Mesurer sa vie en matins…

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Alzheimer ne pulvérise pas seulement la mémoire mais le temps aussi ; le temps et sa mesure qui fait que j’ai du vieillir de dix ans ces deux dernières années et que je n’ai plus jamais eu les longues plages de temps que j’avais auparavant pour faire ce que je faisais et qui était tout simplement … ma vie.

Dans un entretien, Balthus parle quelque part du temps et de sa mesure. Il dit qu’autrefois on mesurait les prés en matins. Un matin c’était la surface de pré que pouvait couvrir un homme avec sa faux en une matinée.

Je trouve cette expression tout simplement magnifique et sans doute suis-je un faucheur de ces époques révolues où le temps s’écoulait lentement au clocher des villages. Je rêve, le champ fauché, de pouvoir m’allonger sur le dos un jour d’été, avec de la paille dans les cheveux, écoutant le crissement des sauterelles dans l’herbe jaunie ; attendant avec les autres moissonneurs transpirant sous le soleil de midi que les femmes du village voisin nous apportent pour le repas les énormes miches de pain et la soupe de lard… Comme disait ma grand-mère : on a les rêves qu’on mérite.

Parlez des foins me fait toujours penser à cette belle phrase de Claude Roy
Et ce magnifique texte de C.F. Ramuz sur “Ces hommes qu’on ne peut pas ne pas entendre”……

Vichnou et la lenteur
Quelques bouts de nostalgie
Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Nostalgie des temps heureux
Remonter le temps en rentrant dans les tableaux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier

Après la fin du monde j’aimerais…

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“Après la fin du monde, j’aimerais, dans la liquidation du stock, être chargé simplement de me souvenir de l’odeur des foins juste fauchés, en juin à cinq heure du matin”. (Claude Roy)

J’ai toujours aimé Claude Roy. Et j’aimerais bien, moi aussi (je répète la phrase parce que je la trouve trop belle)…”après la fin du monde, dans la liquidation du stock, être chargé simplement de me souvenir de l’odeur des foins juste fauchés en juin à cinq heures du matin” !

Je ne sais vraiment pas comment cette phrase m’est venue à l’esprit ce matin alors qu’on est en automne. Peut-être parce qu’il y a un beau soleil d’été ? Peut-être à cause la fin du monde ? Ah oui, c’est ça : j’ai reçu hier un mail de Suzan qui vit à Boston et qui m’interrogeait sur l’évolution de la langue en France. Et je lui parlais de la montée de l’illettrisme…. ça doit être ça qui m’a fait penser à la fin du monde !…. L’enluminure est évidemment tirée des Très Riches Heures du duc de Berry – Musée Condé à Chantilly. Wikipedia : Riches Heures

Je découvre à l’instant cette citation de Marcel Camus qui explique pourquoi je suis en rage contre l’inertie des gens face à la montée de l’illettrisme :  “Elever ce pays en élevant son langage”. Voilà pourquoi il faut élever le langage : pour élever ce pays avant qu’il ne tombe dans la fange de l’inculture !

Quelques bouts de nostalgie
Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Nostalgie des temps heureux
Remonter le temps en rentrant dans les tableaux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier

— Quelques textes de Claude Roy : Continue reading

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