Le vague sentiment qu’il y a eu quelque chose, autrefois …

Mouette3

.
Le 23 novembre, donc jour pour jour — mais en 1985, Claude Roy écrivait ce poème que je trouve tout simplement magnifique… Continue reading

Quelques “Minimes” de Claude Roy qui me touchent…

ClaudeRoy_4A
guillemets_noirs-TNR

.
“Il peut y avoir des fins de vies éclairées de cette lumière-là”…

Par temps clair, hiver pur, été sec, la plus belle lumière est celle de la fin du jour, rasante, intense, dorée, sœur vive des ombres longues et promesse du repos de la vie. Rembrandt suggère qu’il peut y avoir des fins de vies éclairées de cette lumière-là, vies de vieux hommes “rassasiés de jours”, et que douleur, joie et sagesse ont passées au tamis. Continue reading

La grande délicatesse de la jeune fille qui a été danser…

claude_ROY_2A

.
Tout à l’heure au Luco, juste avant la fermeture du jardin, j’ai relu dans la jolie lumière de cette belle fin d’été, quelques “minimes” de Claude Roy qui est sans doute l’écrivain-poète que je préfère… En voici quatre que je trouve tout simplement magnifiques et que je recopie en vrac :

guillemets_noirs_2_leftLes chaussures que la jeune fille qui a été danser tient à la main pour rentrer à l’aube sans faire de bruit.

Continue reading

De bien belles qualités et une bien belle façon de les décrire…

sarraute

.
“Oreille fine, sans doute l’une des plus fine de la littérature, Nathalie entend l’inaudible, ce qui la conduit à tenter de dire l’indicible, et d’y parvenir. Dans une conversatin banale, elle entend passer les arrières-pensées, qui pourtant marchent pieds nus. Elle entend le muet fracas d’un ange qui passe. Elle perçoit ce minuscule chant de semble-grillon que fait un silence réprobateur (à distinguer du tout petit bruit semble-guêpe que fait un silence approbateur). Quand j’ouvre un livre de Nathalie, il me semble qu’une main bienveillante approche de mon oreille le coquillage magique dans lequel on distingue, en y collant l’oreille, le chuchotement lointain de la mer d’Oman, les battements de cœur d’un petit enfant des Antipodes, le crépitement étouffé de mauvaise humeur de ce monsieur qui passe sur le trottoir d’en face, ou ce très faible et doux glissement de soie sur la brume du soir que fait en rougissant le visage d’une jeune fille dans l’obscurité, si une pensée trop tendre la traverse.”

Description de Nathalie Sarraute par Claude Roy en 1994 dans Chemins croisés.

— Quelques textes de Claude Roy : Continue reading

“Les affaires de ce monde ne sont pas différentes”

coussin

.
Je relis des tonnes de Claude Roy en ce moment. C’est ma façon de partir en vacances et de voyager joyeusement dans ma tête fatiguée.

“Un lettré chinois reçoit un jour d’un Immortel le don d’un oreiller magique. Il venait de mettre à cuire une marmite de riz. Il pose sa tête sur le coussin et s’endort. Il rêve pendant des années, il rêve qu’il voyage, est amoureux, devient ministre de l’Empereur, se marie, a dix enfants, accumule le savoir, les expériences, la sagesse. Quand il se réveille, il est blanchi, chenu, très vieux, approche les cent années. Il se lève, va goûter le riz, qui n’est pas encore cuit. L’Immortel est sur le pas de sa porte, qui lui dit : “Les affaires de ce monde ne sont pas différentes”.

Claude Roy, Temps, Septembre 1977.

— Quelques textes de Claude Roy : Continue reading

Aujourd’hui il y avait un beau soleil. Mon ombre m’a dit : Et si on sortait ?

ombres_1_Luco
.
J’ai passé la journée à me balader avec mon ombre. Je la sors beaucoup en ce moment. Elle est très discrète et reste généralement derrière moi : quand j’avançe elle me suit, quand je m’arrête elle s’arrête… Elle croit que je ne vois pas son petit manège ! Mais aujourd’hui le soleil était dans mon dos, c’est mon ombre qui conduisait…

Ce qui me fait penser à ce beau poème, “Ombre”, de Claude Roy que j’aime beaucoup et que je relis beaucoup en ce moment : Continue reading

Des héros et des magiciens, des princesses et les clochards déguisés en simples gens de qualité…

Doisenau
.
J’aime beaucoup la façon dont Claude Roy parle de Robert Doisneau :

” (…) Les Grands de la Terre, il les découvre, infailliblement, chez les princesses et les clochards, chez les flâneurs et les concierges, chez les manœuvres et les soiffards, chez les bouchers, les camionneurs, les maraîchers, les cantonniers. Ils peuvent prendre l’aspect trompeur des “gens de peu”, des “gens du commun”, des “gens de condition modeste”, des “gens simples”, des “gens ordinaires”, d’un petit monde comme tout le monde, Doisneau ne s’y trompe pas : radiographe des sentiments, il donne à voir et à aimer le cœur des Gens de Qualité.

Il sait que le petit garçon qui ramène le pain baguette tout en vérifiant sa monnaie est un chevalier en mission au Service de la Reine. Il sait que le pêcheur à la ligne au bord du canal Saint-Martin es un explorateur au long cours, un conquérant au grand large. Il sait que la concierge du coin assise sur sa chaise devant sa loge est la gardienne d’un palais, la mémoire de sept étages et l’historienne d’un empire. Il sait que le cracheur de feu qui fait son numéro là-bas est un pacifique dragon, le sorcier des jours quotidiens. Il sait que la chatte de Madame Anna est une fée déguisée en chatte et mérite la fierté de sa maîtresse et confidente.

