Courte averse de printemps…

Cet après-midi rue de Babylone, fine petite pluie de printemps… Dans la vitrine du fleuriste, une assiette avec des poissons rouges peints. Tellement bien peints que je crois bien les avoir vus bouger. Et j’ai pensé à ce haïku de Masaoka Shiki:

L’averse d’été
tambourine
sur la tête des carpes !

Autre giboulée de mars

“C’est bien, il fait encore beau” !

corbeau.jpg
Tous les ans, quand il fait encore beau mais qu’il commence à faire froid et que le ciel devient gris, ma mère dit la même phrase et moi, chaque fois, je l’entends de travers. J’entends : “c’est bien, il fait en corbeau” et pof, je suis dans un tableau de Breughel. Oui, je sais c’est complètement idiot d’entendre corbeau quand on vous dit qu’il fait encore beau et vous devez vous dire que ce blog est totalement débile mais bon, il faut bien que je vous dise les choses essentielles qui arrivent dans ma vie, non ? Et ce corbeau qui revient tous les ans à l’époque de la Toussaint, c’est essentiel dans ma vie. Et donc c’est sur ce blog. Bon, allez, pour que vous ne soyez pas trop déçus, je vous donne aussi ce petit haïku de Bashô :

Le corbeau d’habitude je le hais

mais tout de même… ce matin


sur la neige… !

Quelques haikus
L’étonnante intelligence des corbeaux (conférence de Joshua Klein sur TED ; 10:06 min)
Ceci n’est pas un corbeau !

Petit haïku de saison …

chat_011.jpg

C’est marrant, l’année dernière (comme aujourd’hui le vent était froid et les feuilles commençaient à tomber), j’avais mis ce haïku d’Issa :

Dans le champ près du portail,
Agaçant le chat
Tombent les feuilles mortes

Et ce soir je tombe sur une lettre dans la Correspondance de Rainer-Maria Rilke disant ;

“ce chat que j’ai observé hier boulvard Montparnasse une feuille tombait, le chat commençait à jouer avec, puis il restait assis coquettement, plein d’attente en quétant l’arbre de son rond regard vert pour qu’il lui envoie d’autres feuilles, tout disposé de jouer avec l’automne même”.

J’aime ce “jouer avec l’automne même”…

[R-M. Rilke, lettre du 21 oct 1913, Paris 17 rue Campagne Première)

Et puisque je suis dans l’automne – et les citations – voici ce que dit Cioran dans ses Carnets à la date du 29 octobre 1964 :

“Brouillard légèrement doré, et ces feuilles couleur de cuivre, au Luxembourg. Mais l’automne en moi est plus avancé encore”.

J’aime ce “l’automne en moi est plus avancé encore”… J’ai la même impression.

Nostalgie des temps heureux…

assiette_bestiole.jpg

Quand j’étais petit, pendant les grandes vacances, je me balladais dans les chemins… il y avait d’immenses gerbes dans les champs de blés, des bleuets, des coquelicots… on taillait des branches de noisetiers, ça sentait bon les soirs d’été. On croisait des troupeaux de vaches et de moutons dont les clochettes tintaient. L’air était chaud et plein du crissement des sauterelles et des cigales…Aujourd’hui, [ce post date d’août 2004] je suis à Paris avec maman qui ne dit presque plus rien à cause d’alzheimer, il y a des manifestations dans l’avenue et les seules petites bêtes des champs que je vois sont celles qui se balladent dans les assiettes en porcelaine qu’on utilise tous les soir pour le déjeuner et le dîner… En fait, ça me fait plaisir de les voir : elles me rappellent les soirées d’août où on s’étendait sur le dos dans l’herbe fraîche, un épi entre les dents ; cherchant les étoiles filantes pour faire un voeu… Tous les jours, en quelques secondes, cette minuscule petite bête se promenant sur une assiette m’ouvre sur l’infini : je pense à Rimbaud, je pense aux champs d’orge de Boaz dans la Bible, dans le livre de Ruth… et aussi à ce haïku de Osaki Hôsai :

