In Memoriam…

Hier soir, réunion importante pour mon avenir professionnel. En sortant, au coin de la rue, j’ai vu, senti, imaginé, ressenti, cru voir ma tête comme ça :


Mais, curieusement, ça ne me faisait pas mal du tout ; je veux dire que voir ma tête posée comme ça, par terre, me procurait comme une sorte de détachement (c’est le cas de le dire) et de soulagement d’ordre spirituel. C’était indolore tellement ma tête était fatiguée d’avoir eu, ces derniers mois, à affronter tant et tant d’inertie bureaucratique et de mauvaise foi. Là, ce combat au moins est terminé. Je pense que Van Gogh a du ressentir quelque chose de similaire lorsqu’il s’est coupé l’oreille gauche après une violente dispute avec Paul Gauguin le 24 décembre 1888 (*). Couper l’oreille… couper la tête… même sentiment, comment dire ? d’immense soulagement intérieur et existentiel …

J’ai déjà connu ce sentiment

© PaulAlmasy

(*) Je vois que j’ai aussi un problème avec le 24 décembre : mort de switchie ; et dernière petite fenêtre des calendriers de l’Avent
Clac, clac, je vais te couper la tête !

Je suis contrarié, tu es (ils ou elles sont) contrariés (etc)

• Quand je vois quelque chose de tordu, si je ne le dis pas, ça me contrarie.
• Quand je le dis aux autres (que leur truc est tordu), ça les contrarie.
• Il faut donc que je la ferme définitivement. Mais c’est contrariant aussi !

© Serge Bloch

A mon bureau ils ne supportent pas les critiques

Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose

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Dans la vie professionnelle – mais pas seulement – on rencontre parfois des gens pour qui le mensonge n’est pas un problème : juste un moyen comme un autre de parvenir à une fin. Ils vous trahissent alors qu’on les a aidés. Pour moi qui, depuis l’École du dimanche, a été élevé dans le respect scrupuleux des Dix Commandements *, c’est un réel problème éthique et moral. Et c’est même tellement énorme que je ne sais pas très bien comment me défendre quand on m’accuse en mentant. Voilà ce que j’avais à dire aujourd’hui à ceux qui savent qu’ils mentent. Il y a vraiment des moments où c’est Tu ne tueras point qu’on a envie d’enfreindre !


* Mais si, rappelez-vous : Exode 20 ou Deutéronome 5 : Honore ton père et ta mère ; Tu ne commettras point d’adultère ; 19 Tu ne déroberas point. Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain…


Ci-dessous, quelques liens juste pour se ballader dans se blog et continuer à radoter :

A propos d’HONNETETE :
et la vie serait belle ! [j’en ai déjà parlé à l’époque, en 2004 et donc je fais juste un lien]
Et le Décalogue, c’est pour les chiens ?
Adam et Eve me tapent sur le système !

A propos de MENSONGES :
La République ment depuis tellement longtemps
Cahuzac, Bernheim etc
Mentez il en restera toujours quelque chose

A propos de CONFIANCE :
C’est beau la confiance…
Je suis complètement idiot de faire confiance !
Je (ne) fais (pas/plus) confiance à la justice de mon pays

Ceux qui bougent le piano, et ceux qui bougent le tabouret…

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Dans la République dans laquelle je travaille (cette fois je précise bien République au sens large et pas “à mon bureau” car je ne veux pas que mes collègues pensent que je les critique), il y a deux sortes de gens :
• il y a d’une part ceux qui pensent qu’il faut rapprocher le piano du tabouret ;
• et d’autre part ceux qui suggèrent que rapprocher le tabouret du piano serait peut-être finalement plus simple…
Le résultat est évidemment le même mais l’effort est différent et surtout, (en tout cas dans la République dans laquelle je travaille), si on propose de tirer le piano, ça fait évidemment un projet beaucoup plus massif, c’est plus ambitieux que si vous proposez simplement de rapprocher bêtement le tabouret; ça prend des allures de grand défi, ça demande du temps, ça implique des équipes plus lourdes, faut nommer un coordonnateur, on peut rédiger des notes, consulter des agences, bref, ça a de l’allure et on vous admire. Mais tout le monde transpire, on s’y reprend à plusieurs fois tellement c’est lourd et finalement on n’arrive pas forcément à tirer le piano qui est peut-être effectivement un peu trop lourd…
Le pire (mais j’ose à peine le dire) c’est que je crois que je dois faire partie d’une troisième catégorie :
• celle qui pense qu’il n’y a peut-être même pas à bouger le piano, ni le tabouret ! Si on abat carrément le mur de la pièce d’à côté, le piano se retrouvera ipso facto au centre de la salle de concert ! Mais abattre une cloison, vous n’y songez pas mon bon ami : ça pourrait faire tomber du plâtre, et surtout modifier l’organigramme, ou nous obliger à travailler avec les gens de la pièce d’à-côté (et on les connait à peine), et puis il faudrait repeindre après… Impossible ! Conclusion : chacun reste derrière sa cloison car, dans la République dans laquelle je travaille, c’est la cloison qui commande :-) Envisager de bouger le tabouret est déjà très, très problématique, alors le piano, n’y pensez même pas ! Quant au mur, mieux vaut ne même pas l’évoquer sinon vous êtes considéré comme un dangereux terroriste et votre sécurité est compromise ! Dommage car avec mon système on aurait repositionné les choses pour les dix prochaines années au lieu de mettre du sparadrap sur des structures inadaptées.

