Supprimer les adjectifs ?

Supprimer les adjectifs de la langue ? Serait opération funèbre. Il y aurait eu parait il une tribu australienne qui avait pour rite de supprimer un mot du lexique en signe de deuil chaque fois qu’un membre de la tribu mourait. Si on supprimait les adjectifs comme ça en signe de deuil on finirait par mortifier la langue
RB. Neutre. 04 – 1:45

Barthes, Journal de deuil

Journal de deuil
26 octobre 1977 – 21 juin 1978
(extraits)
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Doxa du Deuil


16 juin

Parlant à Cl. M. de l’angoisse que j’ai à voir les photos de maman, à envisager un travail à partir de ces photos: elle me dit: c’est peut-être prématuré. Quoi, toujours la même doxa (la mieux inten tionnée du monde): le deuil va mûrir (c’est-à-dire que le temps le fera tomber comme un fruit, ou éclater comme un furoncle).

Mais pour moi, le deuil est immobile, non soumis à un processus: rien n’est prématuré à son égard (ainsi ai-je rangé l’appartement, dès le retour d’Urt: on aurait pu dire aussi: c’est prématuré).

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Barthes : le désir du neutre

Miettes de lecture
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Arrogance (Roland Barthes)

La société s’enfonce dans une sorte de forme mineure de l’arrogance, de l’assurance du langage – je dirais de l’absence de timidité (il y a une récession de la timidité. De moins en moins de trac).
Une forme élémentaire de l’arrogance est l’exploitation des évidences : on déclare évident ce dont on veut le triomphe.

“Voilà…” (Roland Barthes)


Roland Barthes – Journal de deuil

le 5 novembre 1977
Après-midi triste. Brève course. Chez le pâtissier (futilité) j’achète un financier. Servant une cliente, la petite serveuse dit Voilà. C’était le mot que je disais en apportant quelque chose à maman quand je la soignais. Une fois, vers la fin, à demi inconsciente, elle répéta en écho Voilà (Je suis là, mot que nous nous sommes dit l’un à l’autre toute la vie). Ce mot de la serveuse me fait venir les larmes aux yeux. Je pleure longtemps (rentré dans l’appartement insonore).
Journal de deuil

le 18 août 1978
L’endroit de ma chambre où elle a été malade, où elle est morte et où j’habite maintenant, le mur contre lequel la tête de son lit s’appuyait j’y ai mis une icône – non par foi – et j’y mets toujours des fleurs sur une table. J’en viens à ne plus vouloir voyager pour que je puisse être là, pour que les fleurs n’y soient jamais fanées.

(Du 26 octobre 1977, lendemain de la mort de sa mère, jusqu’au 15 septembre 1979, Roland Barthes a tenu un journal de deuil, 330 fiches pour la plupart datées, et constituées en un ensemble publié pour la première fois sous le titre Journal de deuil aux Éditions du Seuil en 2009)

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