Apprendre à dézoomer vite fait …

Il faut très rapidement que j’apprenne à dézoomer. Ceux qui me connaissent un peu savent que j’aime bien faire exactement l’inverse : agrandir les toiles des Musées avec une loupe à 200% ; ou agrandir les cartes comme un malade avec Google Maps… Mais ces derniers temps, c’est Alzheimer qui a zoomé un peu trop fort dans mon cerveau : il a tout peint en noir et agrandi la tache à 200%. Brrrrr, fait beaucoup trop sombre là dedans maintenant : faut que je dézoome rapidement pour retrouver un peu de blanc et de calme intérieur… Le seul problème avec Alzheimer, c’est qu’il ne vous laisse pas prendre du recul : ce serait trop beau… Et le yin yang il s’en moque comme de sa première chemise ! Bon, enfin bref, ce que je voulais dire c’est que j’allais peut-être essayer, ces prochains temps, de prendre un peu de…. recul. Sur ma vie. Et peut-être aussi sur ce blog… Dézoomer quoi ! Et sans doute l’abandonner. Arrêter d’écrire. Plus rien à dire n’importe comment. La vie est trop dure.

Agrandir à 200%
Agrandir avec Google Maps
Alzheimer peint tout en noir
Mon cerveau ou Dresde après le bombardement : pareil
Les journées avec Alzheimer

Message personnel :-)

Sur les grilles du Luxembourg en ce moment, cette photo prise à Minsk par Andrei Liankvich, d’une femme célébrant l’élection triomphale d’Alexandre Loukachenko à la présidence de la république de Biélorussie (82% des voix), un score dénoncé partout comme frauduleux, y compris par le Conseil de l’Europe.

Ce qui m’amuse dans cette photo, outre sa sidérante beauté idéologique et esthétique, c’est qu’elle est carrément l’autoportrait psychologique d’une vieille amie (qui se reconnaîtra évidemment dans ce petit clin d’oeil personnel). En lutte courageuse contre l’adversité, perpétuellement prête à monter au front, elle est toujours dressée, fière et solitaire, contre l’ennemi potentiel, quelqu’il soit : idéologique, professionnel ou familial… Plus qu’une Mère Courage, c’est une “Petite Mère du Peuple” toujours prête à partir au combat avec son sac à main en bandoulière, même (ou surtout) pour les causes perdues ou imaginaires mais qui font les délices de sa psy et de quelques amis qui continuent à bien l’aimer pour sa fougue indestructible et son insubmersible énergie :-) Allez courage Mumu ! On t’aime quand même :-)

Une fraîcheur comme de neige très haut dans le ciel…

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Je suis en train de lire ce poème de Philippe Jaccottet…

Tout à la fin de l’hiver
il y a ceci encore de fidèle
autant que les premières fleurs :

une fraîcheur comme de neige très haut dans le ciel,
une espèce de bannière
(la seule sous laquelle on accepterait de s’enrôler),

une espèce de fraîche étoffe qui se déplierait
au plus haut, comment dire ?
indubitable ! bien qu’invisible dans le bleu du ciel,
aussi sûre que chose au monde que l’on touche.

Je ne sais pas, je ne sais pas quoi dire
sinon que cela semble, un soir, se déplier très haut,

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Encore une petite merveille en noir et blanc

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Grâce à Lydie et Enes qui me l’ont fait découvrir, je viens de voir le véritable petit bijou que sont Les derniers jours d’Emmanuel Kant de Philippe Collin. Comme toujours, je découvre tout très tardivement puisque le film date de 1993, et peut-être le connaissez vous déjà, auquel cas je passe pour un âne mais ce n’est pas grave. C’est un petit chef d’oeuvre d’intelligence : profond, drôle et léger comme fumée… 70 minutes de pur bonheur en noir et blanc sur les derniers jours de l’auteur de La Métaphysique des moeurs a Koenigsberg en 1804. Petits récit en tableaux magnifiques du vieux philosophe vieillissant mais à l’esprit encore vif, alerte, curieux de tout, de vie, de nature et d’amitiés. Adaptation étincelante du texte de Thomas de Quincey (dont j’ai découvert l’existence par la même occasion), le film retrace l’emploi du temps que Kant répète chaque jour jusqu’à ce que la vieillesse en trouble les promenades, les gestes et l’harmonie minutieuse … Mais ce que je peux vous dire n’a strictement aucun intérêt : c’est le film qui est beau et une petite perfection. On ne le raconte pas ; on le regarde ; émerveillé. Bravo à Philippe Collin qui force l’admiration. Et merci à Lydie et Enes qui sont des passeurs merveilleux.                          

