“Autre image de la joie”…

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Je relisais les carnets du Japon de Nicolas Bouvier et je retombe sur cette phrase qui me met en joie :

“Autre image de la joie : le claquement de bec de la cigogne lorsqu’elle construit son nid sous l’averse au-dessus du miroir de la boue…”

Oui, en effet, autre et belle image de la joie … et il faut une belle âme comme celle de Nicolas Bouvier pour se rendre compte de l’immensité de ce claquement de bec

Je sais que j’en ai déjà parlé mais comme ce blog tourne inlassablement en rond (comme les idées dans ma tête d’ailleurs et ma vie en général) je ne peux que vous redire combien ces cigognes sont exceptionnelles :-)

“… même leur claquement de bec est inoubliable. Ils appellent ça un craquètement mais ça n’est absolument pas ça, parce que justement elles ont un problème dont les dictionnaires ne parlent pas : pour les alsaciens, qui les voient arriver au printemps, elles font des “clac clac clac” – plutôt même des “klak klak klak” car on est en alsace et c’est comme ça qu’ils décrivent leur chant dans l’harmonie municipale locale… En réalité elles sont folles de flamenco et ce qu’elles rapportent en Alsace (à leur retour de migration dans le sud et après avoir survolé les petites villes espagnoles) c’est justement cette grande subtilité des castgnettes espagnoles dont je vous rappelle qu’elles ne sont pas creusées de manières égales : il y a d’une part la hembra (femelle) qui est plus aiguë, et d’autre part la macho (mâle) qui possède un son plus grave, ce qui permet des couleurs et des variations de sonorités très différentes lorsqu’elles s’entrechoquent. Donc si vous pensiez que c’était juste un “clac clac” banal, mon Dieu, c’est que vous ne connaissez vraiment rien aux cigognes !” :-)

La cigogne n’a pas seulement un long bec rouge. Elle a une âme !
Nicolas Bouvier fait évidemment partie des suisses que j’aime

Un tout petit copeau de France

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Parfois, comme lorsque j’en parle avec C@t comme ce soir, j’ai la nostalgie de la belle province où je suis né : avec ses beaux vignobles ensoleillés, ses cigognes sur les clochers des églises, ses petits villages à colombages, ses tartes de lintz, ses kugelhof, ses choucroutes, son Gewurtz, ses champs de colza, sa belle ligne bleue des Vosges, ses beaux livres de Hansi, son Hans im Schnockeloch… etc etc. Je suis un grand nostalgique… Continue reading

La cigogne n’a pas seulement un long bec rouge. Elle a une âme !

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Je reviens juste trente secondes sur cette histoire de définitions des dictionnaires – vous savez, ces définitions qui nous permettraient, comme avec un manuel technique, de refaire la Création si par malheur on avait à se taper un nouveau Déluge…

Oui, je sais que c’est complètement fumeux mais que voulez vous, je suis alsacien à la tête carrée, et quand les définitions ne sont pas précises dans les dictionnaires – même si les gens s’en foutent – moi ça m’horripile. Donc je disais que, pour le merle, la définition était carrément inutilisable. Et pour les cigognes c’est encore pire; et je m’y connais en cigogne car quand j’était petit, je les ai fréquentées un maximum.

Dans un dico normal on vous dit juste un truc du genre :

“CIGOGNE, subst. fém. − Oiseau migrateur de grande taille, à longues pattes et à long bec…”

On voit bien qu’ils ne connaissent rien à la joie des cigognes quand, dans l’air printanier de mon enfance qui sentait bon les kugelhof et les Lintzertarts, elles survolaient magestueusement les petits villages alsaciens en planant avec leurs grandes ailes noires et blanches… Tous les enfants du village accouraient de partout pour les voir arriver et tournoyer longuement au-dessus du toît de l’église où, (comme ils le font maintenant pour les Roms qui exigent des aires d’accueil), le curé et le maitre d’école avaient soigneusement préparé, avec une immense espérance au fond du cœur, un magnifique nid d’accueil.

Donc, avant de se tirer dans le sud quand elles commençaient à se geler les fesses dans leur nid, ces cigognes passaient du bon temps assises carrément au sommet de l’église : elles connaissaient donc pratiquement par coeur toute l’oeuvre de Bach pour orgue. Elles devaient aussi connaître le patois alsacien et quelques vers de Goethe (Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?). Les recettes de la choucroute, du bäckeoffe et des spaetzles aussi… tout ça dans des vapeurs lumineuses et joyeuses de riesling ou de sylvaner.

Et donc ce que ces maudits dictionnaires passent sous silence c’est justement tout ça ! qui fait précisment qu’une cigogne est vraiment une cigogne. Parce qu’ensuite, elles se cassent. Les unes traversent le bosphore, planent au-dessus de Sainte-Sophie et vont atterrir au bout de la Corne d’or, vers le café de Pierre Loti, là où je les ai vues couvertes de poussière à se croquer quelques grenouilles turques dans un air parfumé de jasmin. Les autres s’envolent plutôt vers l’Espagne : que voulez-vous, la musique arabo-andalouse continue d’attirer les cigognes les plus mélomanes… Sur leur gauche, de très haut, elles voient miroiter la méditerrannée, survolent l’Andalousie et les immensités de champs de blé et vont atterrir tout là bas en bas, là où les gens mangent des tapas le soir en écoutant Albéniz ou Granados.

Vous voyez bien que la définition du dictionnaire est lamentable. Qu’elles ont plein de trucs à raconter. Des histoires immenses et terrifiantes qui n’ont rien à voir avec le gentillet folklore alsacien.

Et même leur claquement de bec est inoubliable. Ils appellent ça un craquètement mais ça n’est absolument pas ça parce que justement elles ont un problème dont les dictionnaires ne parlent pas : pour les alsaciens, qui les voient arriver au printemps, elles font des “clac clac clac” – plutôt même des “klak klak klak” car on est en alsace et c’est comme ça qu’ils décrivent leur chant dans l’harmonie municipale locale… Mais en réalité elles sont folles de flamenco et ce qu’elles rapportent en alsace c’est justement cette grande subtilité des castgnettes espagnoles dont je vous rappelle qu’elles ne sont pas creusées de manières égales : il y a d’une part la hembra (femelle) qui est plus aiguë, et d’autre part la macho (mâle) qui possède un son plus grave, ce qui permet des couleurs et des variations de sonorités très différentes lorsqu’elles s’entrechoquent. Et vous pensiez que c’était juste un “clac clac” banal ! Mon Dieu, mais vous ne connaissez rien aux cigognes !

Je vous en foutrais moi du – “Oiseau migrateur de grande taille, à longues pattes et à long bec…”

Marre qu’on nous raconte des crasses
Voyager dans un plat à oeuf …
Les définitions des dictionnaires sont inutilisables
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L’image en haut est du grand Hansi.

Et d’après vous, pourquoi les gens ne dansent-ils plus ?

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En regardant ce dessin de Hansi tout à l’heure en prenant mon café, je me suis posé une question toute simple :
est ce qu’aujourd’hui les gens ne dansent plus sur les places parce qu’ils sont tristes et n’ont plus envie de danser ? Ou bien parce qu’on leur a carrément détruit ces petites places où ils dansaient précisément, dans leurs petits villages fleuris où ils vivaient tranquilles, sans voitures, sans feux rouges, où ils mangeaient tous ensemble d’énormes choucroutes sur de grands tréteaux en bois en cognant leur chopes de bière et en trinquant au Riesling ?

Là, ça sent bon la saucisse qu’on trempe dans la moutarde et j’entend le claquement des sabots sur les planches en bois… S’ils faisaient ça au coin de ma rue, juste là en bas, à l’angle de l’église, les flics arriveraient avec leurs gyrophares et hop, circulez ou au poste ! Bon, OK j’arrête sinon vous allez encore dire que je suis nostalgique (vous n’auriez pas tort d’ailleurs) !