Sur la pointe d’une herbe
devant l’infini du ciel
une fourmi

Bonheurs…
Je ne voyage pas seulement dans les assiettes mais aussi dans mon plat à oeuf et aussi dans le temps


Quelques bouts de nostalgie

Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Mesurer le temps et sa vie en matins
Nostalgie des temps heureux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier

La libellule de Bashô…

libellule_basho2
.
En coupant des poivrons ce soir dans ma cuisine, j’ai repensé à ce beau haïku de Bashô qui dit :

Une libellule,
arrachez-lui les ailes :
un piment !

Si on inverse, ça donne :

Un piment,
mettez-lui des ailes
libellule !

Dans la Divine Comédie, sur la Porte de l’Enfer, Dante lit l’inscription : “Vous qui entrez, laissez toute espérance”… Si on inverse – comme ma vie depuis quelques temps à cause d’Alzheimer – je lis au-dessus de ma Porte : “Toi qui a laissé toute espérance, tu es entré aux Enfers”. Souvent on apprend les choses par leur contraire. J’apprends pas mal en ce moment. Un peu trop à mon gôut. Je vais essayer de revenir à la libellule de Bashô :

Libellule
Dans tes prunelles :
les montagnes lointaines…

Autres libellules…
Je finirai dans une mare avec quelques libellules
Les verrières libellules du musée d’Orsay

Adieu René et merci pour le trésor japonais !

larme.jpg Dans le Monde de ce soir, j’apprends avec tristesse la mort de René Sieffert. C’est grâce à lui que j’avais découvert l’oeuvre de Bashô, les haïkus, le cycle épique des Taïra, la poésie japonaise… J’avais pourtant fait des études de Lettres mais jamais, à aucun moment, durant tout mon enseignement secondaire, on ne m’avait parlé de Bashô ni fait lire un seul de ses poèmes qui ont pourtant fait basculer ma vie. Ce n’était pas franco-français donc ce n’était pas au programme. Ensuite j’ai fait Philo et jamais, à aucun moment, durant tout mon enseignement supérieur, on ne m’a fait lire une seule page des philosophes asiatiques (Lao-tseu, Tchouang-tseu, Lie-Tseu) qui, eux aussi, ont bouleversé ma vie. Ce n’était pas franco-français donc ce n’était pas non plus au programme de philo. Quand j’y pense maintenant, je me dis que la France est décidément un tout petit pays dirigé par des petits nains de jardin sans curiosité et sans ouverture sur le monde. Fondateur des Publications Orientalistes de France (dont j’achetais avec émerveillement presque tout ce qui sortait), René Sieffert aura fait, dans l’ombre – pour mon bonheur – plus que tous les ministres qui se seront succédés à l’éducation nationale. Adieu René et merci pour le trésor !

Entre autre : Journaux de voyage de Bashô ; Le haïkaï selon Bashô ; L’Ermitage d’illusion, Le Manteau de pluie du singe ; Jours d’hiver ; Le Dit de Hôgen et le Dit de Heiji ; Contes de la pluie et de la lune ; Eloge de l’ombre; Journal de Sarashina ; Journal de Murasaki-shikibu… etc etc…

Petit haïku d’automne…

chat_01.jpg

“Dans le champ près du portail,
Agaçant le chat
Tombent les feuilles mortes”

(Issa)

PS. Oui, je sais, c’est l’automne depuis le 23 septembre mais c’est seulement aujourd’hui – le vent est froid et les feuilles tombent – que j’ai envie de déposer ce petit haiku de saison.
Et comme on m’a dit qu’il fallait que mon blog ne soit pas trop débile, je vous signale qu’aujourd’hui, mercredi 22 octobre, le soleil s’est levé à 6h22 et qu’il s’est couché à 16h47. J’aime bien l’automne, c’est une belle saison, mais 16h47 c’est vraiment un truc qui me tue : on n’a carrément plus le temps de vivre !

%d bloggers like this: