La courbe verte qui descend, à la fin, c’est quand j’ai finalement retrouvé les lunettes : dans la poubelle sous les épluchures de pommes de terre et les fleurs coupées… Après, ce n’est même plus sur le graph tellement c’est descendu bas : c’est quand mon appareil de photo est tombé de ma poche dans l’évier de la cuisine. Je l’ai retiré aussitôt mais c’était trop tard : tous les systèmes électroniques étaient morts. Moi aussi.

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Autres petits bouts d’Alzheimer …
Mon cerveau fait comme les marrons en hiver…
Je deviens traducteur de ce qui n’a pas été dit
Une boite pour le huitième jour de la semaine
Au troisième top du baromètre il sera 17heures
Oh mais j’aurais tellement aimé vous aider !

Le silence, lorsque les paroles et les mots ont disparu…

Aujourd’hui, beaucoup de ceux qui parlent du Mime Marceau et que j’entends jacasser dans les médias pour lui rendre hommage sont ceux-là même qui auront usé les mots jusqu’à la corde ; jusqu’à vous donner envie de ne plus rien dire pendant des mois pour laisser revenir le silence et reposer la langue de leur vacarme insignifiant.

Au cours des dernières années, j’ai découvert ce qu’était le silence lorsque les mots n’existent même plus pour le rompre… Comme les enfants qui arrachent une à une les ailes des mouches, alzheimer arrache les mots les uns après les autres, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que deux, ou trois, et bientôt plus aucun… comme un ciel plein d’étoiles qui s’éteint peu à peu… Dans cette nuit sans étoiles où l’âme grelotte parce que c’est la vie qui s’en va doucement, on mesure alors ce qu’est le silence, et le poids des mots et tout ce qu’ils représentaient quand ils étaient agiles, souples, vivants et pas des ossements momifiés dans les dictionnaires ou la bouche des hommes politiques… Merci et adieu cher Mime Marceau…

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Je deviens traducteur de ce qui n’a pas été dit…

dictionnaire.jpg A cause d’alzheimer, Maman ne parle presque plus. Elle oublie tous les mots qui disparaissent les uns après les autres… Alors j’essaye de comprendre ce qu’elle veut dire, de trouver les mots oubliés, de remettre un peu de sens et de logique là où il n’y a en déjà presque plus. Je suis devenu une sorte de …. traducteur de ce qui n’est pas dit…. Une histoire hassidique raconte qu’un juif illéttré ne sachant pas lire les prières pour le jour de kippour quitta la synagogue et alla en plein champ pour crier une à une les lettres de l’alphabet, demandant à Dieu de bien vouloir les ordonner à sa guise. Les lettes montèrent au ciel et la prière plut à Dieu…. J’essaye de faire pareil avec ce que maman ne dit plus : inventer les mots et remettre sa pensée dans l’odre… C’est difficile. On vit tous les deux avec une petite poignée de mots qu’on garde précieusement pour cet hiver comme les écureuils le font avec leurs noisettes. Je ne sais pas ce qyu nous restera en janvier…

Lord Polonius: What do you read, my lord?
Hamlet: Words, words, words.
Lord Polonius: What is the matter, my lord?
Hamlet: Between who?
Lord Polonius: I mean, the matter that you read, my lord.
(Hamlet II, 2, 191-195)

Le silence lorsque les mots ont disparu

Les plaisirs de la conversation

Miaou le chat d’Estelle

chatestelle24Estelle a l’âge où les mots s’apprennent à la pelle : elle sait déjà tous les noms des animaux. Elle dit miaou au lieu de chat mais elle sait déjà croTrodile et kangRourou.
Maman à l’inverse les oublie les uns après les autres. Je marche avec elle en la tenant par la main mais, pour les mots, je suis impuissant : sans que je puisse l’aider à les retenir, ils s’envolent comme des cerf-volants emportés dans le ciel de l’oubli. A la fin de la symphonie Les Adieux, (je déteste les symphonies mais bon, je vous raconte tout de même), au lieu d’un mouvement vif, Haydn a composé un adagio pendant lequel les instruments se taisent les uns après les autres, tandis que les musiciens soufflent leurs bougies et quittent leurs pupitres l’un après l’autre, laissant la scène dans le noir.

Maman éteint aussi une à une toutes les bougies des mots et le monde déjà se fait un peu moins lumineux : il n’y aura bientôt plus les couleurs pour dire les choses, plus de merles, plus de pivoines, plus d’anges de Fra Angelico non plus ; Florence et Venise disparaîtront également dans l’oubli, et les souvenirs des maisons d’enfance avec leurs vieilles glycines, et Giotto et la Bible et le nom des fleurs et celui des jours de la semaine… Beaucoup de prénoms déjà ont disparu et on se sent déjà un peu plus seuls. Quand tous les mots auront disparus que restera-t-il? Ma gorge se noue quand j’y pense et les mots – les miens – ont déjà de la peine à venir: faire une phrase me devient à moi même une entreprise dont je mesure la difficulté et donc le miracle !

On est un jour d’élections européennes : Maman aura cherché ses mots toute la journée ; pendant la soirée électorale, des politiciens lamentables et des journalistes médiocres en feront un usage méprisable fabriquant des phrases en bois avec des slogans galvaudés. Gorgias va encore gagner contre Socrate et notre démocratie va mourir de parlotte. Si ces crétins savaient ce que chaque mot renferme en lui comme puissance explosive ! Et qu’en les perdant on perd pratiquement tout ! Mais on ne se rend souvent compte que quelque chose est précieux que lorsqu’on l’a perdu c’est à dire lorsqu’il est déjà trop tard.

Et si on écoutait davantage les sourds et les muets ?

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