Mon autoportrait en petit singe enchaîné…

Quand c’est l’hiver et que la nuit tombe tôt, il est évidemment plus facile d’être enfermé que lorsqu’il y a du soleil et que les gens sirotent des menthes à l’eau à la terrasse des cafés… Mais bon, c’est comme ça et je me console d’être un petit singe enchaîné en regardant la belle huile sur panneau de chêne de Pieter Bruegel l’Ancien. On a les autoportraits qu’on mérite disait ma grand-mère.

A force d’être bloqué à l’intérieur à cause d’Alzheimer, je pense d’ailleurs très souvent à ce que Glenn Gould disait de l’enfermement qu’il considérait comme un test de sa propre mobilité intérieure.

Je n’ai jamais bien compris ce souci de la liberté tel qu’on l’entend dans le monde occidental” disait-il. “Pour autant que je le sache, la liberté de se déplacer est généralement liée à la mobilité ; et la liberté d’expression le plus souvent à l’agression verbale socialement tolérée. Ainsi, être incarcéré serait le test parfait de sa propre mobilité spirituelle et de la force qui nous permettrait de choisir une option créative pour échapper à la condition humaine”. 


“I’ve never understood the preoccupation with freedom as it’s reckoned in the Western world. So far as I can see, freedom of movement usually has to do with mobility, and freedom of speech most frequently with socially sanctioned verbal agression, and to be incarcerated would be the perfect test of one’s inner mobility and of the strength which would enable one to opt creatively out of the human situation”

Bon, c’est à la fois du Glenn Gould (toujours un peu tiré par les cheveux) et une traduction (merci à Suzan by the way) et donc c’est au total un peu compliqué. Mais, pour avoir testé l’enfermement avec Alzheimer, je crois pouvoir affirmer que c’est assez juste comme test de sa propre mobilité intérieure…

La taille de mon univers
Un surplace de plus en plus immobile…
Immobilité et méditation…
J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?

Pieter Bruegel le Vieux,
Les deux singes enchaînés
Huile sur chêne, 20 x 23 cm
Staatliche Museum, Berlin

Et le piano de Brahms ? oui évidemment !

glenn_Gould_wonder
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Le plus souvent, les gens associent le nom de Glenn Gould à Jean Sebastian Bach (dont je déteste les enregistrements ; c’est sans doute impressionnant sur la plan de la structure aux “rayon X”, mais ça n’a aucun sens musical comme le démontre, dès les premières notes, son Aria des Goldberg…

Ce qu’il a fait de mieux ce n’est pas Bach mais Byrd et Gibbons, les dernières sonates de Haydn, les pièces de Richard Strauss et le piano de Brahms (et encore, je préfère Julius Katchen). Voilà, c’est dit, je ne supporte pas vraiment Glenn Gould.

En tout cas il a dit parfois des choses tout à fait intéressantes – notamment cette phrase que je trouve magnifique :

“The purpose of art is not the release of a momentary ejection of adrenalin, but rather the gradual, lifelong construction of a state of wonder and serenity”.

En français ça donne :

“Le but de l’art n’est pas de libérer une soudaine éjection d’adrénalnine, mais c’est plutôt la construction progressive, sur la durée d’une vie, d’un état d’émerveillement et de sérénité”

C’est beau non ?

Mon Dieu, heureusement que ça existe !
L’émerveillement : pas seulement un court passage entre ignorance et connaissance…

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