Autres aspects de la vie au bureau…
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Marre de dire que le capitaine du Titanic était “positif”. C’était un crétin !

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Cette histoire d’être “positif” ou “négatif” est ridicule et exaspérante. Il faut savoir si on a la main sur les situations ou pas.

Quand c’est juste une question de “psychologie”, je préfère évidemment vivre avec des optimistes !

Le temps, par exemple. S’il pleut en Bretagne, on ne peut évidemment pas y faire grand chose. Le pessimiste qui dira : “merde, y en a marre, on rentre à Paris” est idiot et gâchera tout le séjour. L’optimiste qui dira : “allez, on va manger des huîtres et quand on en sera au café le soleil sera revenu !” a bien raison et je pense comme lui !

Il y a aussi les exercices mentaux où il est bon de s’exercer à “penser positif” pour se mettre en condition psychique de réussir : par exemple Virginie qui joue au tennis me dit qu’elle pense mentalement “je vais mettre la balle dans le carré” quand elle lève sa raquette pour le service. Et elle accompagne même cette attitude “positive” d’un “oui…” retentissant au moment où elle frappe la balle pour être sûre que ça marche encore mieux ! C’est un bon exercice mental et ça aide à gagner : le négatif qui dirait “je ne vais jamais y arriver” n’y arriverait effectivement jamais. Et il casserait l’optimisme des autres, donc nul.

Bon, tout ça c’est évident — c’est de la basse psychologie — et on ne va pas perdre plus de temps avec ça. Ça n’a rien à voir avec certaines critiques que je fais au bureau et où je me fais accuser de ne pas être positif. Ou celles qu’on fait au Gouvernement et où il nous accuse de ne pas partager son “optimisme” !

Je ne critique pas parce que je suis négatif. Mais parce que leur truc est tordu !

Ce qui me fait enrager, c’est que je ne critique pas parce que je serais congénitalement ronchon, foncièrement grognon ou délibérément négatif. Mais parce qu’il y a un truc tordu qu’il faudrait absolument corriger très en amont des projets, un problème de méthode, ou d’organisation, ou de bon sens, quelque chose dans la structure de construction qui fait que si on ne critique pas (sous prétexte d’être impérativement positif), le truc ne marchera jamais à l’arrivée. Ou nous fera perdre énormément de temps à faire, défaire, refaire…

Ce n’est pas une question de psychologie. C’est un problème de fond et de méthode !

Ce n’est pas une question de psychologie. Le problème n’est évidemment pas de savoir si, psychologiquement, vous voyez la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. C’est un problème de fond et de méthode qui ne peut pas être résolu si on doit absolument dire que c’est bien quand c’est mal barré. Prenez un architecte qui vous proposerait un plan sur lequel il mettrait le garage au premier étage et la cuisine à la cave. Vous le critiqueriez et il vous répondrait : “mais arrêtez de critiquer, soyez donc positif” …. Vous ne laisseriez pas construire la maison comme ça sans réagir sous prétexte qu’il faut absolument être positif ou en extase devant des plans mal foutus ?

