Mensonges par omission

S’il n’y avait pas la saucisse dans le hot dog (si je l’avais effacée dans Photoshop par exemple), vous le verriez tout de suite. Et vous diriez : “tiens, c’est bizarre, il n’y a pas de saucisse dans le hot dog”. Et on s’embarquerait dans une discussion sur la partie de droite, vulgaire (la saucisse) qui empêcherait de parler du sujet de gauche, poudré et raffiné : “mais pourquoi diable cette belle élégante du XVIIe siècle fait elle de la pub pour une marque de bière alsacienne ?” –

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Après plusieurs années d’alzheimer, j’ai compris qu’il ne faut surtout pas parler d’alzheimer : ce n’est pas un sujet poudré et élégant. Les gens n’aiment pas les détails parce que ça les ferait descendre aux Enfers et c’est mal éclairé et ça ne sent pas très bon. Dans un blog c’est pareil : il faut uniquement parler de la partie amusante, enjouée, poudrée et élégante, – psychologiquement admissible – de ce qui peux se dire sur la maladie d’alzheimer et ses terribles effets collatéraux. Dire la vérité vraie serait trop lourd – pour moi comme pour les lecteurs qui seraient choqués, baisseraient la tête, fermeraient les yeux et se boucheraient les oreilles : les gens n’aiment pas entendre les choses difficiles à avaler. Ils veulent que ce soit fun. Donc je mens inlassablement dans ce blog – par omission. Je parle “d’alzheimer” bien sûr – je prononce le mot – souvent – mais je n’aborde guère ce que les médecins appellent la “démence sénile”… Pour tout le monde, Alzheimer c’est simplement la perte de la mémoire ou ce qu’on leur montre à la télé dans des émissions grand public : des vieux sympathiques assis sur des fauteuils qu’on distrait avec des cubes ou de la pâte à modeler… Mais la partie cachée de la maladie, tous les effets collatéraux sur l’entourage (by the way l’entourage c’est moi tout seul), faut pas en parler, les gens n’aiment pas les voir. C’est pas drôle, pas poudré ni raffiné.
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Ma chute d’Icare…

La chute d’Icare de Brueghel est une toile étonnante. Outre la pathétique épopée de Dédale et Icare, elle traduit l’indifférence qui isole les hommes. Pendant qu’Icare se casse la figure et coule en agitant les jambes, un laboureur continue à labourer son champ, un berger continue à regarder le ciel, un pêcheur de dos continue à pêcher… On aimerait bien qu’ils abandonnent un moment leur charrue, leurs moutons, leurs poissons pour venir donner un petit coup de main, ou mieux un peu de leur temps…
Mais bon, c’est comme ça : il faut que le grain soit semé, que la vie continue pendant que d’autres disparaissent… Je regardais cette toile en pensant à la maladie d’alzheimer et à l’attitude des gens de ma famille : certains font comme si ils ne voyaient rien, d’autres ignorent délibérément et s’occupent d’autre chose, d’autres se rassurent en assurant qu’ils “pensent à nous”…. C’est sympa, ça de penser et ça ne prend pas trop de temps. Heureusement il y en a qui aident vraiment. Ceux-là savent que je leur en suis infiniment reconnaissant. Je sais maintenant ce que vaut le temps passé, le temps qu’on donne.

La chute d’Icare, 1555 – Pieter Brueghel l’Ancien, (1525/30-1569).
Musée Boymans-van Beuningen, Rotterdam.

Icare voulait voler. J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?

Il faudrait peut-être tuer les producteurs de ces conneries ?

>affiche.jpg C’est marrant mais plus je vois ce que je vois et plus je me dis que ce monde est devenu carrément débile. Mais débile à un point que je ne comprends même plus comment on doit faire pour survivre avec des publicitaires qui vous affichent des conneries de genre. Et en 4×3 en plus ! J’ai honte pour eux. Et honte pour tous ceux qui, à tous les niveaux – chiennes de garde et autres intelllos branchés du même type – se gargarisent de “vigilance” et ne disent rien sur cet effondrement du sens commun …

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