Remettre le nez dehors …

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Au sortir d’une phase sombre, j’aimerais bien pouvoir dire ce qu’écrivait Nikos Kazantazaki dans ses Carnets de voyage à sa sortie d’un temple bouddhiste à Pékin :

“Lorsque je sortis du temple, le soleil était déjà bas dans le ciel qui commençait à se colorer d’or et de vert. Je m’appuyai un moment contre un arbre du jardin pour laisser à ma joie le temps de s’apaiser.

Mon esprit était pareil à un scarabée d’or qui, ayant passé la nuit dans un lys, en sort tout poudré de précieux pollen”.

Chaque fois – même si je la relis pour la dizième fois – cette phrase me procure le même ravissement…

Et dans un autre passage, évoquant la fraîche et mystérieuse mosquée de Cordoue, il écrivait :

“Comment décrire la douce et tranquille émotion que l’on éprouve à se perdre dans la fraîche pénombre ? Les colonnes brillent, on les dirait phosphorescentes.

Le bourdon doit éprouver une joie semblable à la mienne lorsque à midi il pénètre, la tête la première, dans une grande rose”…

J’ai toujours adoré Nikos Kazantzaki

“Toutefois je vous assure” …. etc


Hier au Luxembourg, je relisais des textes de Nikos Kazantzaki qui me bouleversent toujours tellement ils sont beaux… Et je suis tombé sur un passage où, à la fin des années 1920, il visite la Russie communiste en compagnie de Panaït Istrati : Kiev, Leningrad, Vladivostok… et il donne sa recette pour déjouer la propagande des autorités.

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“Et où sont tes ailes d’or, tes sandales rouges, ton glaive ?

– Le premier petit animal qui se présenta à la porte du Paradis fut l’escargot.
Saint Pierre se pencha et le caressa du bout de son bâton :
– “Que viens-tu chercher ici, mon petit escargot ?” lui dit-il ?
L’immortalité répondit l’escargot.
Pierre éclata de rire.
– “L’immortalité ! Et qu’est-ce-que tu en feras, toi, de l’immortalité ?”
Ne ris pas, répliqua l’escargot. Ne suis-je pas une créature de Dieu, moi aussi ? Ne suis-je pas un fils de Dieu, comme l’archange Michel ! Je suis L’ARCHANGE ESCARGOT, voilà !
– “Et où sont tes ailes d’or, tes sandales rouges, ton glaive ?
Ils sont au-dedans de moi. Ils dorment, ils attendent.
– “Qu’attendent-ils donc ?”
Le Grand moment
– “Quel Grand Moment ?”
Celui-ci répondit l’escargot.
Et le temps de dire “celui-ci”, il fît un grand saut et entra dans le Paradis.
Nous sommes les escargots. Au-dedans de nous dorment les ailes et le glaive et, si nous voulons entrer au Paradis, il nous faut faire le saut. Allons, vas-y, mon athlète, saute !”

Le Pauvre d’Assise – 1956 – Nikos Kazantzaki

Un texte de Kazantzaki que je trouve renversant de beauté
Toutefois, je vous assure que…
Parfumer les ragoûts à la Légion d’honneur

Il y a des textes que je trouve renversants

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Dans sa magnifique Lettre du Greco, Nikos Kazantzaki écrit :

“Quand mon pèlerinage fut achevé, je suis resté quelques jours à Boukhara pour me reposer, j’ai senti, après tant de gel inhumain en Sibérie, le soleil bien-aimé tomber sur moi et réchauffer mes os et mon âme. J’étais arrivé un peu avant midi, il faisait très chaud mais on avait arrosé les rues, et l’air sentait le jasmin. Des musulmans, portant des turbans multicolores, étaient assis sous des tonnelles de chaume et sirotaient des sorbets rafraîchissants. Des enfants joufflus, la poitrine découverte,trônant sur des hauts escabeaux, dans les cafés, chantaient de passifs amanés orientaux. J’ai acheté un melon, je me suis assis à l’ombre de la célèbre mosquée de Kok-Kouba, j’ai posé le melon sur mes genoux; j’avais très faim et très soif, je l’ai coupé, tranche par tranche, et je me suis mis à manger; son parfum, sa douceur, arrivaient jusqu’à la moelle de mes os. J’étais comme une rose de Jéricho fanée; je m’étais plongé dans la fraîcheur du melon, j’avais ressuscité. Une fillette est passée, qui devait avoir sept ans; son dos était couvert d’une foule de tresses minuscules et à chaque tresse pendait un coquillage ou une pierre bleue, ou un croissant de bronze pour chasser le mauvais oeil; et tandis qu’elle passait devant moi ses hanches se balançaient comme celles d’une femme adulte et l’air a embaumé le musc. A midi le muezzin est monté sur le minaret qui me faisait face; il avait une barbe toute blanche, un turban vert; il a posé la paume de ses mains sur ses oreilles et s’est mis, en regardant le ciel, à appeler les fidèles à la prière; et tandis qu’il criait, une cigogne a plané dans l’air embrasé et est venue se poser, sur un pied, au sommet du minaret. J’ouvrais les oreilles et j’écoutais, ouvrais les yeux et regardait. Je savourais le fruit très doux et parfumé, j’étais heureux. J’ai fermé les yeux; mais j’ai craint de tomber dans le sommeil et de perdre tout ce bonheur, je les ai rouvert…(…)

Moi, que voulez vous, des textes comme ça, ça me renverse !

Toutefois, je vous assure que…
Parfumer les ragoûts à la Légion d’honneur
L’escargot archange

“Ma tête était une mappemonde et un canari assis sur le sommet de ma tête chantait !”

“Je devais avoir quatre ans lorsque, un jour de Nouvel An, mon père m’offrit un canari et une mappemonde comme cadeau de bonne année. Après avoir soigneusement refermé les portes et les fenêtres de ma chambre à coucher, j’ouvrais grand la cage et laissais le canari voler librement… Il avait pris l’habitude de s’asseoir au sommet du globe et chantait pendant des heures et des heures pendant que je l’écoutais en retenant mon souffle… Je pense que cet événement extrêmement simple a influencé ma vie bien davantage que tous les livres et tous les gens que j’ai été amené à rencontrer ultérieurement. Parcourant inlassablement le monde pendant des années, accueillant tout et renonçant à tout, j’ai senti que ma tête était une mappemonde et qu’un canari était perché au sommet de ma pensée et chantait”.
Nikos Kazantzaki

Un texte de Kazantzaki que je trouve renversant de beauté
Toutefois, je vous assure que…
Parfumer les ragoûts à la Légion d’honneur
L’escargot archange

Le canari de Milosz s’est envolé !

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