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L’image ci-dessus représente très bien les circonstances dans lesquelles, au bureau, j’ose émettre une petite critique sur les plans et la méthode. Et où on me vole dans les plumes en me disant “mais ne sois donc pas négatif Eric, fais comme nous : sois positif !” ! Devant un truc aussi mal conçu, comment ne pas émettre une légère critique sur la méthode de construction ? Mais si je critique, on me dit que je ne suis pas “positif” et on me jette dans les orties comme si j’avais une pathologie qui me faisait tout voir de façon négative ! Singulier non ?

Quand c’est bien conçu ça se voit. Et je suis le premier à applaudir !

Quand les choses tournent bien comme des fugues de Bach, je ne critique pas. Quand les gens de la NASA arrivent – par des tours de force d’organisation et de logique – à envoyer des sondes dans le système solaire, je ne critique pas. Mais quand le Titanic fonce sur un iceberg et qu’on me dit qu’il faut que je sois “positif”, là, c’est vrai, j’ai du mal à me retenir ! Il devait y avoir également autour du capitaine des gens qui critiquaient la direction. Et on a du leur répondre : “mais ne soyez donc pas négatifs ! Soyez positifs” ! [arrrghhh].

Ceci était évidemment un petit post-scriptum au post précédent :-)
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Titanic !
Vous avez dit Titanic ?
Ils me pompent avec leur histoire de verre à moitié plein


Autres aspects de la vie au bureau…
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En ne proposant plus rien je vais enfin être “positif”… Cool !

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Mes posts sur “La vie au bureau mais pas seulement” s’interrompent définitivement. Les collègues de mon bureau (qui n’étaient pas visés) les ont en effet pris au pied de la lettre alors que je parlais, d’une façon globale, d’un dysfonctionnement global typiquement français (singulièrement dans l’administration) et en précisant bien … “au bureau mais pas seulement”. Mais hier ça s’est mal passé. Il y a 6 mois, j’avais proposé une réforme qui n’a finalement été admise qu’avant-hier… J’ai eu le malheur de m’étonner que cela ait pris six mois (une demie année), et paf, j’ai eu droit (encore une fois) au sempiternel couplet : “mais Eric, arrête donc d’être négatif”. Lorsque vous proposez les choses trop tôt, vous êtes donc négatif. C’est bon à savoir. J’abandonne donc et n’en parlerai plus. En tout cas finies les chroniques sur la vie au bureau sur ce blog. Et je ne proposerai plus rien non plus : pour avoir une petite chance de faire enfin partie du club glorieux, et surtout reconnu professionnellement, des gens “positifs”.


Et je ne suis pas idiot : je sais bien que tout le monde à mon bureau lisait mon blog : donc si j’avais voulu être méchant je ne l’aurais pas publié. (voir ma réponse plus complète ci-dessous au commentaire signé “anonyme”)
——
Le genre de trucs dont je ne parlerai plus :
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Retour de séminaire en chien de berger !

berger_echasses.jpg Au bureau (mais pas seulement), c’est comme partout, il faut des bergers qui conduisent le troupeau. Je prends cette image des moutons, mais n’y voyez là aucun mépris : d’abord je les adore, ensuite j’en suis un, et enfin je dirais exactement la même chose pour des soldats de troupe s’il n’y avait pas de généraux, des abeilles sans reine, des ouvriers sans contre-maîtres ou des ministres sans premier ministre… S’il n’y a pas de chef d’orchestre ayant une vision claire de l’oeuvre et de son interprétation, les musiciens ne sont pas dirigés et la musique tourne carrément à l’eau de boudin. S’il n’y a pas de berger, les moutons se dispersent, chacun allant brouter là où ça lui convient le mieux… On peut naturellement interroger chaque petit groupe de moutons pour savoir dans quel sens ils préférerait aller, c’est sympathique, je ne dis pas, mais le troupeau n’existe plus et généralement l’absence de berger tourne mal pour les pauvres brebis ! En musique en tout cas, ou dans les entreprises, impossible d’avoir un projet cohérent s’il n’y a pas de ligne directrice clairement énoncée. Il peut d’ailleurs y avoir plusieurs sortes de bergers. Ceux qui guident et ceux qui, montés sur leurs échasses, observent de loin où sont les moutons qui divaguent… Le système en fait repose donc sur les chiens de bergers qui peuvent remettre les égarés dans la boucle et reformer inlassablement le troupeau. Si le berger qui est sur ses échasses n’a pas de chiens de bergers, il est quasiment impuissant : il voit que les moutons se dispersent mais ce n’est pas suffisant (regardez l’image : courir aux quatre coins du troupeau avec de telles échasses, ce n’est pas facile !). Oui, je sais, vous allez encore me dire que je suis autoritaire. Pas grave : je préfère un troupeau guidé qui rentre à la bergerie sain et sauf plutôt qu’un troupeau qui se disperse et se paume dans la nature parce qu’il ne sait pas bien où il va. A mon bureau ils disent que j’aboie tout le temps. Tiens c’est vrai ça : peut-être je suis déjà un chien de berger ? Va falloir que je regarde dans le Zagat où est le restaurant de canigou le plus proche : je me ferais bien un bon os de gigot à midi !

