Des siècles qu’on monte ce pauvre chameau en épingle !

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J’ai encore entendu aujourd’hui un abruti dire qu’il “détestait les riches” et que n’importe comment ils iraient en Enfer… (si, vous savez bien, c’est cette vieille histoire biblique qui dit qu’il est “plus facile à un chameau de passer par le chas d’un aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu”. (Pour les nouveaux nés, je précise que c’est dans Matthieu 19:24, Marc 10:25, et Luc 18:25.).

Et, depuis des siècles, tout les abrutis gauchisants répètent cette ânerie en convoquant un pauvre chameau qu’on aurait mieux fait de laisser brouter en paix dans le désert.

Le problème c’est que l’araméen a été traduit en grec par des gens très approximatifs et que – comme les mots se ressemblent – (à l’écrit comme à l’oral), ils se sont carrément mélangé les pinceaux : kamelos1 kamélos veut en effet dire chameau ; et kamilos veut dire câble (genre grosse corde de navire)

Donc c’est super simple : il est plus difficile à un riche qu’à un gros câble de navire de passer par le trou d’une aiguille. C’est tout et c’est très clair. Mais il n’y a pas et il n’y a jamais eu de chameau ! Et on ne voit d’ailleurs pas ce que viendrait faire ce malheureux chameau dans cette affaire de couture et pourquoi cet abruti voudrait passer par le chas d’une aiguille en plein désert… Mais bon, les deux mots grecs sont très proches et donc les gens racontent des conneries sur les riches et répètent inlassablement cette annerie qui ne semble avoir gêné personne depuis des siècles et des siècles. Les gens broutent vraiment n’importe quoi. Mais moi ils commencent à me pomper l’air sérieusement.


C’est mon cher oncle le pasteur Pierre C. qui m’a mis sur la piste et précisé que cette traduction était confirmée par le Dictionnaire grec-français de Maurice Carrez et François Morel. Je suis donc heureux de pouvoir corriger cette ânerie qu’on répète depuis des siècles. Ouf, ça fait du bien :-)

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[j’en avais déjà parlé dans un vieux post de 2004 mais l’abruti de midi m’incite à le remettre dans le circuit].

“… oh mais c’est trop bête, j’aurais tellement aimé vous aider !”

bible_moehrke3Je ne sais pas si vous connaîssez cet homme de Cyrène appelé Simon, dont on parle dans les Evangiles ? Un jour qu’il rentrait tranquillement des champs, en remontant au Golgotha, il trouve un attroupement. Il y a des cris, une foule qui se presse, il se demande ce qui se passe, pousse un peu les autres pour voir par dessus leur épaules et découvre Jésus souffrant, courbé sous sa croix, avançant sous les colibets… Bon, je croyais bien connaître ma Bible et j’étais carrément, mais alors absolument persuadé que Simon de Cyrène s’était proposé d’aider à porter la croix. Eh bien pas du tout. Je viens de relire Matthieu, Marc et Luc et ils disent tous les trois qu’il a fallu le forcer. Les gens n’aident pas spontanément et c’est finalement plutôt normal, [surtout quand le type aidé n’est pas – ou n’a pas toujours été – vraiment commode – je parle de moi, évidemment, pas du Christ]. Sauf des exceptions remarquables et donc particulièrement précieuses : Marielle, Marlène, Muriel, Julia, Isabelle, Michèle et Franck, Jean-Louis et Monique, Benoît et quelques autres que j’oublie injustement … Un immense merci à tous ceux qui m’auront donné un peu de leur amitié et surtout, surtout, un peu de leur TEMPS… Et honte à ceux qui ont disparu quand la maladie est arrivée…

Post scriptum 1 : A propos de Simon de Cyrène, je ne me prends évidemment pas pour le Christ ! Je cite cette histoire, a contrario, pour rendre hommage à ceux qui – spontanément – auront proposé d’aider. J’ai donc moins de valeur – mais plus de chance – que le Christ. Alleluia !

Post scriptum 2 : ce que j’ai appris au fil des ans avec alzheimer c’est que la seule aide, vraiment LA SEULE, c’est le TEMPS. Le temps que les gens donnent pour vous aider à respirer ! Le temps qu’ils offrent en disant : “tiens, je viens pendant deux heures tenir compagnie à ta mère et tu sors te changer la tête” ! C’est ça la seule aide véritable pour ceux qui portent une personne qui a la maladie d’Alzheimer. Mais pour donner du temps il faut être de la famille ou des amis, assez proches en tout cas pour que l’heure passée soit familière et pas celle d’une “personne-de-la-Mairie-très-professionnelle-et-dévouée-tu sais Eric”. C’est ça l’aide.
Le reste ce sont des mots. Quand on est dans une tranchée avec de la boue partout, ceux qui aident ne sont pas ceux qui disent : “tu sais mon cher, tu devrais vraiment essayer de voir les choses autrement” ! Non, on est dans la boue avec des obus qui tirent dans tous les sens et il faut écoper et continuer à “vider les pots de chambre”. Et ça c’est du temps (pour ne pas dire plus) et une patience infinie…

Il y a la tête ; il y a le coeur ; et il y a le corps.
Alzheimer c’est beaucoup le corps : on ne vide pas les pots de chambre (et le reste) avec sa tête. C’est le corps qui s’occupe de ça. Le corps s’en occupe parce que le coeur le lui dit. Mais si la tête s’en mèle, le pot de chambre n’est pas vidé. Ou la croix n’est pas portée (si Simon de Sirène ne la prend pas sur ses propres épaules). Voilà ce que c’est alzheimer pour les gens qui décident de n’avoir recours que le plus tard possible au “placement” dans une… “jolie et très agréable maison tenue par des gens très professionnels tu sais Eric et qui sont très dévoués”

Ma chute d’Icare
Mensonges par omission

bible ©Volker Moehrke

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