Le tilleul s’est carrément installé dans la cour…

arbre_cour_01

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Quand je me réveille les samedis matins ensoleillés de juillet, ma chambre est baignée d’une belle lumière couleur, la fenêtre est grande ouverte, j’entends le bruissement du balai de la concierge qui balaye la cour pendant des heures en discutant en portugais avec la voisine, puis le ruissellement rafraîchissant du jet d’eau quand elle arrose les pots de feurs, et tout ça sur la toile de fond sonore du roucoulement des pigeons ramiers et le gazouillis bavard des moineaux qui jouent dans le grand tilleul. Lui a d’ailleurs carrément décidé de s’installer royalement dans la cour en prenant littéralement toute la place disponible. S’il continue, ses branches vont rentrer par les fenêtres et j’irai m’installer avec les oiseaux sur ses branches, comme dans Baron Perché d’Italo Calvino :-) Eh oui, je sais, j’ai beaucoup de chance…

Il est beau en automne aussi
Le merle de la cour

Et le petit rameau cria : “pourquoi me mutiles-tu ?”


Il y a eu, ces derniers jours, beaucoup d’arbres et d’ombres d’arbres sur mon blog… Et du coup m’est revenu en mémoire ce passage terrible de la Divine Comédie où Dante, au Chant XIII de l’Enfer, parle des gens transformés en arbres et qui hurlent quand on brise leurs branches… C’est terrible et vous glace d’effroi. Voici le passage :

Et le bon Maître : “Avant de pénétrer plus loin, sache, me dit-il, que tu es dans la seconde enceinte, et y seras tant que tu chemineras dans l’horrible sablon. Regarde bien, et tu verras des choses qui te rendront mes paroles croyables.” Déjà, de toutes parts, j’entendais pousser des gémissements, et ne voyais personne ; de sorte que, troublé, je m’arrêtai. Je crois qu’il crut que je croyais que cette foule de voix, sortant d’entre les troncs, venait de gens qui se cachaient de nous.
Ce pourquoi le Maître dit :
“Si tu romps quelque branche d’un de ces arbres, rompues aussi seront les pensées que tu as”. Lors, avançant un peu la main, je cueillis un petit rameau d’un épais buisson, et le tronc cria : “Pourquoi me mutiles-tu ?” Puis devenu tout noir de sang, il cria de nouveau : “Pourquoi me brises-tu ? N’as-tu aucun sentiment de pitié ? Nous fumes hommes, maintenant nous sommes buissons. Ta main devrait être plus pieuse, eussions-nous des âmes de serpents.”

Petit arbre avec inscription de Giovanni Bellini (fragment)
Huile sur bois, 31 x 22 cm
Gallerie de l’Accademia, Venise.

Des passages moins tristes de la Divine Comédie (étoiles)


Quelques autres arbres…
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L’ombre, un instant, le temps d’un court rayon de soleil


Tout à l’heure, dans le vent frais, la lumière jouait avec l’ombre des feuilles de l’arbre sur la petite maison que j’aime bien… Au bout de l’avenue, ils vendaient du muguet et moi je regardais cette ombre en mouvement sur la pierre : aucun musée n’arrivera jamais à me procurer autant de joie intérieure que la beauté de la lumière qui tombe sur le monde…
Chaque fois j’entends intérieurement la phrase de la Bible où, aux premiers jours de la Genèse, il est dit : Il y eut un soir, puis il eut un matin… Et Dieu vit que c’était bon.


Quelques ombres…
L’arbre aussi fait du tai-chi
Feather of a raven
Ombres et briques
Ombres superposées…
Si c’est mon ombre qui décide…
Si c’est mon ombre qui décide maintenant…
L’ombre du bel arbre de Willy Ronis


Quelques autres arbres…
L’arbre parle. Approche, tu l’entends ?
J’aime bien cet honneur fait à l’arbre
Voir des poissons dans les arbres, ça me rassure en fait !
Comme quoi, quand ils veulent ils peuvent
Et le petit rameau cria : “pourquoi me mutiles-tu ?”
Le vieil arbre du Luxembourg en soins palliatifs
Arbres et arbres peints

Le vieil arbre du Luxembourg en soins palliatifs


Hier, comme tous les samedis depuis des siècles, je vais au Luxembourg me ballader. Ecouter les oiseaux, voir où en sont les fleurs et les plantations, regarder les enfants jouer et les canards barboter dans le grand bassin, dire bonjour aux abeilles, passer vers les boulistes et les joueurs d’échecs. Et parfois discuter avec Vincent quand il va promener sur ses épaules sa petite fille aux beaux yeux bleus… Chaque fois, avant de partir par la rue Férou, je vais rendre visite à ce vieil arbre que j’aime bien et qui me fait penser à ma lutte contre Alzheimer. Le tuteur en bois, sur la gauche, c’est moi … Jusqu’à présent l’arbre a tenu. Quand ce blog s’arrêtera, on saura si le tuteur a tenu.

PS. Merci en tout cas aux jardiniers du Luxembourg. Contrairement à d’autres, ils font honneur à leur profession

Quelques autres arbres…
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J’aime bien cet honneur fait à l’arbre…

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Je trouve cette idée de Myoung Ho Lee très belle…
[Faut tout de même un camion-grue !]


Quelques autres arbres…
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Le grand cèdre et le chapeau de Monsieur de Jussieu

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Bon, je lirai Pennac ou Gilles Leroy dans une centaine d’années. Pour l’instant je suis dans “Le tour de France par deux enfants” de Bruno. Oui, je sais, ça ne date pas d’hier (1877), mais je viens de le retrouver sur une étagère de ma chambre et ça m’amuse de ne pas lire le Renaudot ou le Goncourt au moment où tout le monde pense qu’il faut lire les mêmes choses en même temps. Et puis je tombe sur ce bel arbre qui me touche. D’abord parce qu’il n’y en a plus comme ça à Paris sinon les gens seraient heureux de pouvoir s’asseoir à l’ombre de ses grandes branches. Ensuite parce que je lis cette histoire que je trouve très belle : “Bernard de Jussieu avait tant travaillé que, sur la fin de sa vie, il devint presque aveugle ; il ne pouvait plus lire ni écrire, ni surtout distinguer ses chères plantes ; mais son neveu, auquel il avait communiqué son savoir, l’aida de ses yeux et de son intelligence : le neveu voyait à la place de l’oncle et il lui disait tout ce qu’il voyait. L’oeuvre de Jussieu put donc être continuée et ne fut pas interrompue par sa mort”.

Je trouve cette histoire très touchante et si, j’étais cinéaste, je ferai un beau film sur les derniers mois de la vie de Jussieu dans son grand herbier du cabinet du Roy… Mais pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça au juste ? Ah oui c’est parce qu’à mon bureau (je dis à mon bureau mais pas seulement) ils me disent toujours : “mais il faut être patient tu sais, ce que tu demandes exige du temps”… Et moi quand je parle de grands projets ou de grands chênes, je regarde toujours si ceux qui me demandent d’être patient ont planté le gland ou non ! Si je vois qu’ils l’ont planté, je sais être patient : je sais que si on l’arrose, il finira par donner un grand chêne. Mais s’ils ne le plantent pas et me demandent d’attendre, ce n’est pas de la patience, c’est un mensonge doublé d’une résignation dont j’ai déjà parlé ici.

Attendez, il faut que je finisse de vous lire la fin du texte qui est à côté de l’image :

“Quand on se promène dans Paris, au Jardin des Plantes, on voit un grand arbre, un magnifique cèdre qui rappelle Bernard de Jussieu. C’est en effet ce dernier qui l’a rapporté dans son chapeau et planté en cet endroit, alors que le grand arbre n’était encore qu’une petite plante”.

Lui en tout cas l’avait planté ! Chapeau Mr de Jussieu !

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Wikipedia : Le livre de G. Bruno (pseudonyme en hommage à Giordano Bruno) – et Bernard de Jussieu

L’abre cache toujours la forêt. Et les maisons aussi parfois !

