Les espaces c’est comme l’écho des choses…

baudelaire_espace-A

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L’amie-destructrice-de-ponctuation (et donc de civilisation :-) du post précédent me dit qu’elle reconnait parfaitement l’importance de la ponctuation et qu’elle comprend qu’une virgule flottante et mal plaçée puisse changer les choses aussi radicalement que le battement d’aile d’un papillon mais… (car elle a le toupet d’ajouter un mais) elle me dit que je chipote sur les espaces ! Continue reading

Message personnel à une amie qui méprise la ponctuation dans ses mails

baudelaire_virgule-A
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Baudelaire — lui — y attachait la plus grande importance. Comme d’ailleurs tous les grands typographes depuis Gutemberg qui
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J’aime les nuages. Les nuages qui passent…

anniv
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Aujourd’hui c’était mon anniversaire…

“Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
– Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est restée jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages. Les nuages qui passent… là-bas…là-bas les merveilleux nuages !

L’Etranger, Le Spleen de Paris – Charles Baudelaire

Merci à Mom pour la Correspondance Durrelll-Miller et les merveilleux bouquets dans les vases chinois, Candice pour les Quatuors de Haydn, Philippe pour les contes zen et les bouteilles de Pomard… Benoit pour le pot surprise avec Anne, Véronique, Vanessa, Yannick, Philippe, Laurent, Céline, … Sylvain, Corinne et Julie pour le Croze-Hermitage… Muriel pour ta fidélité… Julia, Dominique, Michèle, Franck, Marlène, Evelyne, Xavier et tous les autres pour vos gentils coups de fils, … Merci aussi aux nuages de la rue de Babylone (hier à midi) et à la pluie qui tambourine sur mes vitres (ce soir) … Le temps est déglingué… Maman et moi sommes déglingués à cause d’alzheimer, et pourtant il faudra bien aller jusqu’au bout ? Au bout de quoi ? …
Les nuages passent… là-bas…là-bas les merveilleux nuages…

J’aime les nuages qui passent…

nuages_baudelaire.jpg

Ce soir, le ciel est beige. Je recopie pour Kim et Seda – qui sont aux Etats-Unis et qui me manquent – ce beau texte de Baudelaire.

“Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages. Les nuages qui passent… là-bas…là-bas les merveilleux nuages !

L’Etranger, Le Spleen de Paris. Charles Baudelaire

Les Chinois voient l’heure dans l’oeil des chats

catmontre2“Un jour un missionnaire, se promenant dans la banlieue de Nankin, s’aperçut qu’il avait oublié sa montre, et demanda à un petit garçon quelle heure il était. Le gamin du céleste Empire hésita d’abord ; puis, se ravisant, il répondit: Je vais vous le dire.

Peu d’instants après, il reparut, tenant dans ses bras un fort gros chat, et le regardant, comme on dit, dans le blanc des yeux il affirma sans hésiter : Il n’est pas encore tout à fait midi. Ce qui était vrai.

Charles Baudelaire, L’Horloge, Le Spleen de Paris.

Le texte en entier

“Un jour un missionnaire, se promenant dans la banlieue de Nankin, s’aperçut qu’il avait oublié sa montre, et demanda à un petit garçon quelle heure il était.
Le gamin du céleste Empire hésita d’abord ; puis, se ravisant, il répondit :”Je vais vous le dire.”

Peu d’instants après, il reparut, tenant dans ses bras un fort gros chat, et le regardant, comme on dit, dans le blanc des yeux il affirma sans hésiter :”Il n’est pas encore tout à fait midi.”
Ce qui était vrai.

Pour moi, si je me penche vers la belle Féline, la si bien nommée, qui est à la fois l’honneur de son sexe, l’orgueil de mon coeur et le parfum de mon esprit, que ce soit la nuit, que ce soit le jour, dans la pleine lumière ou dans l’ombre opaque, au fond de ses yeux adorables je vois toujours l’heure distinctement, toujours la même, une heure vaste, solennelle, grande comme l’espace, sans division de minutes ni de secondes, – une heure immobile qui n’est pas marquée sur les horloges, et cependant légère comme un soupir, rapide comme un coup d’oeil.

Et si quelque importun venait me déranger pendant que mon regard repose sur ce délicieux cadran, si quelque génie malhonnête et intolérant, quelque démon du contre – temps venait me dire : ” Que regardes-tu là avec tant de soin ? Que cherches- tu dans les yeux de cet être ? Y vois-tu l’heure, mortel prodigue et fainéant ?” Je répondrais sans hésiter :
“Oui, je vois l’heure ; il est l’éternité !”
N’est-ce pas, madame, que voici un madrigal vraiment méritoire, et aussi emphatique que vous-même ?
En vérité, j’ai eu tant de plaisir à broder cette prétentieuse galanterie,que je ne vous demanderai rien en échange”.

L’Horloge, Le Spleen de Paris. C. Baudelaire

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