Mahler-Bernstein : un profond choc spirituel

mahler_bernstein.jpg Encore un cadeau inoubliable de Lydie et Enes ; et encore une révélation et un immense bonheur que “The Little Drummer Boy” – An Essay on Gustav Mahler by and with Leonard Bernstein. Le DVD de la BBC date de 1985 et j’ai donc encore plus de vingt ans de retard ! Il est impossible d’écrire quoi que ce soit tellement cet essai de Bernstein est beau, riche et sensible. Pas seulement captivant et passionnant, ce qui serait déjà pas mal mais bouleversant et, pour moi, un quasi choc spirituel. Bernstein fait, avec beaucoup d’intelligence et de délicatesse, une psychanalyse passionnée de la musique de Mahler et révèle, partition à l’appui – des premiers lieder du Wunderhorn au cycle du Chant de la Terre – le refoulement, profondément enfoui dans ses symphonies, de la sensibilité juive de Mahler, ainsi que les tensions et le conflit de toute une vie entre le judaïsme et le christianisme. Dit comme cela, ça paraît sans doute idiot (je ne suis pas très bon, vous le voyez, dans la critique de disque). Mais faites confiance à Bernstein : c’est beaucoup plus subtil, profond et magnifique que je ne le dis avec mes pauvres mots. Et puis il y a les voix inoubliables de Janet Baker, Christa Ludwig, Lucia Popp, Edith Mathis… Rarement j’ai été boulversé et ému à ce point par un dvd. J’espère que vous le serez aussi – si vous aimez Mahler évidemment.

Le DVD à la FNAC

Gustav Mahler (Wikipedia)

Leonard Berstein (Wikipedia)

Presque le Paradis

Sur Radio classique, ils viennent de passer Kathleen Ferrier dans le quatrième des Rückert-Lieder de Mahler – Ich bin der Welt abhanden gekommen… Voix totalement déchirante, étonnante paix métaphysique… Je déprime en ce moment, c’est clair.

kathleenferrier.jpg

Ich bin der Welt abhangen gekommen,
mir der ich sonst viele Zeit verdorben,
sie hat so lange nichts von mir vernommen,
sie mag wohl glauben, ich sei gestorben !
Es ist mir auch gar nichts daran gelegen,
ob sie mich für gestorben hält,
ich kann auch gar nichts sagen dagegen,
denn wirklich bin ich gestorben der Welt.
Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,
und ruh in einem stillen Gebiet.
Ich leb allein in meinem Himmel
in meinem Lieben, in meinem Lied.

—
[Me voilà coupé du monde dans lequel je n’ai que trop perdu mon temps; il n’a depuis longtemps plus rien entendu de moi, il peut bien croire que je suis mort ! Et peu importe, à vrai dire, si je passe pour mort à ses yeux. Et je n’ai rien à y redire, car il est vrai que je suis mort au monde et à son tumulte et je repose dans un coin tranquille. Je vis solitaire dans mon ciel, dans mon amour, dans mon chant].

La beauté de l’univers et l’abstraction musicale

>mahler.jpg Plus ça va et plus je m’aperçois que m’extasie sans jamais me lasser devant la beauté de l’univers, des saisons, des ciels, de la lumière, des arbres, des fleurs, des oiseaux etc… et aussi de la musique (quand les compositeurs y ont mis ce qu’il y avait de plus beau dans la Création. Les autres auraient mieux fait de s’abstenir de jeter des notes inutiles sur une partition). Tiens, ça me fait penser à ce chef d’orchestre dont j’ai oublié le nom qui, montant un jour dans le chalet que Gustav Malher avait dans la montagne au-dessus de Vienne, s’extasiait devant la pureté du ciel, la couleur des gentianes et la fraicheur des cloches des vaches dans l’air argenté… et s’était entendu répondre par Malher avec une impatience bougonne: “Mais, bon sang, dépéchez-vous donc Walter (tiens voilà son nom me revient, c’était le grand chef Bruno Walter), ne perdez donc pas votre temps à regarder la nature, j’ai tout mis dans ma musique ! Allez, venez, dépéchez-vous nous avons à travailler”. J’adore qu’on parle comme ça.

Gustav Mahler (1860-1911), à l’époque où il dirgeait l’Opéra Royal de Vienne

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