Le Français : un immense feuilleté de langues empilées au fil des siècles

arbre_lignes_litterature

.
Il y a des trucs auxquels on est tellement habitués qu’on n’y pense même plus. Par exemple la langue française. Celle des politiques, des médias et des jeunes s’est tellement appauvrie qu’on à complètement oublié sa richesse stupéfiante, faite d’un empilements de couches et de couches de lexiques et de syntaxes différents.

C’est en écoutant Cécile Guilbert interrogée par Laure Adler que ça m’a frappé et que je me suis dit qu’on avait de la chance de vivre sur cet immense feuilleté de langues . Voici ce qu’elle disait — qui est banal, je sais, mais m’a frappé :
Continue reading

L’Anglais est atomique – le Français est moléculaire

serresMichel

.
Grâce à Michel Serres, et à une conférence qu’il a donnée à l’Ecole Normale Sup’, je viens enfin de comprendre pourquoi on se trompe complètement en pensant que la rupture de la syntaxe et la création de nouveaux mots (le rap, le verlan, etc.) prouvent que le français ne se porte pas si mal, alors qu’il est en train de rendre l’âme. C’est que le français n’est pas une langue de mots et qu’en cassant la syntaxe, les jeunes comme on dit maintenant, sont en train de tout simlement tuer la langue et donc ce qui a construit la civilisation française.

Voilà ce que dit Michel Serres :

“Racine utilisait très peu de mots. Pourquoi ? parce que la langue française n’est pas une langue de mots.

L’anglais est une langue atomique : l’essentiel de l’anglais c’est le mot. L’essentiel, l’unité de sens de l’anglais, c’est le mot. L’unité de sens du français n’est pas le mot. L’unité de sens du français c’est la phrase, la proposition. Et par conséquent avec très peu de mots, Racine utilise des propositions extraordinairement souples, raffinées, nombreuses et sophistiquées ; de telle sorte qu’il parle un français d’une richesse exceptionnelle.

Le français est une langue moléculaire : elle associe des atomes. Ceux qui savent l’allemand savent que le choix de l’allemand – le choix de l’unité de sens de l’allemand – est juste au milieu entre l’anglais et le français ; c’est à dire que l’allemand adore coller des mots ensembles pour en faire une unité un peu plus compacte, c’est à dire des mots composés. L’allemand choisit comme unité de sens non pas l’atome, non pas la proposition, mais le milieu entre l’un et l’autre.

Et donc l’originalité d’une langue n’est pas forcément dans la sémantique. Quand on pose la question “quelle langue parlons-nous ?”, ou “combien de mots parlons-nous”, on oublie cette idée profonde que le génie du français, l’unité du sens du français n’est pas forcément dans la prolifération du vocabulaire.

Et lorsqu’à l’Académie Française nous faisons le Dictionnaire, je rouspète régulièrement en disant : “nous ne nous occupons pas de la langue Française !”. La langue française est grammairienne, elle n’est pas sémantique. La langue française n’est pas dans les mots, elle est dans les phrases. Par conséquent la syntaxe est plus importante pour nous que la sémantique”.

(Extraits d’une conférence de Michel Serres à Normale Sup’)

Quelle est la plus belle phrase de la langue française ?

Quelle est la plus belle phrase de la langue française ?

ormesson.jpg Avant-hier, chez Drucker, Jean d’Ormesson racontait qu’un jour à Apostrophes, Bernard Pivot demanda à Jean Dutour quelle était la plus belle phrase de la langue française.
Et Dutour de répondre, “oh, ça doit être : “c’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Amilcar”
Épatant, lance Bernard Pivot et, se tournant vers Hector Bianchiotti : “vous trouvez ça beau, n’est ce pas ?” Et Bianchiotti, qui est un être exquis, répond en roulant les r : “C’est horrrriiible !” Mais, insiste Pivot, pour vous, alors.. ? quelle est la plus belle phrase de la langue française ? Et Bianchiotto répond : “je crrrrrois que c’est : le fond de l’airrrrr est frrrais..”

je viens de mettre la vidéo là, sur Vimeo, comme ça c’est encore plus simple

Je me demande du coup quelle serait pour moi la phrase la plus belle de la langue française ? J’ai souvent entendu dire que c’était “Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon coeur”. (Racine, Phèdre, Acte IV, scène 2). Je ne sais vraiment pas; je vais y réfléchir.


Autres minuscules bouts de ciels …
L’art quand il nous tombe directement du ciel
Qu’est ce qui nous ouvre le ciel
A riveder le stelle…
Il faut que le hasard renverse la fourmi…
Le ciel dans le caniveau
Penser à mettre le ciel dans une enveloppe
J’aime les nuages qui passent
“C’était à Mégara, faubourg de Carthage”

Racine – Phèdre – Acte IV – SCENE II

THESEE, HIPPOLYTE

THESEE – Ah ! le voici. Grands Dieux ! à ce noble maintien
Quel oeil ne serait pas trompé comme le mien ?
Faut-il que sur le front d’un profane adultère
Continue reading

%d bloggers like this: