Les coquelicots et le sourire de la petite boulangère

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Anne Laure me demande tout à l’heure si j’ai une galerie de photos. Outre que je ne suis pas photographe, je lui répond que c’est trop compliqué de prendre la création en photo : parce que tout est tellement beau que lorsque je prends une photo je vois sutout ce qui manque :

• si je prends un champ de blé, il manque les coquelicots ;
• et si j’ai les coquelicots je n’ai pas les bleuets ;
• si j’ai les bleuets je n’ai pas la chaleur du soleil ;
• et si j’ai la chaleur du soleil, je n’ai pas le vent qui courbe les épis ;
• et si j’ai les épis je n’ai pas les sauterelles qui sautent sur le chemin ;
• et si j’ai les sauterelles je n’ai pas la cloche qui sonne au village d’à côté ;
• et si j’ai le village d’à côté je n’ai pas le sourire de la petite boulangère ;
• et si j’ai le sourire de la petite boulangère je n’ai pas le petit collier de coquillages roses qu’elle a autour du cou ;
• et si j’ai le collier de coquillages roses je n’ai pas ….. etc.

Et voilà pourquoi je ne fais pas de photos quand je vois un champ de blé. Ce à quoi Anne-Laure me répond fort justement : “mais le but de la photo n’est-il pas justement de suggérer tout cela en ne montrant qu’un épi ?”

Zut elle doit avoir raison !

Emerveillement :
On dit “fleuriste” mais on devrait dire “galerie d’art”
Quelques petits bouts de nostalgie…
Mesurer le temps et sa vie en matins
Nostalgie des temps heureux
Remonter le temps en rentrant dans les tableaux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, Picoté par les blés…
Redonnez-moi aussi les bleuets !

Nostalgie des temps heureux…

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Quand j’étais petit, pendant les grandes vacances, je me balladais dans les chemins… il y avait d’immenses gerbes dans les champs de blés, des bleuets, des coquelicots… on taillait des branches de noisetiers, ça sentait bon les soirs d’été. On croisait des troupeaux de vaches et de moutons dont les clochettes tintaient. L’air était chaud et plein du crissement des sauterelles et des cigales…Aujourd’hui, [ce post date d’août 2004] je suis à Paris avec maman qui ne dit presque plus rien à cause d’alzheimer, il y a des manifestations dans l’avenue et les seules petites bêtes des champs que je vois sont celles qui se balladent dans les assiettes en porcelaine qu’on utilise tous les soir pour le déjeuner et le dîner… En fait, ça me fait plaisir de les voir : elles me rappellent les soirées d’août où on s’étendait sur le dos dans l’herbe fraîche, un épi entre les dents ; cherchant les étoiles filantes pour faire un voeu… Tous les jours, en quelques secondes, cette minuscule petite bête se promenant sur une assiette m’ouvre sur l’infini : je pense à Rimbaud, je pense aux champs d’orge de Boaz dans la Bible, dans le livre de Ruth… et aussi à ce haïku de Osaki Hôsai :

Sur la pointe d’une herbe
devant l’infini du ciel
une fourmi

Bonheurs…
Je ne voyage pas seulement dans les assiettes mais aussi dans mon plat à oeuf et aussi dans le temps


Quelques bouts de nostalgie

Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Mesurer le temps et sa vie en matins
Nostalgie des temps heureux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier