“Et où sont tes ailes d’or, tes sandales rouges, ton glaive ?

– Le premier petit animal qui se présenta à la porte du Paradis fut l’escargot.
Saint Pierre se pencha et le caressa du bout de son bâton :
– “Que viens-tu chercher ici, mon petit escargot ?” lui dit-il ?
L’immortalité répondit l’escargot.
Pierre éclata de rire.
– “L’immortalité ! Et qu’est-ce-que tu en feras, toi, de l’immortalité ?”
Ne ris pas, répliqua l’escargot. Ne suis-je pas une créature de Dieu, moi aussi ? Ne suis-je pas un fils de Dieu, comme l’archange Michel ! Je suis L’ARCHANGE ESCARGOT, voilà !
– “Et où sont tes ailes d’or, tes sandales rouges, ton glaive ?
Ils sont au-dedans de moi. Ils dorment, ils attendent.
– “Qu’attendent-ils donc ?”
Le Grand moment
– “Quel Grand Moment ?”
Celui-ci répondit l’escargot.
Et le temps de dire “celui-ci”, il fît un grand saut et entra dans le Paradis.
Nous sommes les escargots. Au-dedans de nous dorment les ailes et le glaive et, si nous voulons entrer au Paradis, il nous faut faire le saut. Allons, vas-y, mon athlète, saute !”

Le Pauvre d’Assise – 1956 – Nikos Kazantzaki

Un texte de Kazantzaki que je trouve renversant de beauté
Toutefois, je vous assure que…
Parfumer les ragoûts à la Légion d’honneur

Mes petites soeurs les hirondelles…

assise_anim.gif Si vous avez de la patience, regardez très attentivement cette image…. attendez, et peut-être vous verez quelque chose de miraculeux. Mais il faut attendre…14 secondes exactement… donc un peu de patience :-)

Magnifique exposition, à la Chapelle de la Sorbonne, du célébrissime cycle franciscain peint à fresque par Giotto à Assise. Sur 62 mètres de long, 28 photographies de 2 mètres de haut transportent l’Ombrie à Paris. Et aussi “l’humilité radieuse” de François et de la vieille chrétienté du moyen âge qui est désormais la seule lumière dans laquelle je me sente à peu près bien dans le monde de cinglés d’aujourd’hui.

Cela m’a rappelé ce beau texte de Nikos Kazantsaki :

François prêchait, mais, tout autour de lui et jusqu’à ses pieds, s’était amassé tout un petit peuple d’hirondelles qui, prêtes à partir en voyage, voletaient de-ci de-là en pépiant si fort qu’elles l’empêchaient de se faire entendre. Il avait beau élever la voix, il ne parvenait pas à couvrir leurs cris. – Mes frères, reprit-il…. mais les hirondelles ne se taisaient point et il en venait toujours de nouvelles. Alors il s’adressa aux oiseaux d’une voix infiniment douce et suppliante : Mes petites soeurs les hirondelles, je vous en prie, taisez-vous, laissez-moi parler ! Charmants petits messagers de Dieu qui amenez le printemps sur la terre, repliez vos ailes un instant, rangez vous tranquillement sur les toits et écoutez. Nous parlons de Dieu qui a créé les hirondelles et les hommes, nous parlons de notre Père à tous. Si vous L’aimez, si vous m’aimez moi, votre frère, taisez-vous ! Je vois que vous vous préparez à partir pour l’Afrique. Que Dieu vous assiste ! Mais avant de vous mettre en route, il est bon que vous écoutiez sa parole.
A ces mots, les oiseaux replièrent leurs ailes et se posèrent aux pieds et sur les épaules de François, gardant leurs petits yeux ronds fixés sur le crieur de Dieu. De temps en temps, seulement, ils battaient des ailes car leur joie était si grande qu’ils ne pouvaient maîtriser leur désir de s’élancer dans le ciel. (…).

(Le pauvre d’Assise, Nikos Kazantsaki).

