Parfois j’ai une chance folle…

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En me promenant le long des quais, tout à l’heure, j’ai déniché un vieux livre de Nicolas Bouvier dans lequel j’ai trouvé cette belle photo que je ne connaissais pas (prise à Tokyo en 1966) et que je trouve tout simplement magnifique. J’ai toujours adoré Bouvier — dont je crois avoir lu tout ce qu’il a pu écrire et que je place très haut dans mon cœur — et donc je suis sans doute un peu partial… Mais bon, déjà voir des flocons de neige me fait du bien… Voilà, c’est tout ce que j’avais à dire dans ce billet. Parfois je n’ai pas de chance, et parfois il y a des petits moments de grâce comme celui-là… Continue reading

Percevoir la polyphonie du monde…

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Je relisais ceci dans Routes et Déroutes de Nicolas Bouvier :

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Je crois que le but principal de l’existence — qui est le projet des bons moines dans le bouddhisme zen, mais il n’y a pas besoin d’être bouddhiste ou zen pour sentir ce besoin-là — est de percevoir la polyphonie du monde autant que son impermanence. Ce sont des moments de totalité, où les choses entrent en résonnance…

j’ai le sentiment que le monde est fait d’éléments différents — la lumière, les couleurs, une musique qui vient de près ou de loin, une odeur qui monte d’une cuisine, une présence ou une absence, un silence — et que tous ces éléments conspirent pour créer des monades harmoniques.

Le monde est constament polyphonique alors que nous n’en avons, par carence ou paresse, qu’une lecture monodique. Et il y a des moments, soit par fatigue, soit par sentiment amoureux, soit parce que — je n’en suis pas cerrtain mais je l’espère vivement — la mort est imminente ou qu’on a pris du peyotl ou de la mescaline, où tout d’un coup on perçoit toutes ces harmoniques. C’est à dire qu’on entend toutes les voix de la partition au lieu de n’en entendre qu’une, comme à l’accoutumée, parce qu’on vit dans un temps linéaire, qu’on a un passé, un avenir, qu’on fait des projets, ce qui distrait de l’instant présent. Tandis que les Japonais, avec leurs haïkus de dix-sept syllabes excellent à saisir justement cette convergence : “une grenouille plonge dans le vieil étang, ploc”. Et c’est un moment de la vie qui passe. Le haïku est, philosophiquement, l’opposé et l’antidote du projet.”

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Les mains de Nicolas Bouvier
Mes haïkus préférés

Les pieds – et les mains – de Nicolas Bouvier

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En cherchant autre chose sur ma bibliothèque tout à l’heure, je suis retombé sur ce vieux livre édité il y a un demi-siècle chez Payot avec cette magnifique et inoubliable illustration de Françoise Pochon-Emmery… J’avais complètement oublié que Nicolas Bouvier ne parlait pas seulement de ses pieds (un pied dans le soleil et un pied dans la lune c’est une belle image pour un grand voyageur) mais également de ses mains :
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Je dois avoir l’âme Suisse…

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Un commentaire d’Eudes sur un de mes derniers posts (“ Mesurer sa vie en matins“) me fait penser que je dois avoir l’âme suisse.

Je n’aime pas seulement C.F. Ramuz mais aussi Gustave Roud. Nicolas Bouvier et Ella Maillart. Et Blaise Cendrars et Charles-Albert Cingria. Et Maurice Chappaz et Philippe Jaccottet. Et Jean-Luc Godard (mais pas Le Corbusier). Et René Groebli, et Max Miedinger et Eduard Hoffmann et Maria Stader…

En fait, comme sur le couteau de l’armée suisse, je trouve en suisse tout ce que j’aime et dont j’ai besoin : tous ces écrivains évidemment, tous ces inventeurs (de typos que j’utilise tout le temps en particulier) mais aussi de l’air pur, des cîmes enneigées, des lacs de montagne, des alpages où tintent les sonnailles, des gentianes fraîches et bleues, des mazots noirs, des trolles* jaunes, des alpenhorns, des jodel, des fondues valaisanes, le Rans des vaches, la fête des vignerons, des petits villages vivant au ralenti. Du chocolat, beaucoup de chocolat. Et des vaches, beaucoup de vaches.

A l’ombre du Mechthal, à l’ombre du Mont-Rose,
Le Suisse trait sa vache, et vit paisiblement”

Victor Hugo

* le trolle dont je parle n’est pas la créature de la mythologie nordique mais une sorte de gros bouton d’or qui pousse dans les Alpes entre mai et juillet. Je ne sais pas pourquoi je les ai toujours bien aimés… Peut-être parce qu’ils poussent dans les alpages, tout là-haut où l’air est encore pur et où le crétinisme des vallées ne monte pas. Ceci est un troll :
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