Ah, la “vieille europe” avait du bon !

holbein2.jpg C’est marrant, on est le premier mai, c’est la fête du travail. Dans la rue, ils défilaient avec des banderoles pour demander des sous et des emplois. Et moi je suis en train de lire un livre sur Holbein où l’auteur décrit l’effervescence des centres artistiques et commerciaux de l’époque : “Anvers, Londres, Venise, Augsbourg, Florence, Venise… où la richesse et l’opulence stimulait le travail, le commerce et les oeuvres de l’esprit. Le financier et l’humaniste, l’armateur et le peintre, le négociant et l’imprimeur, tous concouraient à la prospérité de ces villes qui suscitaient l’admiration de l’europe entière. Les peintres, les sculpteurs, les artisans travaillaient (et pas en intermittants du spectacle). Sur les eaux grises de l’Escaut voguaient mille vaisseaux, cent navires entraient et sortaient journellement du port flamand. A perte de vue s’étendaient les docks; une activité incessante animait les entrepôts et les maisons de commerce. Les ports exportaient la laine, les draps, le plomb, l’étain… Sous le ciel bleu de l’Adriatique ou au milieu des brouillards de la Tamise les marchands affluaient de partout : de Nuremberg, de Cologne, de Strasbourg, de Lyon, de Venise, d’Augsbourg, de Londres… La Sérénissime construisait des palais sur la lagune ; servie par une flotte de quatre-vingt mille galères, l’industrie vénitienne envoyait ses créations aux confins de l’Inde, de la Perse et de l’Afrique… Partout, arrivaient ses draps d’or, ses cuirs, ses dentelles, ses verreries, ses glaces, ses armes, ses laines teintes…”
Je lis ce chapitre et au même moment, dans la rue, ils défilent avec des banderolles et des klaxons pour protester contre l’absence d’emplois, l’absence de croissance, l’absence d’activité, la multiplication des faillites et des plans sociaux… Comment ne se rendent-ils pas compte que depuis trente ans les politiques et les bureaucrates de Bruxelles et d’ailleurs s’y sont pris comme des manches ; qu’ils mènent l’europe élargie à la dérive et les conduisent carrément au désastre ? On est le premier mai, c’est la fête du travail et je me replonge dans Holbein. Cela vaudra mieux…

Oui, je sais, ma vieille europe est un pays de cocagne, et alors ? on a le droit d’être nostalgique non ?

Des petits tonnelets en bois comme carte de crédit

Des petits tonnelets en bois comme carte de crédit !

Dans son Journal, Albrecht Dürer parle d’un voyage qu’il a fait aux Pays-Bas de juillet 1520 à juin 1521. On le voit partir de Nuremberg en emportant des lots de gravures enfermées dans des petits tonnelets de bois et s’en servir comme monnaie d’échange sur la route. Aux gens qu’il rencontre, à un noble ou un évêque bienveillants, il donne une gravure en matière de remerciement… A un seigneur portugais rencontré à Anvers qui lui avait fait cadeau d’un petit perroquet vert, il offre quelques bois gravés… Il donne à maître Bernard, une Passion sur cuivre qui lui remet en échange une bourse noire d’Espagne valant trois florins… Il offre aussi une Passion sur cuivre à Erasme de Rotterdam (image).
J’aimerais bien qu’on puisse encore se balader en europe comme Dürer, d’auberge en auberge et où, le soir après dîner, on puisse tirer le portrait à l’huile d’un tavernier de Nüremberg pour payer nos chopes de vin ! Mais maintenant on a la commission européennen, des mac Donalds et des bandes d’arrêt d’urgence sur les autoroutes…
Je ferai le voyage avec Dürer dans une autre vie ; avec des petits tonnelets de bois à la place des cartes de crédit en euros !

Ah la “vieille europe” avait du bon ! et La vieille chrétienté aussi !

Expo du 24 septembre au 5 janvier 2004 au Musée Condé à Chantilly
Albrecht Dürer (1471-1528) et la gravure allemande”. 34 gravures, 6 dessins de son album de voyage aux Pays-Bas (1520-1521) ainsi que des œuvres de Martin Schongauer et Albrecht Altdorfer…

Les simples de Dürer
Des ailes de Dürer
Une chauve-souris de Dürer
Le magnifique lièvre de Dürer…

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