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Va falloir supprimer les témoins des courses de relais

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Dans une course de relais, chacun commence à courir avec un petit décalage, passe le témoin à celui qui est devant, qui le passe lui-même à celui qui est devant, etc… Et c’est comme ça que le témoin passe de main en main jusqu’à ligne d’arrivée. C’est comme ça que tous les projets avancent dans la vie.
A mon bureau (mais pas seulement), on a une autre technique pour les projets qui impliquent plusieurs départements. Il y en a un qui part le premier mais les autres ne suivent pas. Alors on s’arrête et on fait une réunion pour dire aux autres que c’est une course collective et qu’ils doivent également commencer à courir, qu’on ne peut avancer que s’ils font leur part du boulot en amont et transmettent le témoin à celui qui est devant…
Tout le monde repart donc mais exactement au même endroit sur la ligne de départ. On s’arrête et on fait une réunion pour préciser qu’il faut certes tous partir en même temps, mais en se décalant sur la piste (pour les projet du bureau, ce décalage dans le temps permet permet aux dossiers de bien avancer avant de passer à l’étape suivante).
Et on recommence : tout le monde se décale physiquement sur la piste mais tout le monde part à la même vitesse, donc personne ne peut passer le témoin à celui qui est devant parce qu’il est déjà beaucoup trop loin devant ! Donc on fait une nouvelle réunion pour dire qu’il faut s’espacer sur la piste mais avec une zone d’élan de 10 mètres pour le receveur, pour qu’il ait le temps d’acquérir une bonne vitesse au moment où on va lui passer le témoin (ou le dossier dans le cas du bureau).
Tout le monde s’espace donc et tout le monde repart avec léger décalage. Mais au bout d’un moment on voit que le témoin est dans la main du premier : il n’a donc personne devant lui à qui le transmettre… Alors on fait une réunion pour dire qu’il faut que le témoin soit dans la main du dernier qui doit le transmettre à celui qui est juste devant…
Et on recommence et ça peut continuer comme ça pendant des mois. Mais il ne faut surtout pas dire qu’on s’y prend mal parce que ce n’est pas “positif”.

PS. Et j’ai oublié de préciser qu’entre le moment où le premier coureur était prêt pour la première course et le moment où (après les vingt réunions) on annonce que la course repart, tout le monde est découragé, plus personne n’a envie de courir et le premier coureur – qui s’était échauffé et était prêt à foncer – eh bien il est tellement écoeuré qu’il n’a même plus envie de courir !

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Attention séminaire [loups indésirables]

Mardi au bureau, ils organisent un “séminaire”. Pour essayer de comprendre pourquoi nos projets sont plantés depuis des mois et des mois. Moi j’ai évidemment ma petite idée sur les raisons de ces plantages (qui ont tous la même cause) mais bon, il ne faut surtout pas que je l’exprime sinon – comme chaque fois – je vais en prendre plein les fesses : les loups ne sont jamais les bienvenus dans les séminaires. Ils ne savent pas être “consensuels” et n’aiment pas dire que le gigot sera bon quand les agneaux sont rachitiques parce qu’ils n’ont plus d’herbe à manger et que les bergers ne conduisent plus le troupeau.

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(Vous avez évidemment compris que le but de ce post n’était pas seulement de vous dire ce que je faisais mardi, mais de vous montrer ce magnifique loup polonais, tiré d’une affiche d’Andrzej Pagowski pour des pièces de Boulgakov et trouvé dans la belle revue L’Alpe que m’ont fait découvrir hier soir Monique et Jean-Louis). C’est aussi un beau cliché de moi à la sortie du séminaire :-)

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A mon bureau, le fer à repasser banal est trop banal !

