Etre heureux immobile…

Immobilite_planche
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C@t m’envoie ce texte d’Alessandro Baricco qu’elle a collé sur son frigidaire [l’image du baigneur n’a strictement rien à voir, je suis désolé, quoique… enfin bon, un peu tout de même car il y a dans la vie des immobilités qui permettent parfois d’éviter tout simplement de couler] – et trouver une image qui suggère l’immobilité n’est pas facile, essayez ! –

“Tout serait plus simple si on ne t’avait pas inculqué cette histoire d’arriver quelque part, si seulement on t’avait appris, plutôt, à être heureux, en restant immobile.

“Toutes ces histoires à propos de ton propre chemin. Trouver ton chemin. Suivre son chemin. Alors que si ça se trouve on est fait pour vivre sur une place, ou dans un jardin public, là sans bouger, à faire que la vie passe, si ça se trouve on est un carrefour, le monde a besoin qu’on reste là sans bouger, ce serait une catastrophe si on s’en allait, à un moment donné, suivre notre route, mais quelle route ? les autres sont des routes, moi je suis une place, je ne mène à aucun endroit, je suis un endroit”. (Alessandro Baricco)

Dans un monde où la consigne c’est de bouger et surtout – pour les politiques – de s’agiter frénétiquement pour faire croire qu’ils bougent, j’aime effectivement assez cette idée d’immobilité spirituelle et de rester là sans bouger … même poussé parfois jusqu’à ses limites comme dans ce texte que je trouve assez fort où Glenn Gould dit :

“…être incarcéré serait le test parfait de sa propre mobilité spirituelle…”

(Le texte complet de Gould est dans le lien plus bas “autoportrait en petit singe enchaîné”)


Et à propos du baigneur qui fait la planche, c’est vrai que rester immobile évite parfois de couler dans la vie, mais à condition d’avoir confiance . Quand j’étais petit, il y avait des gens de ma famille qui voulaient absolument m’apprendre à faire la planche. Moi je n’en voyais vraiment pas l’intérêt mais, bonne poire, j’essayais de faire l’effort de tenir immobile sur le dos… Mais comme j’avais une pétoche noire, je me raidissais et paf, je buvais la tasse. Le lendemain on recommençait, je n’y croyais pas, me re-raidissais et re-tasse d’eau de mer salée. Jusqu’au jour où, bizarrement, j’y ai cru : et alors magie totale : j’ai flotté ! Bon je vous la fais courte mais en gros ça veut dire que si on n’y crois pas dans la vie, ça ne marche pas. Avoir confiance c’est une très belle chose que les gens peuvent inspirer parfois. Et ça procure le calme intérieur et la paix de l’âme… Magique les gens qui font ça !

Je suis complètement idiot de faire confiance !

Mon autoportrait en petit singe enchaîné…
Un surplace de plus en plus immobile…
Immobilité et méditation…
J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?

Un surplace de plus en plus immobile…

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Des journées entières à protéger maman contre cette sale maladie d’alzheimer que je ne suis pas en mesure d’empêcher… Je me tiens à sa verticale, immobile dans les airs, comme ces oiseaux qui se soutiennent sur place par un très infime et quasi imperceptible mouvement d’aile… Je me rends compte que je deviens tellement immobile à force d’être attentif à la moindre évolution que je ne sais même plus si un jour je pourrai recommencer à battre des ailes comme avant… A quoi auront servi toutes ces journées d’immobilité et toutes ces années d’attention quand les ailes se replieront ? The answer is blowing in the wind comme disait Bob Zimmerman.

Oiseau en vol, peinture de Bill Traylor

J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?
Mon autoportrait en petit singe enchaîné…
Immobilité et méditation…
Quelle est la durée de vie des oiseaux ?

Immobilité et méditation…

buddhabirds3
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Un jour, alors qu’il était assis en méditation au pied d’un arbre, le bouddha Sakyamuni – nommé Sankhãcãrya d’après sa coiffure en forme de conque – était si parfaitement immobile qu’un oiseau déposa ses œufs sur son chignon en forme de conque. Au sortir de sa méditation, identifiant la méprise et afin de ne pas risquer d’effrayer la mère, il forma le vœu et pris la résolution de se replonger en méditation jusqu’au moment où les oisillons seraient en âge de s’envoler…

Sankhãcãrya-avadãna Tumshuq
sculpture, VIe – VIIe s.


Mon autoportrait en petit singe enchaîné…
Un surplace de plus en plus immobile…
J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?

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