“Il faut qu’à tout instant l’énergie émise par chaque particule soit réverbérée sur toute la masse“.

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Ce très beau texte de Julien Gracq :

“Voilà l’idée que je me fais, à la limite, d’un roman porté à son ultime degré d’excellence : la marge de blanc qui cerne chaque page imprimée devrait y jouer le même rôle qu’un mur circulaire qui renverrait et répercuterait à mesure sur tout le contenu de l’ouvrage réanimé par lui l’écho indéfiniment prolongé de chaque ligne à mesure qu’elle est lue.

Tout livre digne de ce nom, s’il fonctionne réellement, fonctionne en enceinte fermée , et sa vertu éminente est de récupérer et de se réincorporer — modifiées — toutes les énergies qu’il libère, de recevoir en retour, réfléchies, toutes les ondes qu’il émet. C’est là sa différence avec la vie, incomparablement plus riche et plus variée, mais où la règle est le rayonnement et la dispersion stérile dans l’illimité. Espace clos du livre : restreint, c’est la clé de sa faiblesse. Mais aussi étanche : c’est le secret de son efficacité. Le préfixe auto est le mot-clé, toujours, dès qu’on cherche à serrer de plus près la “magie“ romanesque : auto-régulation, auto-fécondation, auto-réanimation. Il faut qu’à tout instant l’énergie émise par chaque particule soit réverbérée sur toute la masse“.

Julien Gracq, Lettrines 2. José Corti ed.

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