Un repère pour les anges…


En passant devant les grilles du Luxembourg, je suis tombé en arrêt devant cette magnifique photo de la tour Eiffel dans les nuages… Ma photo de la photo est nulle mais celle qui est présentée sur les grilles est superbe : donc toutes mes plus vives excuses à Elodie Grégoire. Et un grand merci pour cette image que je trouve très inspirante et qui est presque un autoportrait (être un repère désespéré pour les anges avant de couler et de disparaitre complètement dans les nuages, je connais bien !)

Peut-être qu’ils n’ont carrément plus d’idées ?
Parfois je peux être bon public avec la tour Eiffel

Le silence, lorsque les paroles et les mots ont disparu…

Aujourd’hui, beaucoup de ceux qui parlent du Mime Marceau et que j’entends jacasser dans les médias pour lui rendre hommage sont ceux-là même qui auront usé les mots jusqu’à la corde ; jusqu’à vous donner envie de ne plus rien dire pendant des mois pour laisser revenir le silence et reposer la langue de leur vacarme insignifiant.

Au cours des dernières années, j’ai découvert ce qu’était le silence lorsque les mots n’existent même plus pour le rompre… Comme les enfants qui arrachent une à une les ailes des mouches, alzheimer arrache les mots les uns après les autres, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que deux, ou trois, et bientôt plus aucun… comme un ciel plein d’étoiles qui s’éteint peu à peu… Dans cette nuit sans étoiles où l’âme grelotte parce que c’est la vie qui s’en va doucement, on mesure alors ce qu’est le silence, et le poids des mots et tout ce qu’ils représentaient quand ils étaient agiles, souples, vivants et pas des ossements momifiés dans les dictionnaires ou la bouche des hommes politiques… Merci et adieu cher Mime Marceau…

Quelques petits bouts de SILENCE, en vrac… Continue reading

Le bateau “in memoriam” sur Google Maps…

google.jpg

Je me doutais bien que Google Maps ne pouvait pas fournir des clichés instantanés. Et que les photos-satellite ne pouvaient pas être actualisées quotidiennement. Mais je pensais qu’elle étaient au moins mises à jour de temps en temps. Or on vient de me raconter l’histoire d’un bateau, dans un petit port de Nouvelle Ecosse, tout là bas, au bout du bout de l’extrême est du Canada… L’histoire, c’est que l’un des bateaux est parti un jour, ll y a plus de trois ans… Et qu’il n’est hélas jamais revenu… Mais sur Google, trois ans après, le petit bateau est toujours là, contre la maison … … … …
Je n’en dis pas plus car l’histoire est trop triste.

L’inadmissible précision de Google Maps
Les livreurs de pizza vont pouvoir délivrer leurs missiles avec plus de précision

Je deviens traducteur de ce qui n’a pas été dit…

dictionnaire.jpg A cause d’alzheimer, Maman ne parle presque plus. Elle oublie tous les mots qui disparaissent les uns après les autres… Alors j’essaye de comprendre ce qu’elle veut dire, de trouver les mots oubliés, de remettre un peu de sens et de logique là où il n’y a en déjà presque plus. Je suis devenu une sorte de …. traducteur de ce qui n’est pas dit…. Une histoire hassidique raconte qu’un juif illéttré ne sachant pas lire les prières pour le jour de kippour quitta la synagogue et alla en plein champ pour crier une à une les lettres de l’alphabet, demandant à Dieu de bien vouloir les ordonner à sa guise. Les lettes montèrent au ciel et la prière plut à Dieu…. J’essaye de faire pareil avec ce que maman ne dit plus : inventer les mots et remettre sa pensée dans l’odre… C’est difficile. On vit tous les deux avec une petite poignée de mots qu’on garde précieusement pour cet hiver comme les écureuils le font avec leurs noisettes. Je ne sais pas ce qyu nous restera en janvier…

Lord Polonius: What do you read, my lord?
Hamlet: Words, words, words.
Lord Polonius: What is the matter, my lord?
Hamlet: Between who?
Lord Polonius: I mean, the matter that you read, my lord.
(Hamlet II, 2, 191-195)