Et puis il parait qu’on a des jours pour danser, quand l’Etat le décide : le 14 juillet ou la fête de la musique. Hors de ces dates fixées par l’Etat, circulez citoyens, y a rien à voir ! Manquerait plus que ça qu’on se mette à danser sur les places hein ! Non mais ! Mais peut-être qu’ils dansent sur Facebook et que je ne les sais même pas ?

La fête ou la vie parfois, c’est comme un mât de cocagne…
L’Alsace, un tout petit copeau de France…

Quand on a raison trente ans avant les autres on passe pour avoir tort pendant trente ans

hunawihr2.jpg A la radio, je les entend jacasser [on est en 2007] sur le Grenelle de l’Environnement et je pense avec nostalgie aux petits villages qu’il y avait quand j’étais haut comme trois pommes.

Des petits villages alsaciens pas plus grands que des maisons de poupées et où il faisait bon vivre. Il n’y avait pas de pollution, pas d’OGM, pas de pesticides et pas de centrales nucléaires. Mais il y avait des coquelicots et des bleuets dans les champs de blé. Et il y avait des oiseaux et des abeilles, des renards et des hérissons et aussi des hannetons dans les marronniers. La vie était douce et ça sentait bon le vignoble ensoleillé et les animaux dans les cours de ferme. Le pain ne séchait pas en une journée et il n’y avait pas de date de fraîcheur sur les oeufs. Les poulets qu’on mangeait n’étaient pas élevés hors sol, il y avait des cigognes sur le toit de l’église et il faisait beau et chaud en juin.

Il n’y avait pas de RER, pas de banlieues, pas de tag, pas de violence et pas de chômeurs. L’hiver, tout était recouvert de neige, mais il n’y avait pas de Plan grand froid ni de SDF. Il y avait des corbeaux noirs sur le blanc des champs comme dans les toiles de Breughel et on faisait des bonshommes de neige avec deux charbons pour les yeux et une carotte pour le nez. C’étaient des petits villages qui tenaient dans la paume de la main, il n’y avait pas de grands médias mais les enfants pouvaient faire de la luge et nos oncles jouaient des quatuors à corde dans des pièces qui sentaient bon la cire d’abeille et la colophane. Le dimanche il y avait des kugelhopf, à Pâques on cachait des oeufs peints dans les arbres, à Noël les gens chantaient minuit chrétien dans des petites églises où on se les gelait.

C’était avant que n’arrivent ceux qui ont tout détraqué. Ceux-là même qui, quarante ans après, nous font le coup du Grenelle de l’Environnement avec des trémolos écologistes dans la voix. La vraie question est : si c’est pour dire maintenant que ce n’était pas bien de le faire, pourquoi est ce qu’ils l’ont fait ? J’aurais pu leur dire, s’ils me l’avaient demandé, qu’ils abimaient la planète de façon irrémédiable. Mais ils ricanaient en se moquant des petits villages fleuris et ont tout recouvert de supermarchés, d’hypermarchés, de conforama, de pompes à essences et de centres commerciaux hideux. Ils ont construit des tours qui sont de vrais clapiers où ils ont entassé les gens en défigurant les villes jusqu’à avoir envie de vomir tellement c’est laid. Maintenant quand on quitte une banlieue de merde on rentre sans transition dans la banlieue de merde de la ville suivante. Et les cigognes n’ont plus de grenouilles à manger et comme les églises ne sont plus chauffées, elles se gèlent les fesses.

Voilà, c’était mon petit couplet nostalgique et réactionnaire. Vous me connaissez maintenant : vous savez que j’exagère toujours un peu ! Mais eux aussi ont éxagéré en massacrant la planète. Vous savez quoi ? Je les hais !


Quelques bouts de nostalgie

Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Mesurer le temps et sa vie en matins
Nostalgie des temps heureux
Remonter le temps en rentrant dans les tableaux
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier

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