Allez, ouste, dehors les vieux ! vous gênez !


© Bill Traylor

C’est marrant comme à propos d’Alzheimer les gens ne peuvent pas s’empêcher de répéter inlassablement la même phrase quand ils vous rencontrent : “Mais tu devrais te renseigner tu sais, il y a des maisons pour ça non ?”, de la même façon qu’ils vous diraient que vous pouvez accrocher votre chien à un platane sur l’autoroute pour vous en débarrasser quand vous partez en vacances au mois de juillet… (eux qui ne laisseraient pas leur chien ou leur chat une seule nuit chez le vétérinaire !). Pour les vieux atteint d’Alzheimer, pas de problème : y a qu’à s’en débarrasser ou les mettre à l’asile ! (Oops non, pardon, ils ne disent pas “s’en débarrasser” mais “placer dans une maison”… (ça fait plus magique). Ils n’ont jamais mis les pieds dans ces maisons, mais ils vous assurent tout de même que c’est très bien (avec des fleurs et des gens “très compétents” tu sais…). Mais le problème ce n’est PAS que ce soit bien ou pas bien (évidemment que c’est très bien), c’est la déchirante rupture de la personne malade avec tout ce qu’elle a aimé pendant des décennies : ses habitudes, ses meubles, ses affaires, les milliers de petits détails de la vie courante, la vie quotidienne, la vie tout court en fait ! Elle a déjà TOUT perdu (tous les souvenirs, tous les mots,…) et il faudrait encore lui arracher ses ultimes repères matériels ? Donc je ne dis pas que je ne serai pas obligé de le faire (même assez vite maintenant). Mais j’aurais au moins essayé de tenir. Pour retarder le plus longtemps possible : pour que la rupture terrible et définitive se fasse le plus inconsciemment, le plus doucement, le plus insensiblement possible… Si je les avais écoutés, il y a déjà quatre ans qu’elle serait “placée” … Quatre ans… Allez ouste les vieux, dehors, vous êtes gênants !

Valeant qui discidium volunt !


C’est un immeuble juste à côté de chez maman et je n’avais pourtant jamais remarqué cette inscription latine au-dessus de la porte. N’ayant pas de Gaffiot sous la main, j’appelle aussitôt à l’aide Josué qui, par retour de courrier, me donne cette explication érudite : “ça semble être inspiré de Térence, Andrienne, Acte IV, sc. 2, v 696-697: “…valeant, qui inter nos discidium volunt…” ce que Jules Marouzeau (Budé, Belles-lettres, 1942 (5e tirage, 1979)) traduit: “au diable ceux qui veulent la rupture entre nous”. Les autres traductions ne contredisent pas cette version. Et ton “dissidium” est une variante très courante de discidium. Ce serait donc quelquechose comme: hors d’ici (ou qu’ils partent, qu’ils sortent) ceux qui veulent la discorde (la séparation, la rupture, etc)”.

Merci Josué ! Il y a des organismes que je connais, et des partis politiques qui devraient s’en inspirer et écrire ça en énorme au-dessus de leur porte d’entrée ! Dehors ceux qui viennent foutre la merde !

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