Apprendre à dézoomer vite fait …

Il faut très rapidement que j’apprenne à dézoomer. Ceux qui me connaissent un peu savent que j’aime bien faire exactement l’inverse : agrandir les toiles des Musées avec une loupe à 200% ; ou agrandir les cartes comme un malade avec Google Maps… Mais ces derniers temps, c’est Alzheimer qui a zoomé un peu trop fort dans mon cerveau : il a tout peint en noir et agrandi la tache à 200%. Brrrrr, fait beaucoup trop sombre là dedans maintenant : faut que je dézoome rapidement pour retrouver un peu de blanc et de calme intérieur… Le seul problème avec Alzheimer, c’est qu’il ne vous laisse pas prendre du recul : ce serait trop beau… Et le yin yang il s’en moque comme de sa première chemise ! Bon, enfin bref, ce que je voulais dire c’est que j’allais peut-être essayer, ces prochains temps, de prendre un peu de…. recul. Sur ma vie. Et peut-être aussi sur ce blog… Dézoomer quoi ! Et sans doute l’abandonner. Arrêter d’écrire. Plus rien à dire n’importe comment. La vie est trop dure.

Agrandir à 200%
Agrandir avec Google Maps
Alzheimer peint tout en noir
Mon cerveau ou Dresde après le bombardement : pareil
Les journées avec Alzheimer

Les gens prennent l’autoroute “A6″ et moi je prends “Luc 24″

Je ne comprends pas très bien pourquoi tous les week-ends, les gens éprouvent le besoin de prendre leur voiture pour s’agglutiner sur les autoroutes avec toutes ces âneries de journées rouges, d’embouteillages et de bisons futés…

Aujourd’hui, c’était parait-il journée noire sur les routes. Moi j’ai encore pris ma loupe à 200% et je suis parti me ballader dans cette incroyable petite ville du XVIe siècle peinte par le peintre flamand Herri met de BLES, (c. 1500 – env. 1550). J’ai passé un bon moment, sur la route d’Emmaüs (c’est le nom de la toile), avec le Christ, Cléopas et Luc (24.13). Les gens prennent l’autoroute “A6” et moi je prends “Luc 24”, c’est presque pareil. Sidérant en tout cas de pouvoir agrandir comme ça à 200% et rentrer dans des détails infimes à l’arrière fond qu’on devine à peine sur la toile elle même. Je saute dans la toile, je hume l’air frais du matin, j’emprunte un petit sentier de terre, et hop j’y suis. Je vais aller visiter cette ville là bas au fond. J’entends les cloches sonner, il doit bien y avoir des saucisses grillées à la rôtisserie de la place de l’hôtel de Ville (et ça me coûtera moins cher que le filet de boeuf au Rostand rue de Médicis)… Mais tiens, c’est quoi ce truc au premier plan ? Je me demande bien si ce n’est pas un pendu ? ça ressemble à un corps accroché à un gibet non ? Brrrr, Faudrait pouvoir agrandir à 300%. Je crois que je vais plutôt changer de toile. Trop dangereux ici. Je me tire !

Herri met de BLES, peinture sur bois, 34,1 x 50,5 cm. Museum Mayer van den Bergh, Antwerp

Ecrabouiller le Mal ? Jubilatoire !

Comme vous le savez, je ne me lasse pas d’agrandir les toiles à 200%… Là je viens de découvrir ce dragon noir que la Vierge à l’Enfant de Geertegen tot Sint Jans est en train d’écrabouiller sous ses pieds. C’est marrant mais je dois avoir un problème avec le Mal et les dragons et les serpents : je ne vous dis pas le plaisir quasi jubilatoire que ça me fait de les voir écrabouillés comme ça. Entendre le craquement des os du Mal dont on brise les os, ah, quelle délectation, quel bonheur. Dans la Genèse 3.15 on parle de “Celui qui écrasera la tête du serpent”. Je veux bien me proposer à Dieu pour le job ! Surtout en ce moment où les dragons me courent après. Bon, je sais, ce n’est pas bien, je ne devrais pas dire ça. Faut avoir un peu de compassion pour les dragons tout de même… Mais vous savez bien que je ne ferais pas de mal à une mouche, ni à une grenouille.


Geertgen tot Sint Jans, Vierge à l’Enfant, 1480s, 26,8 x 20,5 cm, Musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam

Geertegen tot Sint Jans sur Wikipedia

Le souci de discrétion existentielle poussé à l’extrême…

vaneyckpommesrilke.jpg

A propos de ma réflexion d’avant-hier sur mon voisin de volet, une amie me dit que je pousse un peu loin la tentation de disparition. Je ne le voyais pas comme ça mais comme un immense besoin de me reposer un peu ! Mais bon, cela me fait penser à ce texte où Rainer maria Rilke pousse lui l’ambition existentielle jusqu’à n’être même pas une petite pomme, mais l’ombre imperceptible de cette petite pomme ! Voici ce qu’il écrit :

(…)” Je m’absorbais dans la contemplation de la planche étalée sous mes yeux. C’était la Vierge de Lucques de Jean Van Eyck, la gracieuse Vierge au manteau rouge tendant à l’enfant assis, très droit, et qui téte avec gravité le sein le plus charmant.

Et tout à coup je désirais, je désirais, oh ! désirais de toute la ferveur dont mon cœur a jamais été capable, désirais d’être – non pas l’une des petites pommes du tableau, non pas l’une de ces pommes peintes sur la tablette peinte de la fenêtre – même cela me semblait trop de destin… Non :

devenir la douce, l’infime, l’imperceptible ombre de l’une de ces pommes

Tel fût le désir en lequel tout mon être se rassembla. Et comme si un exaucement était possible, ou comme si ce souhait à lui seul accordait à l’esprit une pénétration miraculeusement sûre, des larmes de reconnaissance me vinrent aux yeux” (…)

Madonne de Lucques, Jan van Eyck. (détail), 1436. Huile sur bois. Stedelsches Kunstintitut, Frankfurt am Main.

Agrandir à 200%

Autres disparitions…
Disparitions des boites aux lettres…
The Alphabet Fades Away
La disparition de l’écureuil
Disparition du peintre
Disparition des abeilles

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