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Tout à l’heure je me balladais rue Jacobs. Et je suis tombé sur cet arbre qui est toujours là, fidèle… Je ne sais pas pourquoi je me suis dit : “tiens, une toile de Magritte en plein Paris”… Mais quand je suis rentré, j’ai vérifié et la toile de Magritte n’est absolument pas comme ça : il manque la nuit, le réverbère et l’eau… Donc ça n’a strictement rien à voir et on oublie. Mais bon, j’aime bien l’abre qui cache a maison. Souvent dans ma tête il se passe des choses exactement comme ça : l’arbre cache totalement la forêt. Comme le nez au milieu de la figure. Mais quand les gens du 27 rue Jacob se lèvent le matin et qu’il y a des oiseaux qui chantent dans l’arbre, ça doit être tout simplement inoubliable. Et en automne, la couleur des feuilles doit être hallucinante de beauté…

L’abre est là (sur Google map)

“L’empire des lumières” la toile de Magritte qui n’a rien à voir

L’abre qui fait du Tai-Chi…

Nostalgie d’un autre arbre que j’aimais tant…(post de 2003)

Oui, je sais… archi connu ! et alors ?

Je sais qu’on l’a vue partout mais la carte postale était sur un tourniquet du coin de la rue et je l’ai achetée pour occuper Maman qui passe maintenant des heures à la regarder et à la lire comme une histoire : la femme à l’enfant, le cordonnier, l’ouvrier de la ville qui répare les feux, le cheval, l’ombre de l’arbre ; c’est un vrai film cette photo et, avec Alzheimer, ça fait plein de choses à regarder et à raconter. Toutes ces vies simultanées (dont une seule – rien que le haut avec le cheval, ou rien que le bas avec la femme – aurait suffit à faire une photo inoubliable). Vies comme suspendues (la femme n’a pas encore posé le pied par terre …) et saisies en instantané au moment précis où il appuyait sur le déclencheur. On entend même l’écho des sabots sur les pavés… Trois secondes plus tard, il n’y avait plus rien… le cheval était passé, la femme avait tourné le coin… Immense !


© Willy Ronis évidemment – Belleville, Ménilmontant.
(Oui, je sais, les noirs et les blancs sont affligeants mais parce que c’est pris avec mon appareil numérique à partir d’une carte sépia mal reproduite. Désolé).

PS1 : C’est fou ce qu’on a perdu en voyant tout en couleur maintenant. Je vais me remettre à regarder en noir et blanc : comme mes nuits sont déjà blanches et que mes jours sont déjà noirs, je suis déjà presque un vieux Leica !

PS2 : Pour dire que je n’aime pas trop qu’on dise “oui, mais bon, c’est archi connu…” d’un air méprisant. Genre : “la Joconde c’est archi connu”.
Où est le problème
? C’est vraiment gênant que ce soit archi connu ? Plus ça va, et plus j’aime les chose archi connues justement ! Je crois même qu’un jour je vais en faire la liste. Genre catalogue exhaustif de la Création, depuis les premiers jours de la Genèse. ça va être long et je sens que ça va m’occuper un moment. Les coccinelles c’est archi connu, et les cerisiers en fleurs, et la Messen si mineur de Bach, et la lumière dorée des petits matins d’automne, et les moineaux du luxembourg… Archi connu ? Il n’y aurait pas de quoi s’étonner ? Vraiment ? Moi tout m’étonne !

L’arbre aussi fait du tai-chi

chinois-taichi.jpg

Le vieux chinois fait du tai chi.
Son ombre fait du tai chi.
L’ombre de l’arbre fait du tai chi.
L’arbre fait donc aussi du tai chi …

J’aime beaucoup cette photo que j’avais trouvée à l’époque dans Le Monde. Je ne sais plus quand et donc je ne peux pas mettre le crédit photo… Que l’auteur (que j’admire beaucoup) ne m’en veuille pas. C’est trop beau :-)


Ci-dessous, quelques ombres, et quelques arbres…
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Elire des ébénistes, et envoyer les politiciens couper des bûches !

ebeniste.jpg En rentrant chez moi tout à l’heure, je passe à côté de la camionnette d’un ébéniste qui avait peint sur sa portière : “QUE CE QUE TU EN FERAS SOIT AUSSI BEAU QUE L’ARBRE”. J’ai relu cette belle devise plusieurs fois et ai attendu un bon moment qu’il revienne pour l’inviter à boire un verre. Un ébéniste qui pense comme ça et conçoit ainsi son métier mérite toute ma sympathie. Et tous mes remerciements pour continuer, dans une société qui qui se contrefout de tout, de porter aussi haut les valeurs de beauté, de respect et de dignité. Un Compagnon très certainement. S’il y avait plus d’hommes comme lui, la civilisation reprendrait des couleurs au joues. Ce matin même, dans le Figaro, je lisais un article édifiant sur la profondeur abyssale de la dette publique qui plombe tous les français : chaque citoyen, chaque enfant qui nait, a été endetté par nos hommes politiques de 16 000 euros et aura chaque année à payer 480 € d’intérêts… On croit rêver devant un tel aveu de faillite. Si la France avait été gouvernée par mon ébéniste, nous n’en serions pas là. Peut-être faudrait-il demander au Président de la Cour des Comptes de traduire, à l’usage des hommes politiques, la belle devise de mon ébéniste. Et on la graverait en lettres d’or sur la façade de l’Assemblée nationale !