Réalisation : Philippe Collin (1993). Avec: Roland Amstutz, David Warrilow, André Wilms. Les Films du Paradoxe. (à la FNAC)

Les derniers jours d’Emmanuel Kant, Thomas de Quincey traduit par Marcel Schwob (Wikipedia)

Noir et blanc (suite)

Ce n’est pas important, mais c’est la première fois que j’en prends conscience. J’ai toujours vu Camille Claudel sur des photos en noir et blanc. Et je viens d’apprendre que Camille avait des yeux bleu marine (dont son frère Paul disait qu’ils étaient “couleur de raisins mûrs”). Bleus marine donc, je n’y avais même pas pensé ! je suis prisonnier des photos en noir et blanc. Et peut- être aussi prisonnier de bien d’autres choses.
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Tout en noir et blanc ?

En regardant une très belle émission sur Willy Ronis je me suis dit que le blanc et noir c’était vraiment beau. Ahurissant de beauté en fait. C’est fou ce que l’on perd en voyant tout en couleur dans le monde flashy d’aujourd’hui… Je vais me remettre à regarder en noir et blanc. ça me changera. D’ailleurs quand j’y pense, je me rends compte qu’avec alzheimer toutes mes nuits sont blanches et tous mes jours sont noirs. Donc je ne suis pas très loin du but.
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Ce qui me rappelle aussi ce que chantait Bob Dylan : “she can take the dark out of the night time and paint the day time black…”

Archi connu et alors ?

Des croquis inédits de Soulages

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Je dis à une amie que Pierre Soulages est un vieil ami de la famille et que récemment j’ai eu la chance de visiter son atelier à Sète : il m’accueille avec une infinie gentillesse, nous parlons de l’époque de Rodez où il était avec mon père au pensionnat Saint-Joseph, et tout à coup, passant à côté d’un gros classeur entouré d’un lacet noir, il me dit :

Tenez, Eric, j’ai ici des esquisses que j’avais réalisées à l’époque où je commençais à réfléchir aux vitraux de la collégiale de Conques. Il y en a des dizaines qui n’ont pas servi. Si vous voulez, je vous en donne quelques-unes.

Je n’en crois pas mes oreilles, il ouvre le précieux classeur et insiste :

tenez, prenez ce que vous voulez et je vous les signe

J’hésite, je me confonds en remerciements et choisis en tremblant les quatre esquisses scannées ci-dessus. Elles sont, on le voit, très différentes des vitraux finalement réalisés mais justement, elles sont la source lumineuse du magnifique projet de Conques et je les trouve très belles : avec ces rayures si fines et ces infinies nuances de gris…

Bon, toute cette histoire est évidemment une blague. Voilà ce qui s’est passé : en rentrant de l’expo Soulages à la BNF, je trouve par terre une plume de pigeon. Noire et grise et surtout striée comme les vitraux de Conques. Et j’ai fait ce petit montage. Voilà c’est tout, je ne suis pas l’heureux propriétaire de croquis inédits de Pierre Soulages mais je vous confirme que son exposition à la BNF est sublime et que parfois, si on la regarde bien, une simple plume d’oiseau peut provoquer un réel émerveillement et une émotion artistique profonde.

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Attention respect
L’outrenoir de Soulages
Youpi j’ai des lunettes faites par Soulages
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Artsy’s Pierre Soulages page

Le voile de la cataracte

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Depuis des mois, une petite brume grise tombait sur mes yeux. Comme un voile cachant progressivement la vue et donc le monde. En quatre ou cinq mois tout s’est brusqument assombri. A Venise, où j’étais en mai, c’était comme si Canaletto avait pris les pinceaux de Monet : les traits étaient moins nets et tout devenait un peu brouillé. Et je ne suis pas certains d’avoir bien reconnu toutes mes Madones de Bellini auxquelles j’étais venu rendre visite. Mais bon, ça y est, je me suis fait opérer par le professeur THX à Rothschild. Qu’il soit béni pour sa dextérité et son humour ! Et de permettre ce nouveau regard sur le monde. L’oeil droit est désormais d’une luminosité étonnante, tout est incroyablement propre, les rues, les trottoirs, les murs. Comme si tout avait été lavé et ravalé pendant la nuit. Sorte de loi Malraux pour les yeux. Même le frigidaire est désormais vraiment blanc. Plus besoin de femme de ménage : tout est propre ! Le plafond aussi. Stupéfiant. Mais bon, il y a encore l’autre oeil à faire. Et ensuite on verra. Il parait que le ciel aussi sera plus bleu. Pour l’instant la gamme pantone est un peu bousculée : le ciel est un peu trop mauve à mon goût et les murs un peu trop blancs. Mais les merles sont restés noirs et ils chantent toujours aussi bien le soir sur la pelouse. Verte ?

(Masque Makonde, Tanzanie, bois, patine ocre rouge, rehauts de pigments noirs).

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