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Muriel, qui revient de Strasbourg avec un magnifique livre de Tomi Ungerer, me montre cette planche qui me fait penser aussitôt à ce qu’ils font à mon bureau (mais pas seulement à mon bureau). Par exemple ici, c’est le genre de fer à repasser qu’ils auraient inventé pour repasser vos affaires : ils mettent des mois à le construire, ça enfume tout, c’est lourd et ça ne marche pas… Mais si vous avez le malheur de leur proposer un fer à repasser banal, ils vous rigolent au nez, vous traitent comme un débile mental, multiplient les réunions …. et voilà les usines à gaz qu’ils inventent à chaque fois qu’on a un projet relativement simple à mettre en place. Ce que vous proposez est naturellement beaucoup trop simple et c’est vous qui n’avez rien compris. Eux ont une idée beaucoup plus intéressante et forte ! Et voilà exactement ce que ça donne. Et si vous avez le malheur de critiquer leur truc, ils vous répondent : “toi tu critiques, nous au moins on fait quelque chose “. Que répondre à cela quand on trouve vraiment que le rouleau compresseur c’est un peu nul comme idée ?
[je sens qu’ils vont encore me détester s’ils tombent sur mon blog] :-)
PS. Ah oui, j’ai oublié de dire qu’ils vont faire un symposium sur cette idée de repassage. Mais ils ne changeront pas le procédé qui s’avère être une excellent idée ; non, ils proposeront peut-être juste de diminuer la quantité de fumée (ou de la parfumer au jasmin ou encore de fermer la porte…). Mais le rouleau compresseur, ah non, ils vont le garder. Parait que ça déstabiliserait l’équipe si on revenait en arrière. “Eh coco, faut aller de l’avant !” (ou : “il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas”)

Tomi Ungerer sur Wikipedia

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Mode d’emploi pour désamorcer les critiques

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A mon bureau (mais pas seulement) j’ai eu l’occasion de réfléchir ces derniers temps à la question du désamorçage de la critique. Donc voici, en avant-première mondiale, ce qu’il faut faire en cas de problème quand vous avez un projet planté et que vous ne voulez surtout pas qu’on vous critique.
Phase 1 : vous prenez d’abord un air décontracté (pour vous, le problème n’est pas un problème, c’est juste un sujet.) et vous refusez de reconnaître la prétendue gravité de la situation en changeant les mots qui la qualifient. Par exemple si le truc est planté et ne bouge plus, vous dites qu’il est en pleine phase de “redéploiement” ou de “montée en régime”… N’importe quoi mais qui désamorcera les premières critiques sémantiques. Vous savez, le genre “c’est à moitié plein et pas à moitié vide” (ça marche encore). Ne sous-estimez pas l’importance de cette phase 1 qui évite la dispersion des premières rumeurs malveillantes (et d’ailleurs ne dites surtout pas que le truc est planté : il est évidemment “en phase active de déploiement”.
Phase 2 : vous brandissez des comparaisons dans le temps et dans l’espace. Vous lâchez un peu de lest sur le fait que votre truc met certes du temps à démarrer mais vous donnez aussitôt trois coups de massue en disant (a) Que de tout temps les choses ont pris du temps, donc pas d’affolement, on est seulement dans la première phase d’un processus (insistez bien sur le mot “processus” qui vous donnera un peu de mou sur la durée)… (b) Que c’est bien pire ailleurs (vous trouverez bien un exemple avec des gens nuls dans une autre boite, une autre administration ou un autre pays. Et vous conclurez en disant: “mon pauvre ami, tu ne critiquerais pas autant si tu voyais ce qui se passe ailleurs …” (sous-entendu: à côté d’eux on est des génies). (c) Et enfin vous annoncez qu’on a déjà bien avancé (et que donc ce n’est pas le moment de critiquer puisque ça va bientôt (re)démarrer). D’ailleurs si j’étais vous je n’utiliserais pas le verbe “démarrer” parce que les gens voient tout de même assez vite si ça démarre ou non. Utilisez de préférence le verbe “redéployer”. ça fait aussi bien et les gens ne voient pas de quoi vous parlez. Ouf, fin de l’étape 2 (accrochez-vous car j’en ai 9 comme ça !).
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Vous n’avez plus de miel ? Mangez donc de la synergie !

