Structure et organisation le week-end, désordre et désorganisation le lundi matin

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Je sais maintenant ce qui me pose problème le lundi : c’est que pendant le week-end j’écoute des fugues de Bach ou des cantates et que lorsque j’arrive au bureau le lundi matin – ou que j’écoute la radio pour savoir ce qui s’est passé – je ne retrouve plus rien de la splendide architecture et de la belle organisation de ces pièces totalement magnifiques. Par exemple hier j’écoutais la cantate BWV 63 “Christen, ätzet diesen Tag” composée pour le matin de Nöel. Elle est totalement jubilatoire, et pas seulement parce que les mouvements sont organisés selon une incroyable symétrie qui trace au-dessus d’elle un véritable arc en ciel musical. Si je vous fait un petit dessin dans photoshop, vous voyez très bien la symétrique avec les deux choeurs en ouverture et au final; ensuite, venant de l’extérieur, les deux récitatifs (alto et basse); Et ensuite les deux duos qui se rapprochent un peu plus du centre. Et pile au centre, au sommet de l’arc, un récitatif pour ténor et continuo au milieu duquel (donc au centre même de la cantate elle-même) Bach a placé une phrase répétée deux fois se terminant par le mot “Gnagen” – la grâce de Dieu par laquelle survient le Christ – grâce qui scintille donc pile au point d’incandescence de la structure et au coeur de la symétrie… Bon, ce n’est évidemment pas uniquement cette structure et cette symétrie qui me plaisent car la cantate est totalement joyeuse et d’une incroyable beauté. Mais le lundi matin – ou quand j’écoute ces de journalistes incultes économiquement et qui se complaisent dans le dérisoire, quand je retrouve le bordel des français, le manque d’organisation, l’approximation et le système D, la bouillie de leur jugement, leur conformisme et leur langue de bois, que voulez vous, ça me pulvérise le cerveau. Faudrait peut-être que j’écoute de la petite chansonnette le dimanche; je serais moins dépaysé au bureau le lundi matin.

Ici sur YouTube dirigé par Philippe Herreweghe
Paroles de la cantate
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Musiques…
Haydn, Les petits sparadraps d’Alfred Brendel
Haydn, Ariana a Naxos
Heureusement que ça existe … (BWV170)
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Autres aspects de la vie au bureau (mais dans les médias c’est pareil) …
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Enfin de l’air dans les suites de Bach !

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Je n’ai pas l’habitude, dans ce blog, de faire de la publicité pour des disques. Surtout des Six Suites pour violoncelle seul de J-S.Bach que j’adore depuis que je suis tout petit et que je n’avais jamais entendues jouer de façon aussi inspirée. Ni par Fournier, ni par Casals, ni par Rostropovich, ni par Maisky, ni par Yo-Yo Ma (bon, ça fait pas mal de ni-ni célèbres mais, c’est vrai, à part Bylsma, je n’écoutais plus ces versions des grands maîtres). Et puis là, j’ai découvert l’interprétation lumineuse de Jean-Guilhen Queyras et c’est tout simplement magnifique de phrasé, de musicalité, de rythmes, de respirations, d’articulations.. Enfin il y a de l’air, de la respiration et de l’élgance joyeuse dans ces magnfiques suites. Et l’instrument (un Gioffredo Cappa de 1696) sonne et chante comme une viole de gambe. C’est souple, ça ondule… Ondulatoire et jubilatoire… J’avais entendu Queyras rapidement sur Radio Classique et me disais que son disque allait être difficile à trouver ; mais en allant à la FNAC hier, j’ai vu qu’il y en avait des piles et que c’est un disque archi connu et semble t-il massivement acheté. Tant mieux. Cela ne me gène pas d’arriver en retard quand c’est pour avoir un petit moment de bonheur.

Ecouter la Suite n°3 sur YouTube (8 minutes)
Le site de J-G. Queyras
A la FNAC pour 20 euros (trois CD dont un DVD documentaire sur l’enregistrement de la 3e suite)

La tête qui pivote

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Expérience très bizarre récemment avec mon iPod. J’écoutais la cantate de Bach “Wie Schön Leuchtet Der Morgenstern” et je m’étais trompé d’oreillette. J’avais mis celle de droite dans l’oreille gauche et celle de gauche dans l’oreille droite. … Et tout à coup panique, l’église avait pivoté dans ma tête, je n’étais plus assis face au choeur mais face au narthex…. Bon, vous me direz que ce n’est peut-être pas grave que les haubois soient à gauche ou à droite, mais panique musicale et architecturale tout de même. J’aime pas les torticolis musicaux.

Je suis peut-être à deux doigts du bonheur !

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Tout le monde connait les trois petits singes du secret du bonheur : ne rien entendre, ne rien voir, ne rien dire… Ne rien voir c’est déjà presque fait avec ma cataracte qui redémarre. Ne rien dire, c’est en cours tellement je suis dépassé par tout ce qui arrive avec Alzheimer (a quoi bon dire quoi que ce soit, et à qui ?). Reste ne rien entendre… J’ai encore besoin de mes oreilles pour l’art de la fugue, les partitas, le clavecin bien tempéré, les Goldberg, les messes, les quatuors à corde et surtout le chant des merles comme ce matin dans les jardins du musée Rodin.

Une joie qui m’attend dans l’éternité…

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Vendredi dernier, concert à Saint-Roch avec le Collegium vocale de Gent et Philippe Herrewegue. Trois Cantates de Bach (12, 38 et 146), magnifiques et bouleversantes évidemment :

BWV 12 :
Weinen, Klagen, / Sorgen, Zagen, / Angst und Not…
Pleurs, Lamentations / Tourments, Découragement/ Angoisse et détresse.

et la BWV 146 :
Aus Trübsal und grossem Leid / Sollst du fahren in die Freud / Die kein Ohre hat gehöret / Und in Ewigkeit auch währt.
A travers douleur et grande peine / Tu dois voyager pour atteindre une joie / Qui n’appartient à nul lieu / Et attend dans l’éternité.

PS. Comme d’habitude, la même réflexion :
• Le dimanche : églises vides, musique lamentable, prédications dérisoires…
• Le soir : concert de musique sacrée, église bondée de gens qui payent leur place, et une transmission de la spiritualité qui touche au coeur…

Dans un cas, des prètres sans enthousiame ; dans l’autre des musiciens laiques mais passionnés. Or je pense que, paradoxalement, ce sont ces derniers qui transmettent le mieux la foi véritable en chantant les cantates de Bach ou les messes de Byrd, de Josquin ou de Tallis … Comment la hiérarchie de l’Eglise ne se rend-elle pas compte qu’en chassant la musique religieuse qui avait fait l’honneur et la grandeur de la civilisation chrétienne des derniers siècles pour la remplacer par des chansonnettes dérisoires, elle s’est condamnée à vider les églises. Voilà quelque chose que n’avait pas prévu Vatican II : des fidèles qui désertent les églises le dimanche mais reviennent le soir en semaine, allant même jusqu’à payer leur place pour écouter des chanteurs laiques devenus prédicateurs (un comble !) leur transmettre une forme de foi et de spiritualité … Mysterium bullaque gommi ! Pathétique.

Heureusement je me suis construit ma petite Arche de Noé spirituelle et fabriqué mon “kit musical de survie” pour temps de crise : j’emporterai donc sur mon Arche mentale toutes les passions et cantates et oratorios du Kantor, mais aussi les messes de Josquin des Prés, de Roland de Lassus, celles d’Alonso Lobo, de Christobal de Morales et de Jacob Obrecht, celles de Thomas Tallis, de William Byrd et aussi celles de Ockeghem et Palestrina … (oui, oui, mon Arche numérique est assez grande et j’ai de la place pour tous !). Tant pis pour le Vatican : je le laisse à ses guitares désuètes et ses églises vides… Il est trop bête. Entre Jean-Sébastien et François, je n’hésite pas une seconde. Et je choisis celui qu’on a appelé le cinquième évangéliste !


PS. Je suis protestant mais je suis le Pape sur twitter @Pontifex et je pourrais lui dire qu’aucun de ses tweet ne remplacera la réintroduction des cantates de Bach. Mais ça non plus ils ne l’ont pas compris. Je suis aussi le @DalaiLama mais lui c’est une toute autre histoire :-)

Heureusement que ça existe
Structure et organisation le week-end, désordre et désorganisation le lundi matin

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