Il sait que le monde, de New-York à Saint-Petersbourg et de Montrouge à Gentilly, est rempli de héros et de magiciens, qu’il suffit d’ouvrir l’œil et le cœur pour découvrir à chaque pas, mine de peu, mine de rien, le sel des jours et de la terre, les simples gens de qualité. Et notamment un photographe qui, nous faisant voir ce qu’il voit, nous fait aussi voir qui il est, un jeune homme de qualité, âgé de quatre fois vingt ans”.

Claude Roy, 24 avril 1992

— Quelques textes de Claude Roy : Continue reading

Le miel aura un goût d’été…

abeille

.
Le problème avec Claude Roy, c’est que lorsqu’on commence à relire ses poèmes on ne peut tout simlement plus s’arrêter. Il faudrait tout recopier… Je vous confie juste cette abeille car je file au Luco justement… Continue reading

Quand le vent interrompt un poème…

insecte-sur-page

.
J’aime bien ce poème de Claude Roy que je relisais à l’instant :

“Le vent n’arrête pas de me faire des malices
Il pose sur la page un tout petit insecte
dessiné si fin avec des yeux si microscopiques
des couleurs si pâles dans les verts étouffés
et des gris si transparents que je perds dix minutes
à le regarder. Continue reading

Après la fin du monde j’aimerais…

riches_heures.jpg

“Après la fin du monde, j’aimerais, dans la liquidation du stock, être chargé simplement de me souvenir de l’odeur des foins juste fauchés, en juin à cinq heure du matin”. (Claude Roy)

J’ai toujours aimé Claude Roy. Et j’aimerais bien, moi aussi (je répète la phrase parce que je la trouve trop belle)…”après la fin du monde, dans la liquidation du stock, être chargé simplement de me souvenir de l’odeur des foins juste fauchés en juin à cinq heures du matin” !

Je ne sais vraiment pas comment cette phrase m’est venue à l’esprit ce matin alors qu’on est en automne. Peut-être parce qu’il y a un beau soleil d’été ? Peut-être à cause la fin du monde ? Ah oui, c’est ça : j’ai reçu hier un mail de Suzan qui vit à Boston et qui m’interrogeait sur l’évolution de la langue en France. Et je lui parlais de la montée de l’illettrisme…. ça doit être ça qui m’a fait penser à la fin du monde !…. L’enluminure est évidemment tirée des Très Riches Heures du duc de Berry – Musée Condé à Chantilly. Wikipedia : Riches Heures

Je découvre à l’instant cette citation de Marcel Camus qui explique pourquoi je suis en rage contre l’inertie des gens face à la montée de l’illettrisme :  “Elever ce pays en élevant son langage”. Voilà pourquoi il faut élever le langage : pour élever ce pays avant qu’il ne tombe dans la fange de l’inculture !

Quelques bouts de nostalgie
Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Nostalgie des temps heureux
Remonter le temps en rentrant dans les tableaux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier

— Quelques textes de Claude Roy : Continue reading

Faire son travail d’étoile…

Pendant que je suis dans la lecture de Claude Roy, encore cette petite phrase incandescente tirée d’un poème “en modeste hommage à Schönberg” :

Les étoiles sans rien dire font leur travail d’étoiles

Claude Roy, “La nuit transfigurée”

Quand on marche le soir à la lisière du temps…

En me promenant tout à l’heure, les trois premières lignes d’un poème de Claude Roy se sont déroulées dans ma tête. J’aime beaucoup Claude Roy et je me rends compte que je me promène de plus en plus… à la lisière du temps…

“Quand on marche le soir à la lisière du temps
il monte soudain une bouffée d’enfance
les cris des hirondelles folles d’un préau d’école
ou le silence de la barque sur la rivière
à la tombée du jour quand le soleil rase l’eau qui moucheronne
ou bien la sonnette (deux fois) de l’épicerie-mercerie
où on achète après l’école les rouleaux de réglisse Zan
qui barbouille de noir et font les doigts collants

On tend l’oreille le long du voile de la brume
Quelqu’un parle à voix basse
sans qu’on puisse reconnaître sa voix
et sans comprendre les paroles
les mots chuchotés loin à l’envers du silence

claude_roy.jpg

Claude Roy, A la lisière du temps
Hôpital de la Pitié
25 août 1983

— Quelques textes de Claude Roy :
Continue reading

La locataire du cinquième a perdu une cuiller en argent

dustbin.jpg L’ami mentionné à l’entrée précédente (“quel doit-être le niveau mental du blog moyen ?”) me précise ce soir, fort gentiment, que “raffinement et érudition ne doivent pas conduire a élitisme et parfois pédantisme. Et surtout que la culture, c’est à la fois la culture classique et lettrée, mais aussi la vie, les medias, la télé, ce que les gens recoivent et conservent et qui, apres des années, fait le tréfonds d’une culture populaire c’est-à-dire d’un peuple. Et qui mérite aussi consideration”.
Je suis d’accord, absolument d’accord. Mais je ne suis pas Roland Barthes et mon blog est une nacelle bien trop minuscule pour emporter le tréfonds de la culture populaire. Mais bon, je peux néanmoins narrer cet épisode que m’a conté à l’époque Claude Roy :

La concierge du 30 de la rue Saint-Paul cause avec les boueux qui cognent, bringuebadaboume, les poubelles que digère avec un gros ronronnement glouton la voiture à manger les ordures. La concierge voudrait qu’ils regardent, en vidant la poubelle, parce que la locataire du cinquième elle a perdu une cuiller en argent. Tâchez moyen de la ravoir, des fois qu’elle serait dans les ordures.”

%d bloggers like this: