“À coté de l’attraction terrestre existe l’attraction céleste…”

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À propos de cette formule de Marina Tsvetaeva (“À coté de l’attraction terrestre existe l’attraction céleste”), Erri de Luca dit ceci :

“Ce n’est pas une boutade poétique, c’est une belle observation naturelle. Il y a des forces, dans la nature, qui poussent du bas vers le haut. Par exemple le feu, ou la plus belle des figure qui pousse vers le haut : l’arbre, qui, du fond de la terre, commence à monter, à monter, et à organiser son espace en plein air vers le haut…

Quand une pomme est tombée sur sa perruque, Newton a eu l’intuition de la loi de la gravitation. Mais il n’a pas pensé qu’il y avait une autre force, opposée, qui avec l’aide de la lumière et de la sève avait amené la pomme tout là haut ! Il fallait une poètesse russe pour trouver la loi de la force de l’attraction céleste. Elle s’appelait Marina Tsvetaeva”.

Erri de Luca (entretien dans l’émission Ça rime à quoi de France-Culture, )

La visée perpendiculaire de Jean Grosjean :
L’univers ne se doute guère de cette ambition de l’âme

“La poésie est le plus parfait format de la résistance !”

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La poésie est une énergie qui est nécessaire dans les moments où il faut pouvoir mobiliser et extraire toute son énergie pour résister. Car dans des moments normaux de la vie, comme on peut les vivre dans notre temps, la poésie c’est une décoration, un accessoire, c’est quelque chose en plus. Mais dans les moments que j’ai connus dans notre XXe siècle, elle est le plus parfait format de la résistance.

Pendant les années 90, je me suis mêlé de la guerre à Sarajevo où je suis allé comme chauffeur de convois d’aide… Continue reading

Il y a des textes qui me mettent de belle humeur…

ErriDeLuca

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Parfois, en prenant un vieux livre au hasard dans ma bibliothèque, je tombe sur une page merveilleuse, cochée à l’époque, et qui — plus de dix ans après — me met encore d’une humeur joyeuse :

“Je bêche sous les lauriers. De leurs feuilles épaisses toujours vertes, ils protègent les moineaux qui, le soir, se disputent la place la plus chaude, près du tronc. Ils se disputent pour vivre. Puis ils ont un murmure de mise en ordre, je pense qu’ils prient.
Ce n’est qu’au printemps que je taille les lauriers quand ils ne servent plus d’abri aux moineaux.
J’aime brûler les restes de leur feuillage. Ils font une fûmée qui étourdit et fait revenir en mémoire les disparus. C’est dans cette fumée que je m’assieds à midi avec des olives noires.
Ces jours-là, je vois clair dans la géométrie. Les vivants ne sont pas à la perpendiculaire des mort étendus, ils leur sont parallèles. La faux n’a pas la courbe de la lune, mais celle de l’œuf. Le pain gonfle en prenant la forme de la paume du boulanger. Le porter à sa bouche, c’est comme serrer la main de qui l’a pétri.
A force de rester silencieux pendant que le corps travaille, des pensées de nage et d’envol vont et viennent à la débandade. D’un mois d’avril, déjà bien lointain, je revois le ciel de Jéricho couvert du blanc des cigognes migrant d’afrique vers les toits d’Europe”.

Erri de Luca, Trois Chevaux

“La poésie est le plus parfait format de la résistance !”
“Considero valore…”

“Considero valore…”

erri_de_luca2.jpg “J’attache de la valeur à toute forme de vie ; à la neige, la fraise, la mouche ; J’attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles ; J’attache de la valeur au vin – tant que dure le repas, aux sourires involontaires, à la fatigue de celui qui ne s’est pas épargné, à deux vieux qui s’aiment ; J’attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qui aujourd’hui vaut encore peu de choses ; J’attache de la valeur à toutes les blessures ; J’attache de la valeur à économiser l’eau , à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s’asseoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi ; J’attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce, quel est le nom du vent en train de sécher la lessive ;
J’attache de la valeur au voyage du vagabond, à la clôture de la moniale, à la patience du condamné quelle que soit sa faute ; J’attache de la valeur à l’usage du verbe aimer et à l’hypothèse qu’il existe un créateur ;
Bien de ces valeurs, je ne les ai pas connues”.

Texte d’Erri De Luca tapé ce soir même à partir d’une cassette enregistrée sur France Culture. Je n’ai que cette traduction. Dès que j’ai l’original, je le mets en ligne.

Erri de Luca :
“La poésie est le plus parfait format de la résistance !”
Il y a des textes qui me mettent de belle humeur…

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