La différence entre la pluie et la neige…

ideogrammes
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Oui, je sais, il fait un soleil magnifique aujourd’hui ; mais je poste tout de même ce petit texte car si je ne le fais pas, d’ici cet automne j’aurai complètement oublié.

A gauche, l’idéogramme chinois représentant la pluie : des gouttes (les quatre petites virgules) tombant de la voûte céleste (le “U” renversé traversé d’un “T” qui indique le mouvement vers le bas.

Comme la pluie, la neige tombe également du ciel. Mais à la différence de celle-ci, la neige a une particularité qui enchante les enfants : on peut prendre les flocons/gouttes avec les mains et en faire des boules de neige.

C’est la raison pour laquelle l’idéogramme neige (xué), s’écrit avec le signe de la pluie, simplement particularisée avec une des formes du signe de la main. C’est beau non ? En tout cas moi je trouve cela magnifique ! Je vois les enfants se lancer les boules de neige avec leurs moufles rouges, mais bon, j’ai beaucoup d’imagination :-).

Tous les textes que je poste ici sur les idéogrammes chinois sont tirés du livre passionnant de Cyrille J.-D. Javary, “100 mots pour comprendre les Chinois“, chez Albin Michel, 16 euros.

Je dois avoir une boussole chinoise dans le coeur
Cadeau de mariage occidental ou liasses de billets chinoises

Cadeau de mariage occidental ou liasses de billets chinoises ?


Je continue à lire Cyrille Javary où j’apprends vraiment plein de choses. Notamment sur la forme que prend, en Chine, la coutume universelle du cadeau de mariage. Et que je vous copie-colle ici pour vous en faire profiter. “On n’offre pas un cadeau choisi sur une liste de mariage mais on offre une importante somme d’argent. Et ce cadeau n’est pas transmis discrètement sous forme d’un chèque glissé dans une enveloppe, mais remis directement lors du banquet de noces. Cela se passe d’une manière tout à fait ouverte et conviviale : entrant dans la salle de banquet, les invités se présentent à une table derrière laquelle sont assises trois personnes à qui ils remettent leur cadeau en liasses de billets les plus neufs possible. Une première personne compte les billets, puis en annonce à haute voix le montant qui est soigneusement noté sur un véritable livre d’or par la deuxième personne pendant que la liasse est recomptée par la troisième, et l’on passe à l’invité suivant. Etonnant usage, impensable en Occident où domine plutôt l’habitude de traiter l’argent avec une discrétion qui peut aller jusqu’à l’hypocrisie.
Les Chinois s’étonnent de notre étonnement. Ils pensent qu’il n’y a rien à cacher quand on investit dans les générations futures et que c’est une bonne chose qu’un jeune couple puisse disposer d’une somme d’argent permettant de démarrer dans la vie”.

Cyrille J.-D. Javary, “100 mots pour comprendre les Chinois“, Albin Michel, 16 euros.

Pourquoi la boussole chinoise n’indique-t-elle pas le nord ?
La différence entre la pluie et la neige

Je dois avoir une boussole chinoise dans le coeur

Pourquoi la boussole chinoise indique-t-elle le sud et non pas le nord ? Je suis en train de lire le sinologue Cyrille J.-D. Javary et sa réponse que je vous copie-colle ici est évidemment que “les boussoles n’indiquent ni le nord ni le sud car leurs aiguilles ne font rien d’autre que se placer parallèlement au flux magnétique terrestre qui court d’un pôle à l’autre. Ce ne sont donc pas les lois de la physique qui décident de valoriser l’une ou l’autre direction, mais les choix de la culture. La civilisation européenne a choisi de privilégier le nord, sans doute à cause des premiers navigateurs à qui le repère de l’étoile Polaire était familier. Mais pour les Chinois, le nord est la direction à laquelle il est préférable de tourner le dos; le sud, en revanche celle vers laquelle il est souhaitable de se diriger et d’installer la grande porte de sa maison”.

Que fait-on quand on a perdu le nord comme moi ? On rêve évidemment de filer dans le sud au soleil pour y installer la grande porte de sa maison. Je dois avoir une boussole chinoise dans le coeur !

Filer dans le sud avec les cigognes
Au Nord de l’Avenir…

Au-dessus de l’image de Owain Kirby, les trois idéogrammes de la boussole (zhi nan zhen) signifient littéralement l’aiguille (zhen) indiquant (zhî) le sud (nan)

“… Une langue au nord de l’avenir”…

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Dans un mail, ce matin, Muriel évoque Appelfeld, Nelly Sachs, Rose Aulander, la Bucovine et Czernowitz la ville natale de Célan…
Tout à coup la phrase “au nord de l’avenir” me revient en tête, obsédante. Je l’avais entendue à l’époque dans la bouche de George Steiner :

“… je suis à la gare de Francfort entre deux trains. Dans un kiosque, un livre m’intrigue. J’ouvre et – première phrase – je lis: “Une langue au nord de l’avenir”
J’eus un choc quasi physique et j’ai presque raté mon train. Cette phrase a changé ma vie. J’ai su qu’il y avait là une immensité qui allait entrer dans ma vie. Ce fût ma première rencontre avec l’oeuvre de Paul Celan”.

“Une langue au nord de l’avenir” …

la phrase est magnifique en effet ; et je la comprends d’autant mieux en ce moment que ma langue – et ma vie également – sont quelque part “…au nord de l’avenir”... Le choc existentiel, quasi physique de Steiner eut lieu à gare de Francfort ; J’ai regardé par la fenêtre du train le nom de ma gare : il y avait marqué en grosses lettres Alzheimer.

IN DEN FLÜßEN nördlich der Zukunft

werf ich das Netz aus, das du

zögernd beschwerst

mit von Steinen geschriebenen

Schatten.

J’avais parlé à l’époque (post de décembre 2003) du petit lapsus de George Steiner

Quelle est la plus belle phrase de la langue française ?

ormesson.jpg Avant-hier, chez Drucker, Jean d’Ormesson racontait qu’un jour à Apostrophes, Bernard Pivot demanda à Jean Dutour quelle était la plus belle phrase de la langue française.
Et Dutour de répondre, “oh, ça doit être : “c’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Amilcar”
Épatant, lance Bernard Pivot et, se tournant vers Hector Bianchiotti : “vous trouvez ça beau, n’est ce pas ?” Et Bianchiotti, qui est un être exquis, répond en roulant les r : “C’est horrrriiible !” Mais, insiste Pivot, pour vous, alors.. ? quelle est la plus belle phrase de la langue française ? Et Bianchiotto répond : “je crrrrrois que c’est : le fond de l’airrrrr est frrrais..”

je viens de mettre la vidéo là, sur Vimeo, comme ça c’est encore plus simple

Je me demande du coup quelle serait pour moi la phrase la plus belle de la langue française ? J’ai souvent entendu dire que c’était “Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon coeur”. (Racine, Phèdre, Acte IV, scène 2). Je ne sais vraiment pas; je vais y réfléchir.


Autres minuscules bouts de ciels …
L’art quand il nous tombe directement du ciel
Qu’est ce qui nous ouvre le ciel
A riveder le stelle…
Il faut que le hasard renverse la fourmi…
Le ciel dans le caniveau
Penser à mettre le ciel dans une enveloppe
J’aime les nuages qui passent
“C’était à Mégara, faubourg de Carthage”

Racine – Phèdre – Acte IV – SCENE II

THESEE, HIPPOLYTE

THESEE – Ah ! le voici. Grands Dieux ! à ce noble maintien
Quel oeil ne serait pas trompé comme le mien ?
Faut-il que sur le front d’un profane adultère
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Une langue au nord de l’avenir…

celan.jpg Interrogé par Laure Adler sur France-Culture, George Steiner raconte : “… je suis à la gare de Francfort entre deux trains. Dans un kiosque, un livre m’intrigue. J’ouvre et – première phrase – je lis: “Une langue au nord de l’avenir”... J’eus un choc quasi physique et j’ai presque raté mon train. Cette phrase a changé ma vie. J’ai su qu’il y avait là une immensité qui allait entrer dans ma vie. Ce fût ma première rencontre avec l’oeuvre de Paul Celan”.

“Une langue au nord de l’avenir” ... est en effet une phrase magnifique mais le problème est que Paul Celan ne l’a pas vraiment écrite et que laure Adler ne relève même pas. Le texte exact est: “Dans les fleuves, au nord de l’avenir, je ne jette le filet qu’avec hésitation”.

IN DEN FLÜßEN nördlich der Zukunft
werf ich das Netz aus, das du
zögernd beschwerst
mit von Steinen geschriebenen
Schatten.

Vous me connaissez, j’ai aussitôt envoyé un petit mot à GS. pour attirer son attention sur ce petit lapsus littéraire. Je n’attendais évidemment pas de réponse et pof, contre toute attente, hier, par retour de courrier, un mot charmant dans ma boite disant mea culpa. Vraiment sympa pour ce grand professeur d’université de répondre gentiment comme ça à l’inconnu que je suis. Sur une super belle vieille machine à écrire en plus.

Aussi ici

“Ah madame, vaut mieux être sourd que d’entendre ça !”

an-sourds.jpg Quand il fait froid et que j’ai besoin de m’échauffer le cerveau, je vais dans le bureau de Danièle C. [oui ce post date de 2003 mais rien n’a changé] écouter les retransmissions en direct de l’Assemblée nationale. Et je suis toujours frappé par la petite dame en bas à droite de l’écran qui traduit dans le langage des signes pour les malentendants.

Dans la rhétorique politique, il y a beaucoup de subtilités: par exemple on ne dit pas “chômeur” mais “demandeur d’emploi” ; on ne dit pas qu’on est en “récession” mais qu’on “enregistre une croissance négative“… Selon qu’on l’approuve ou pas, on ne dit pas “voile” islamique mais “foulard” … etc.

Donc je me demande bien ce que peut raconter la petite dame qui traduit pour les sourds avec juste ses dix doigts ! Un de ces jours, je me ferai traduire ce qu’elle dit et on découvrira peut-être que c’est cette petite dame de rien du tout qui, avec ses mauvaises traductions, fait basculer l’opinion politique et les élections ! (la pauvre ne doit pas arriver à faire la différence entre chômeur et demandeur d’emploi !

D’ailleurs il n’y a pas que les malentendants en France: si on fait le cumul des sourds qui ne veulent rien entendre, des autruches qui ne veulent rien voir et des débiles qui ne pigent n’importe comment rien à part le loto et les courses, ça fait pas mal de gens qui ne comprennent carrément plus rien à ce qui se passe. J’vais apprendre le langage des signes !

Quelques petits bouts de silence, en vrac… Continue reading

Nonante-cube et nique ta mère…

933.gif Avant ils disaient “Seine-Saint-Denis” et puis ils ont dit “le quatre-vingt-treize” et puis ils ont dit “le neuf-trois” et maintenant – si je suis bien renseigné – ils disent “le neuf cube”… Demain je ne sais pas comment ils vont dire mais ma copine suisse qui habite Genève (et n’est donc pas très au fait des parlers locaux – pardon, de l’ensemble des occurences sémiotiques enregistrées au sein de ce domaine linguistique) – ma copine donc dit “nonente-trois”… Je vais lui dire qu’il faut maintenant dire : “nonante cube !”

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