La (seconde) plus grande rencontre que j’aurai faite ici-bas…

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Je le savais depuis longtemps, mais j’y repense ce soir en relisant les Cahiers de Cioran — et c’est lui qui a évidemment raison :

“J-S Bach demeure quand même la plus grande rencontre que j’aurai faite ici-bas”.

“Il plane dans sa musique un souffle de l’au-delà” et il faut que le Paradis soit – ou du moins ait existé – autrement à quoi rimerait tant de sublime” ?

Musique :
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Mon imagination me perdra ! (ou me sauvera ?)

Franck et Michèle sont en Corse où il neige. Les autres sont en vacances à la montagne (“à la neige” comme disent les enfants). Belles montagnes, air pur, neige sur les sommets, fondue valaisane le soir dans un beau chalet en bois… Moi je reste ici et je tiens compagnie à Alzheimer. Pas de vacances et des journées la tête dans Final Cut Pro et Photoshop où mon imagination me fait escalader d’autres montagnes qui ne sont pas mal non plus.
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Dans ses Cahiers, Cioran écrivait : “Par ma lucarne, je vois un bout de nuage éclairé par le soleil, sur un fond d’azur. Le Mont-Blanc n’est pas plus beau”. Je pourrais dire la même chose avec mes montagnes de Photoshop – surtout dans la couche alpha du bleu : le mont blanc n’est pas plus beau ! Finalement mon imagination me sauvera peut-être un jour.

Mon imagination me perdra (2)
Mon imagination me perdra (3)
Les voyages imaginaires dans mon assiette
Au moins ça me fait des vacances au bord de la mer

Un rebelle, mais sans raison de se battre …

Quand j’étais plus jeune, pendant que mes amis de ScPo militaient à droite ou à gauche, j’écoutais les canons de l’Offrande musicale ou les variations Goldberg. Ils parlaient du Ché, de Mao, de Lénine et d’autres abrutis, pendant que je faisais de l’immersion dans les cantates de Bach ou les contrepoints de l’Art de la fugue. Cela a duré des décennies : ils continuent à blablater sur Obama et Ségolène et à s’échauffer sur Hillary ou Sarko et moi je continue à être submergé par Palestrina, de Lassus, Josquin des Prés et subjugué par les sonates de Haydn ou les Lamentations de Thomas Tallis… C’est plus fort que moi, je n’ai jamais pu me trouver un “engagement” – en tout cas une cause qui m’emporte l’âme et fasse bondir mon coeur. Selon leurs critères, j’ai donc plutôt tout raté (selon les miens aussi d’ailleurs car le bilan de faillite est total : professionnel, affectif, existentiel…). En tombant récemment sur ces deux affiches de ce vieux film de James Dean, j’ai compris que tout s’était précisément joué entre le titre original et sa traduction française (totalement absude by the way).
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La fureur de vivre, c’est exactement ce que j’avais en moi : signe du lion, prêt à bondir et à rugir, je suis une boule d’énergie prête à renverser les montagnes. Mais pour déployer tout ça, il faut une “cause” – j’entends une cause digne de ce nom et pas un petit gagne pain minable. Et cette cause, je ne l’ai jamais trouvée (Mao, Lénine et les autres, non merci ; le coup du grand soir on ne me le fait plus et j’ai assez peu d’estime pour les petites ambitions des bureaucrates que je vois autour de moi. Donc je suis exactement comme le titre de la version originale du film : un “rebel without a cause”, un rebelle sans raison de se battre… C’est ce qui m’a toujours cruellement manqué et m’a toujours immobilisé quand les autres partaient poing levé en chantant l’internationale ou autres niaiseries : une vraie raison de me battre qui soit à la hauteur de la Messe en si ou de la Création de Haydn !

PS. En réfléchissant, je pense que mes lectures (Lao Tseu, le Tao-tö-king, le wou-wei etc… ) n’ont pas non plus vraiment favorisé un quelconque “engagement”. D’où l’on pourrait conclure que la lecture et la musique sont des antidotes à l’action militante ? Sans doute. Il suffit d’ailleurs de voir l’inculture abyssale de nos dirigeants politiques (dans le monde entier) pour comprendre qu’il y a quelque chose qui cloche dans la gestion des affaires par des incultes. Mais bon, il faudrait revenir à Socrate et je pense qu’ils ne savent même pas qui c’est puisqu’il n’est pas sur la couverture de Gala et qu’il ne fera jamais la une des magazines people ! Triste époque.