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À mon bureau, à l’époque, on avait une structure assez légère avec plein d’abeilles qui partaient dans toutes les directions pour rapporter du pollen. Cela faisait du bon miel toutes fleurs : bleues, rouges, blanches, jaunes, mauves, etc… Et puis le temps a passé, et ils ont fait un organigramme digne d’un grand groupe industriel international : avec plein de boites, des départements, des pôles etc. Le truc ronflant qui vous pose un organisme vis à vis de l’extérieur. Ils ont fractionné, mis des cloisons, des chefs derrière chaque cloison et on a eu des abeilles uniquement chargées des bleuets, et d’autres uniquement chargées des coquelicots, chacune dans leur petit département avec leur propre ruche, leur propre reine et leur propre produit maison. Au bout d’un moment (je vous la fais courte) ils se sont rendu compte que ce système ne produisait plus de miel. Et ça dysfonctionnait tellement que des gens en costume gris sont arrivés pour faire des audits et voir où ça coinçait… Mais plutôt que de revenir au bon vieux système des abeilles-mille-fleurs, ils ont trouvé une meilleure solution : le séminaire. Où ils vont d’abord essayer de “valoriser la motivation des abeilles” ! (Et effectivement, je ne vous raconte pas, mais les pauvres abeilles dont les territoires se chevauchaient étaient totalement découragées : celles qui survolaient des fleurs rouges appartenaient malheureusement au département des bleuets ; et celles qui survolaient des fleurs bleues appartenaient hélas au département des coquelicots… Donc plus aucune ne ramassait de pollen et, naturellement, elles revenaient bredouilles à la ruche). Le séminaire va résoudre tout ça. (…)
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C’est fou les grands sauts qu’on fait au bureau !

A mon bureau (mais pas  seulement) quand on ne fait pas des séminaires, on fait des réunions. Hier c’était réunion. Généralement c’est pour faire le point d’avancement de quelque chose qui est totalement planté. C’est planté parce qu’on ne bosse pas dessus sérieusement et de façon logique et méthodique mais il ne faut surtout pas le dire, ce serait négatif (surtout si ce sont d’autres collègues qui ne bossent pas dessus). Donc silence sur ce qui ne va pas : ce qui est important c’est la réunion ! On y redit en une heure ce qu’on aurait pu se dire par téléphone en cinq minutes ou la fois précédente. Mais ça ne permettrait pas de dire qu’on a fait une réunion sur l’avancement du projet… Donc réunion. On aborde rapidement ce qui ne va pas (mais on le dit de façon très “positive” sinon ce serait avouer qu’on s’y est mal pris et qu’il faudrait changer nos méthodes ce qui n’est pas évidemment pas le but de la réunion). Ensuite on aborde une sorte de répartition des rôles (forcément, comme ça n’avait pas été clairement arbitré à la réunion précédente, les gens n’ont pas avancé parce que chacun croyait que c’était l’autre qui devait le faire. Donc on redit ce qu’on avait déjà dit et qu’on aurait pu dire au téléphone en cinq minutes. Mais comme on le dit en réunion, on pourra faire un relevé de décision, preuve que la réunion était totalement justifiée ! Enfin on sort de réunion (moi totalement éreinté cérébralement) et tout le monde se félicite de ce que ça a été vraiment positif (“mais Eric, pourquoi est ce que tu tiens absolument à évoquer les causes de ce qui ne va pas ? sois positif !”). Donc au final on a fait un très grand saut de puce :doubledecimetre_02.jpgon a sauté très haut mais on est retombés juste à trois millimètres du point de départ. Si vous dites qu’on n’a pas fait grand chose ils froncent les sourcils et vous trouvent très négatif : “au contraire Eric, on a fait un formidable saut !”. Si vous trouvez comme moi que tant qu’à sauter on aurait mieux fait de le faire en avant (et pas en arrière), ne le dites surtout pas : ce serait négatif. Donc sur le relevé de décision on aura la magnifique courbe du saut en hauteur. Qu’on ait reculé n’a strictement aucun intérêt. La réunion a eu lieu. Donc on avance ! Allez, je vais aller m’acheter du doliprane rouge !

