“Aimer son prochain comme soi même”…

tibetanbook.jpg Ce matin sur France-Culture, deux professeurs blablatent sur le suicide et l’amour du prochain. Et une fois encore je me rends compte que – décidément – je pense différemment sur ce fameux commandement biblique : “tu aimeras ton prochain comme toi même” . J’explique : tout le monde fait ce raisonnement que je ne partage pas : “puisqu’il faut aimer son prochain comme soi-même, il faut donc d’abord s’aimer soi-même ! sinon on n’aime pas bien l’autre”. Et la conséquence de ce raisonnement idiot – c’est ce que j’entends tout le temps dans les temples, églises, sur KTO et autres radios chrétiennes : qu’il n’y a pas de mal à entretenir sa fixation égocentrique et à enfler son amour de soi – bien au contraire – puisqu’on aimera ainsi l’autre d’autant plus qu’on s’aimera soi-même davantage !). Bon, pour moi c’est exactement l’inverse : ce n’est pas “aimer comme soi-même” qui sont les mots importants du commandement, c’est “l’autre-comme-soi-même”.
L’autre-comme-soi-même c’est très différent et c’est une pratique très connue du bouddhisme tibétain qui s’intitule Tonglen. Autrement plus bénéfique et qui nous mène beaucoup plus loin que le contresens à l’infini fait sur “tu aimeras comme toi-même ton prochain” !

Pour ceux que Tonglen intéresse, je recopie ici ce qu’écrit Sogyal Rinpoche dans Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort.

– se considérer comme identique à autrui
Un moyen puissant d’éveiller la compassion est de considérer l’autre comme étant en tout point identique à soi-même. “Après tout, explique le Dalaï-Lama, tous les êtres humains sont semblables, faits de chair, de sang et d’os. Nous voulons tous le bonheur et voulons éviter la souffrance. De plus, nous avons tous un droit égal au bonheur. En d’autres termes, il est important de réaliser qu’en tant qu’êtres humains, nous sommes tous semblables”.

– se mettre à la place d’autrui
Lorsqu’une personne souffre et que vous ne savez absolument pas comment l’aider, mettez-vous sans hésiter à sa place. Imaginez aussi précisément que possible ce que vous ressentiriez si vous subissiez la même souffrance. Demandez-vous : “Comment me sentirais-je ? Quelle attitude voudrais-je que mes amis aient envers moi ? Qu’attendrais-je d’eux par-dessus tout?
Lorsque vous vous mettez ainsi à la place d’autrui, vous transférez directement l’objet habituel de vos préoccupations – vous-même – sur un autre être. Vous mettre à la place de l’autre et un moyen très puissant de desserrer l’emprise qu’on sur vous fixation égocentrique et amour de soi immodéré, et de libérer ainsi le coeur de votre compassion”.

Voilà qui nous mène beaucoup plus loin que l’incompris “tu aimeras comme toi-même ton prochain” !

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