Le silence lorsque les mots ont disparu

Les plaisirs de la conversation

Peut-être que le Bon Dieu…

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En ce moment dans ma vie (septembre 2004), il y a trop de choses qui s’arrêtent. Comme si le Bon Dieu en avait assez. Assez de la Création ; Assez de continuer à créer …

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Peut-être que le Bon Dieu…

En ce moment dans ma vie
il y a trop de choses qui s’arrêtent
comme si le Bon Dieu en avait assez
Assez de la Création
Assez de continuer à créer

Si le Bon Dieu en avait assez
Assez de la Création
Le vent s’arrêterait de souffler
Et les rivières de couler
Et les étoiles de briller
Et les oiseaux de voler

Si le Bon Dieu en avait assez
Les galaxies s’écrouleraient
Les nuages tomberaient
Et les cerf-volants aussi

Si le bon Dieu en avait assez
Assez de faire tourner les choses
La boulangère s’arrêterait de sourire
et les enfants de jouer
La musique s’arrêterait
Et les saisons aussi

Si le bon Dieu en avait assez
Tout s’arrêterait :
Nos coeurs de battre
Les merles de chanter
Et les moines de prier

Peut-être que Dieu en a assez
Assez de la Création
Et il veut qu’on l’oublie
Alors Maman oublie les prénoms
Et le nom des fleurs et celui des choses
Et le présent et les souvenirs aussi
Même ceux du bon vieux temps où l’on était heureux
Le temps d’avant les colchiques
Quand les étés étaient blonds et paraissaient si longs
Quand l’air sentait bon la paille et l’herbe sèche
Quand il y avait des moissonneurs dans les champs
Et des bleuets et coquelicots dans les blés…

Peut-être que le Bon Dieu en a assez
Assez de la Création
Assez de tout

Moi aussi

sixtine_orig.jpg

Ecrit le 13 septembre 2004 à 00:32

Mort de fatigue
Pouvoir poser sa tête un moment
Et vous comment ça va ?
Nostalgie de la vieille Chrétienté du Moyen-âge…

Miaou le chat d’Estelle

chatestelle24Estelle a l’âge où les mots s’apprennent à la pelle : elle sait déjà tous les noms des animaux. Elle dit miaou au lieu de chat mais elle sait déjà croTrodile et kangRourou.
Maman à l’inverse les oublie les uns après les autres. Je marche avec elle en la tenant par la main mais, pour les mots, je suis impuissant : sans que je puisse l’aider à les retenir, ils s’envolent comme des cerf-volants emportés dans le ciel de l’oubli. A la fin de la symphonie Les Adieux, (je déteste les symphonies mais bon, je vous raconte tout de même), au lieu d’un mouvement vif, Haydn a composé un adagio pendant lequel les instruments se taisent les uns après les autres, tandis que les musiciens soufflent leurs bougies et quittent leurs pupitres l’un après l’autre, laissant la scène dans le noir.

Maman éteint aussi une à une toutes les bougies des mots et le monde déjà se fait un peu moins lumineux : il n’y aura bientôt plus les couleurs pour dire les choses, plus de merles, plus de pivoines, plus d’anges de Fra Angelico non plus ; Florence et Venise disparaîtront également dans l’oubli, et les souvenirs des maisons d’enfance avec leurs vieilles glycines, et Giotto et la Bible et le nom des fleurs et celui des jours de la semaine… Beaucoup de prénoms déjà ont disparu et on se sent déjà un peu plus seuls. Quand tous les mots auront disparus que restera-t-il? Ma gorge se noue quand j’y pense et les mots – les miens – ont déjà de la peine à venir: faire une phrase me devient à moi même une entreprise dont je mesure la difficulté et donc le miracle !

On est un jour d’élections européennes : Maman aura cherché ses mots toute la journée ; pendant la soirée électorale, des politiciens lamentables et des journalistes médiocres en feront un usage méprisable fabriquant des phrases en bois avec des slogans galvaudés. Gorgias va encore gagner contre Socrate et notre démocratie va mourir de parlotte. Si ces crétins savaient ce que chaque mot renferme en lui comme puissance explosive ! Et qu’en les perdant on perd pratiquement tout ! Mais on ne se rend souvent compte que quelque chose est précieux que lorsqu’on l’a perdu c’est à dire lorsqu’il est déjà trop tard.

Et si on écoutait davantage les sourds et les muets ?

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