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Structure et organisation le week-end, désordre et désorganisation le lundi matin

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Je sais maintenant ce qui me pose problème le lundi : c’est que pendant le week-end j’écoute des fugues de Bach ou des cantates et que lorsque j’arrive au bureau le lundi matin – ou que j’écoute la radio pour savoir ce qui s’est passé – je ne retrouve plus rien de la splendide architecture et de la belle organisation de ces pièces totalement magnifiques. Par exemple hier j’écoutais la cantate BWV 63 “Christen, ätzet diesen Tag” composée pour le matin de Nöel. Elle est totalement jubilatoire, et pas seulement parce que les mouvements sont organisés selon une incroyable symétrie qui trace au-dessus d’elle un véritable arc en ciel musical. Si je vous fait un petit dessin dans photoshop, vous voyez très bien la symétrique avec les deux choeurs en ouverture et au final; ensuite, venant de l’extérieur, les deux récitatifs (alto et basse); Et ensuite les deux duos qui se rapprochent un peu plus du centre. Et pile au centre, au sommet de l’arc, un récitatif pour ténor et continuo au milieu duquel (donc au centre même de la cantate elle-même) Bach a placé une phrase répétée deux fois se terminant par le mot “Gnagen” – la grâce de Dieu par laquelle survient le Christ – grâce qui scintille donc pile au point d’incandescence de la structure et au coeur de la symétrie… Bon, ce n’est évidemment pas uniquement cette structure et cette symétrie qui me plaisent car la cantate est totalement joyeuse et d’une incroyable beauté. Mais le lundi matin – ou quand j’écoute ces de journalistes incultes économiquement et qui se complaisent dans le dérisoire, quand je retrouve le bordel des français, le manque d’organisation, l’approximation et le système D, la bouillie de leur jugement, leur conformisme et leur langue de bois, que voulez vous, ça me pulvérise le cerveau. Faudrait peut-être que j’écoute de la petite chansonnette le dimanche; je serais moins dépaysé au bureau le lundi matin.

Ici sur YouTube dirigé par Philippe Herreweghe
Paroles de la cantate
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Musiques…
Haydn, Les petits sparadraps d’Alfred Brendel
Haydn, Ariana a Naxos
Heureusement que ça existe … (BWV170)
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Autres aspects de la vie au bureau (mais dans les médias c’est pareil) …
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Ne dites pas qu’il y a des trous dans le gruyère !

ubu.gif A mon bureau (mais pas seulement), quand il y a un petit problème, on ne fait rien. Au bout de quelques mois, le problème s’étant évidemment aggravé, il y a un trou beaucoup plus grand, et un peu moins de fromage autour. Mais on ne fait toujours rien. [Normal, car il ne faut surtout pas dire qu’il y a des trous : parce que ce n’est pas positif ; parce que c’est pas solidaire ; parce qu’il ne faut pas exagérer : le trou n’est pas si grand que ça… ; et enfin parce que ce n’est vraiment pas le moment de le dire…]. Donc ça continue. Et puis comme le problème devient de plus en plus grave et qu’on a toujours rien fait (ce qui encore une fois est tout à fait normal) certains commencent à se demander où est passé le gruyère. Mais on ne fait toujours rien (évidemment). Et quand il n’y a plus qu’un immense trou et plus la moindre trace de gruyère autour, eh bien on décide de faire … un séminaire. Oui, pour parler de la manière de refaire des trous. Car vous pensez bien que du gruyère sans trous, ce n’est pas vraiment un fromage et faut qu’on ait quelque chose à manger ! Donc priorité des priorités : se réunir en séminaire pour élaborer une stratégie de reconstruction des trous. Etc etc etc. Je vous la fais courte mais , depuis que j’y suis, je crois qu’on en est au quatrième audit et au dixième séminaire (dix séminaires pour en arriver là, c’est triste !). Quant au gruyère, il y a belle lurette qu’il n’y en a plus. Mais il ne faut pas le dire : faut être positif et solidaire !

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Eric y en a marre de tes critiques !

rails.gif Mes collègues trouvent que parfois je suis trop critique ; que j’exige trop d’organisation ; que c’est impossible dans le monde actuel. Qu’ils sont sur des chantiers tous plus urgents les uns que les autres, qu’il ne faut pas rêver, qu’on ne peut pas tout planifier, qu’il ne faut pas vouloir aller plus vite que la musique, que la pente est forte mais que la promesse est au bout du chemin, etc… En fait, je vois qu’ils ne comprennent pas très bien ce que je veux dire. Je ne veux pas aller plus vite que la musique, j’aime simplement sentir que les plans sont bien tracés. Et surtout, surtout que, faute d’anticipation, on ne va pas se planter ! Cette illustration de Richard Hess dit tout ce que je pense. Donc je n’ajoute rien. C’est évidemment moi qui ai tort : puisque la promesse est au bout du chemin, il ne faut pas critiquer un travail en cours : il n’y a en effet qu’à attendre la fin du chantier :-)

