Fête du Travail, tu parles !

Dessin : mon autoportrait par Beatrix Potter

Bon, s’ils continuent à m’énerver (à la radio, dans les médias, dans le monde, dans la rue avec leurs défilés à la noix, leur lucidité d’autruches intoxiquées au muguet, leur langue de bois à la mords moi le nœud sur les retraites par répartition, leurs hallucinations consensuelles sur le grand soir qui réglera la facture des déficits, et leur farce du “tous-ensemble-surtout-ne-bougeons-pas-d’un-millimètre ça fera sûrement-avancer-le-schmilblick”) je crois que je vais carrément faire comme le grand Nicolas Poussin qui (en termes évidemment beaucoup plus choisis et raffinés que moi) disait ceci que je trouve magnifique d’élégance :

“C’est un grand plaisir de vivre en un siècle où il se passe de si grandes choses pourvu que l’on puisse se mettre à couvert en quelque petit coin pour pouvoir voir la comédie à son aise”

Et cette autre phrase de Henri de Montherlant que je déroule souvent dans ma tête quand je vois leur bétise crasse

“Je me considère depuis un certain nombre d’années comme un étranger vivant en France et dès lors je me sens tenu de ne pas faire paraître des appréciations sévères sur le pays où je réside. C’est une règle de savoir-vivre pour quiconque réside en pays étranger”.

Ils m’énervent depuis la nuit des temps

Submergé par la connerie !

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Faut pas pousser …

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En fait maintenant, j’en suis sûr : le monde du travail est divisé en deux catégories de gens :

(1) Ceux qui savent que lorsqu’on pousse le premier domino le 345e tombera nécessairement au bout d’un certain temps (calculable d’ailleurs avec précision) et qu’on peut donc prévoir, anticiper et s’organiser pour éviter le sauve-qui-peut.

(2) Et ceux (majoritaires en France) qui continuent à dire que ce n’est pas sûr ; que les deux choses ne sont pas forcément liées ; que l’effet ne dépend pas toujours de la cause ; qu’on peut en discuter… Et qu’en tout cas, comme dans la fable du Loup et de l’agneau, le dernier domino qui en prend plein le dos n’est pas en droit de râler contre ceux de l’amont : ils n’y sont absolument pour rien et vous êtes de mauvaise foi de voir un effet et une conséquence. Et pas sympa d’accuser les petits copains. Voilà la conclusion à laquelle j’arrive aujourd’hui après une journée de bureau. (oui, vous l’avez compris : je travaille en France).

La logique de Maman en ce moment, avec Alzheimer, c’est encore une autre chose. On est lundi, je lui dis que je veux enregistrer une émission de clavecin mercredi soir. Elle me demande quel jour on est est et je réponds : lundi. Et elle : “alors on a déjà enregistré l’émission”. Alzheimer me fracasse la tête et brise le coeur. À mon bureau en tout cas elle ne serait pas dépaysée.

Inspecteurs des Volailles et Lapins

borges.jpg Je ne sais pas pourquoi, en passant au marché ce matin, en voyant des lapins pendus à la devanture du boucher, j’ai repensé à ceci : en 1945, Jorge-Luis Borgès déclarait à un journal de Montevideo que la situation était si grave en Argentine qu’un très grand nombre d’argentins étaient en train de devenir nazis sans s’en rendre compte. Quelques mois plus tard, le général Juan Peron le faisait radier de son poste de bibliothécaire et nommer … Inspecteur des Volailles et des Lapins au marché de la rue Cordoba. Bétise crasse des fascistes. En 1955, Borges sera nommé Directeur de la Bibliothèque Nationale et deviendra aveugle, évoquant “la splendide ironie de Dieu qui le gratifie simultanément de 800 000 ouvrages et de la pénombre”. En 1986, le plus grand écrivain du monde disparait sans avoir jamais reçu le prix Nobel de littérature. Bétise crasse des Nobels !

Quant à moi, je n’ambitionne rien d’autre qu’être un jour nommé Inspecteur des Laitues et des Potirons au marché de la rue Cler, Paris VII ! Ou, comme l’imaginait Nikos Kanzantzaki, “capitaine dans le vaisseau que la reine de Saba envoyait tous les trois ans à Salomon, chargé de singes et de paons”. Ou encore Messager des étoiles qui serait un bien beau métier

Texte renversant de Nikos Kazantzaki

Comme un parfum de courge farcie à la station Argentine

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