Merci l’arbre !

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. [post de 2003]
On est le 1er décembre et l’arbre de ma cour est encore absolument magnifique. Et je veux donc juste lui rendre un petit hommage. Il le mérite bien. Quand je me réveille, il est là, incroyablement lumineux et si je partais un peu plus tard le matin, je pourrais prendre une photo lorsqu’il est innondé de soleil. Mais déjà comme ça, dans le gris de la cour, il est vraiment somptueux (même si la photo ne rend pas bien ce que je vois quand je regarde par ma fenêtre). En fait, cet été, quand il était vert, il devait avoir les mêmes dimensions, mais depuis qu’il est jaune, il semble avoir gonflé : il prend carrément ses aises dans la cour. Merci l’arbre !


Quelques autres arbres…
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La paroles, le vent et le citronnier …

monks3.jpg Ichien Muju (1226-1312) rapporte qu’un coup de vent balaya les paroles du prédicateur et emporta le texte de son sermon jusqu’aux branches du grand citronnier. Pris au dépourvu et ne pouvant les récupérer, il passa tranquillement parmi ses fidèles en disant : “Quant aux détails de mon enseignement, vous les trouverez dans les branches du citronnier”. Il prit les dons de ses fidèles en passant et partit sans ajouter un mot.

Lancer sa prière en désordre dans le vent

Question à quelqu’un qui revient du pays natal

“Vous qui revenez du pays natal
vous devez avoir des nouvelles fraîches !
Est-ce que le prunier, quand vous étiez là,
était en fleur, à la fenêtre de chez moi ?”

Wang-Wei 701-761 Peintre, calligraphe, poète, musicien, bouddhiste
et économe de mots.

Il n’y a plus de conservateur au Musée Rodin…

rodin_lierre.jpg Bon, autant le dire carrément, le conservateur en chef du musée Rodin me tape carrément sur le système. Il y a un an, il avait fallu que je lui adresse deux lettres pour qu’il daigne enfin descendre de son auguste piédestal pour faire couper un lierre qui étouffait un magnifique bouleau. Plus d’un an après, je constate que si le lierre a bien été sectionné, il est toujours là, sans que personne ait jugé utile – ni même élégant – d’arracher les feuilles mortes pour dégager le tronc du très beau bouleau. Je trouve ce comportement pathétique. Ils sont là parce que nous les payons ; et ils sont là pour exercer des responsabilités patrimoniales ; pas pour occuper des places ou gérer leurs propres carrières ! Ils ont pour mission d’entretenir et gérer le patrimoine et ils doivent le faire. Sans qu’on ait à leur envoyer plusieurs lettres de rappel. C’est leur mission, c’est leur travail, c’est leur métier ! S’ils ne veulent pas le faire, qu’ils quittent les lieux et laissent la place. Vous voyez, je suis hors de moi tellement ce type m’énerve (de ne pas avoir fait le boulot et de ne pas avoir répondu à ma lettre pourtant polie).

murrodin2.jpg Mais il y a pire : en mai 2002, j’avais à nouveau pris la peine de lui écrire pour attirer son attention sur les risques que faisait peser le poids d’une branche sur les tuiles du vieux mur qui longe le jardin. (photo ci-contre). Pour avoir vécu longtemps dans une vieille propriété avec de grands arbres, je sais que si la branche pèse trop, la tuile éclate, et alors l’eau de pluie rentre dans le mur et puis c’est le mur qui éclate à son tour et tout s’écroule… Donc, il y a plus d’un an, j’ai écrit au conservateur. Il n’a rien fait : hier, je passe devant le mur : la branche est toujours là. Le conservateur ne conserve rien. S’il n’aime pas son boulot, qu’il en change ! Arggghhh !

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