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L’Escargal est un escargot speedé qui vit en troupeau dans la Pampa

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A mon bureau ils sont de plus en plus “dans l’urgence”. Forcément ce sont des gens super géniaux, donc super actifs, donc super speedés ! Ils sont à la fois au four, au moulin et au feu. Tout est urgent et c’est urgent tout le temps. Moi, je pense que l’urgence c’est l’alibi de ceux qui ne sont pas organisés, de ceux qui n’ont pas prévu à temps, ni vu venir. Les AUTRUCHES font ça. Mais je ne peux pas le dire parce qu’il sont fiers : si vous travaillez dans l’urgence c’est que vous êtes un LIEVRE dynamique, vous êtes essoufflé : c’est intense ! Enfin, bon, ils arrivent semble-t-il à s’en persuader. Mais je préfère évidemment la TORTUE au lièvre de la fable : j’aime ceux qui anticipent, j’admire ceux qui prévoient et enracinent les choses dans la durée. D’abord parce que ça marche mieux, ensuite parce que ç’est beaucoup plus élégant et enfin parce que ça laisse du temps pour d’autres choses. Les gens qui stressent parce qu’ils sont mal organisés me font honte. Ils font surtout perdre beaucoup de temps aux autres. Mais chut, il ne faut pas le dire : ils pensent que si on n’est pas un LIEVRE c’est qu’on est forcément une TORTUE ou un ESCARGOT. Et un escargot c’est pas essoufflé, donc c’est moins bien qu’un lièvre. Mais je ne vais pas tartiner là dessus.. A propos, cet après-midi, Catherine m’a envoyé ce message : “alimentes-tu tjs switchie, ton blog ? je pense que ce poème pourrait y avoir sa place. On déjeune ensemble un de ces quatre, bises. L’oiseau”. Oui bien sûr on déjeune, et voici ton Escargal :

“L’Escargal
est un Escargot Speedé qui vit en troupeau
dans les Pampas Martiennes.
Très rapide.
La chasse à l’Escargal se pratique en automne.
Seul un Cheval Vapeur est capable de rattraper
un Escargal àla course”

L’escargot de Kazantzaki

Contrepoint, contre-ordre, contre performance …

charpentier.jpg Je rentre d’un concert Marc-Antoine Charpentier à Saint Roch. Le Judicium Salomonis et le Te Deum sous la direction (superbe) de Jean Tubéry qui pulse littéralement de choeur de chambre de Namur. Comme à chaque fois après une journée de bureau dominée par l’incohérence et le système D, je suis émerveillé par la rigueur et la précision de la direction des choeurs. D’un côté, harmonie et maîtrise du contrepoint portés à leur point d’incandescence par un chef imaginatif. De l’autre, incohérence, contre-ordres incessants, manque de méthode… C’est épuisant et pathétique de vivre ce contraste entre ces deux univers : travail d’équipe rigoureux d’un côté (avec le succès, l’émotion et la reconnaissance à la clé); incohérence et désordre de l’autre (avec l’échec au bout). Tragique manque de rigueur et de discipline. Et il ne faut surtout rien dire, au risque de passer pour un esprit négatif !

Aller au Paradis avec les ânes…

anes.jpg Parfois je me dis que j’ai tout de même de la chance de vivre à Paris. En sortant du bureau, rue de Constantine, je vois souvent passer une petite bande d’ânes et de poneys qui trottent d’un pas tranquille pour aller au jardin des Tuilleries. Ils viennent par l’Ecole Militaire, passent sous les fenêtres de la Cour de Justice de l’Etat, du Service d’information du Gouvernement, puis du British Council, du Centre Culturel Canadien, ils tournent à droite au bout du Quai d’Orsay, passent devant l’Assemblée et hop, ils sont dans le jardin des Tuilleries… Pendant que dans les bureaux les bureaucrates rédigent des notes, dehors, les petits ânes passent… C’est un bon job ça, d’être âne et d’aller promener les enfants sur son dos à dix heures du matin !

Prière pour aller au Paradis avec les ânes de Françis Jammes

jammes.jpgLorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Françis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon-Dieu.
Je leur dirai : Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles…
Que je vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portèrent au flanc des corbeilles,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met des petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je vous vienne.
Faites que dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

Françis Jammes – Le Deuil des Primevères – Gallimard

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