*

Autres oiseaux…
Milosz ne parlait pas seulement aux oiseaux ; il leur chantait du Wagner !
Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard
Les hirondelles gribouillent le ciel au fusain
Les autruches sont des oiseaux politiquement très avancés
L’oiseau qui avait lu Cioran
Le canari de Milosz s’est envolé !
Un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires

J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?
Je dois avoir l’âme franciscaine
Des ailes pour planer au-dessus de la vie
Nostalgie de la vieille Chrétienté du Moyen-âge…

Autres anges…
J’aime bien ces anges…
j’aime tellement cette Annonciation…
L’ange voleur d’étoiles,
Sûrement j’exagère, et encore Wer wenn ich schreiee
L’ange des ruines de Dresden…
J’aimerais bien que Dieu m’accorde 3 secondes !
Pourquoi Fra Angélico a t-il peint ce trou ?
Des ailes (d’ange?) pour planer au-dessus de la mort …

.

J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?

saintfrancois.jpg Comme Saint-François, j’aurais bien aimé pouvoir parler aux oiseaux. Ou voler, comme Icare !

Mais en lavant les vitres chez Maman le week end dernier [post de 2004], je me suis rendu compte en regardant l’avenue en bas, debout sur un tabouret, que j’avais un vertige pas possible…

Donc si j’étais un oiseau je crois bien que j’aurais une trouille bleue de voler jusqu’au sommet d’un arbre ou du Dôme des Invalides, de regarder en bas et de ne plus oser repartir. J’aurais l’air de quoi ? Mais vivre sans la compagnie des oiseaux, ça non, je ne pourrais pas. Encore ce soir, quand je suis rentré, un merle chantait sur l’herbe mouillée. Un instant, après une journée noire, mon coeur a été joyeux. Que voulez vous, j’ai un petit cerveau d’oiseau et une âme de rossignol !

Avec un pied dans l’humanité et une aile dans le ciel, je me suis toujours senti – (peut-être ça se soigne ?) – une certaine proximité avec les oiseaux. Et je finirai sûrement comme Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz qui réservait toujours la même chambre à l’Hôtel de l’Aigle noir. Il écrivait au directeur : “j’arrive à telle date, veuillez me retenir la chambre 44”. Et on était obligé de lui retenir la chambre 44 car il venait avec ses oiseaux dans des cages – des péruches d’Abyssinie je crois – et on mettait un grillage à la fenêtre et il laissait les oiseaux voler dans sa chambre. Milosz disait : “il n’y a que les saints, les oiseaux et les enfants qui soient intéressants”. Comment ne pas l’approuver dans ce monde qui détruit l’enfance, ridiculise les saints et extermine les oiseaux!

Je vais essayer de lutter contre mon vertige. Pour pouvoir gagner le ciel étoilé… (cela m’évitera d’avoir envie de vomir tous le matin en entendant parler de la torture en Irak).

Mes petites soeurs les hirondelles
Le canari de Milosz s’est envolé

Fête de la musique… les oiseaux de la cour aussi

ear.jpg Hier soir, fête de la musique, pas mal de bruit. Pour dormir je me mets des petits bouchons dans les oreilles : silence absolu, nuit céleste ! Au moment où je les retire, ce matin, d’un coup, ma tête est envahie par un formidable concert de chants d’oiseaux qui font la fête dans les tilleuls de la cour ! Plus ça va et plus je comprends Saint François d’Assise : parfois les hommes sont tellement bêtes qu’il vaut mieux carrément discuter avec les oiseaux. Mais bon, faut pas le dire sinon on dit que vous êtes misanthrope ! Le petit Robert donne ces synonymes : “atrabilaire, sauvage, solitaire insociable, ours”. Tiens, pourquoi “ours” ? J’pige pas qu’on puisse qualifier les animaux comme cela. C’est avec des a-priori stupides comme cela qu’on a qualifié certaines espèces de “nuisibles” et qu’on les a exterminées. Quand j’étais petit il y avait des tas de hannetons, y en a plus. Et les chouettes aussi ils ont dit que c’était “nuisible”, et les renards aussi…. Bon je ne fais pas la liste mais je vais écrire à ce Robert pour qu’il retire l’offence faite à l’ours dans son dico nuisible. Ours toi même !

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