PS.2. Pour s’engager, dans quoi que ce soit, il faut aussi y croire. Y croire vraiment. Cioran (dans des Cahiers, 1957-1972) dit quelque chose comme ça : “Pour mener à bien une œuvre, pour la commencer même, il faut y croire. Ce qui est mort en moi, c’est la foi, l’état de foi, l’acte d’adhésion initial faute duquel rien ne peut démarrer”.
C’est ça en fait, je n’y crois plus vraiment…

Se battre pour des saucisses grasses ? Non merci !

L’oiseau qui avait lu Cioran

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Bon c’est vrai je déprime un peu en ce moment. Et en tombant sur ce dessin que j’aime bien, je me suis demandé un instant si ce n’était pas après que je sois tombé définitivement de ma chaise, ou de mon blog … Et il ne resterait en vie que l’oiseau qui dirait…. qui dirait quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas trop parce que je ne trouve que des phrases d’oiseaux qui auraient lu Cioran ou des haikus japonais, ou qui auraient suivi les enseignements de bouddhistes tibétains, ou partagé un jour l’appartement de Woody Allen… J’ai bien en tête une liste de phrases qu’il pourrait dire (s’il avait lu ce que j’ai lu bien sûr) mais je ne sais pas laquelle. Alors les voilà en vrac :

– …il est évident qu’ici bas je ne suis pas dans mon élément (Cioran)

– …de temps en temps les nuages me reposent de tant regarder la lune (Bashô)

– …Tchip tirlouit tchioupch tirlit tirlouit…

– …Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles… (Rilke)

– …Le voleur a tout emporté, sauf la lune, qui était à ma fenêtre (Miyalori)

– …Alzheimer était une vraie merde ; je suis même étonné qu’Eric ait tenu aussi longtemps

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Autres oiseaux…
Des ailes pour planer au-dessus de la vie
Mes petites soeurs les hirondelles
Milosz ne parlait pas seulement aux oiseaux ; il leur chantait du Wagner !
Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard
Les autruches sont des oiseaux politiquement très avancés
L’oiseau qui avait lu Cioran
Le canari de Milosz s’est envolé !
Un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires

Besoin d’un peu (beaucoup) de repos …

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Encore des journées pas très faciles… Déjà fin août et pas encore pris un jour de vacances. Fatigue immense et le plus dur c’est qu’avec alzheimer le le pire est encore à venir… Ce blog va donc sans doute s’arrêter …

Quelques phrases de Cioran qui me tient (agréablement) compagnie le soir. Les deux premières de lui, l’autre citée par lui…

“Le paradis perdu, – mon obsession de chaque instant”.

“Il est évident qu’ici-bas je ne suis pas dans mon élément”.

“Who has not found the heaven below Will fail of it above”
(E. Dickinson)

(“Qui n’a pas trouvé le Ciel ici-bas le manquera là-haut”). Autrement dit : le ciel est la récompense de ceux qui l’ont trouvé déjà ici-bas. J’ai peut-être une petite chance alors ? …

“Il est évident qu’ici bas je ne suis pas dans mon élément”

cioran_175.jpg Je suis en train de lire les Carnets de Cioran. J’en suis à peine à la page 84 et il a déjà parlé trois cents fois de se suicider… A chaque page on est sur les cîmes du désespoir. Moi qui en ce moment le suis complètement (désespéré) ça me fait paradoxalement plutôt du bien ! Il fait un temps orageux, j’ai avalé plusieurs Dolipranes pour ne pas avoir mal au crâne et je vais continuer ma lecture… D’ailleurs il est clair qu’il ne va pas se suicider avant un bon moment puisque j’ai encore plus de mille pages à lire ! :-)

“Le paradis perdu, – mon obsession de chaque instant”.

“Pas un seul instant où je n’aie été conscient de me trouver hors du Paradis”

“Il est évident qu’ici bas je ne suis pas dans mon élément”

Message perso : Franck et Michèle, merci encore pour les 2000 pages des Oeuvres !

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