Le rouge-gorge de Milosz frappe à la fenêtre gelée…

Deux phrases trottent dans ma tête en ce moment. Similitude ?

La première de Oscar Vladislas de Lubicz Milosz :

Si l’impossible attendu si longtemps

Frappait à la fenêtre, comme le rouge-gorge au coeur gelé,
Qui donc se lèverait ici pour lui ouvrir ?”

et la seconde de Rainer-Maria Rilke :

Si je criais,
qui donc entendrait mon cri parmi les hiérarchies des anges ?”

Wer wenn ich schriee…
Le poème de Milosz en entier
Le canari de Milosz
Le canari de Kazantzaki


Oui, je sais, l’image et la phrase de Milosz ne sont pas vraiment de saison mais peu importe : toutes les saisons sont belles !

Le canari de Milosz s’est envolé !

Il y a des soirs, comme ce soir, quand les choses deviennent particulièrement intenables, où je sens qu’il va m’arriver quelque chose comme une crise d’apoplexie ou une crise cardiaque ou une crise de nerfs, en tout cas une crise. Quelque chose dans le genre de ce qui est arrivé au grand poète et ami des oiseaux, Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz : le 2 mars 1939, juste avant que n’éclate la guerre mondiale qu’il pressentait, il s’effondrait mortellement après s’être fâché contre son canari qui ne voulait pas rentrer dans sa cage. Le médecin concluera à une embolie.
Mon canari à moi, c’était la paix de l’âme. Et je n’arrive plus à le faire rentrer dans sa cage. Et sa cage, voyez-vous, c’était ma tête. On verra les conclusions du médecin légiste. [mais bon, n’appelez quand même pas la police.Le café ne fait plus d’effet; je vais me coucher et m’occuperai du canari demain

Nikos Kazantzaki aussi avait un canari sur la tête !
/
.
Autres oiseaux…
Des ailes pour planer au-dessus de la vie
Mes petites soeurs les hirondelles
Milosz ne parlait pas seulement aux oiseaux ; il leur chantait du Wagner !
Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard
Les autruches sont des oiseaux politiquement très avancés
L’oiseau qui avait lu Cioran
Le canari de Milosz s’est envolé !
Un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires

Les paroles sont comme des oeufs…

C’est clair, il faut absolument que je m’arrête de me bourrer de chocolats du matin au soir. Mais, pour pousser à la consommation, ils mettent dans les papillottes des petits textes qui sont parfois très beaux et même assez justes : avant hier je tapais un texte sur ce blog, l’oiseau s’est envolé et pof, une réponse m’est revenue d’un blogger dans l’océan indien. Les paroles ont donc bien des ailes : elles sont comme les oiseaux de l’avenue sous mes fenêtres : ils se posent, font plier légèrement la branche et s’envolent à nouveau. Et ça fait “ding” dans ma messagerie (pas les oiseaux mais les commentaires sur mon blog). C’est marrant la technologie. Le problème avec les papillottes c’est que ça donne envie de continuer à manger lire

Autre papillotte

Entre le rêve et la réalité : quelques millimètres à peine

oiseau_oeillet.jpg

Je ne dis pas que je m’attendais vraiment à ce que l’oiseau sorte de l’image et saute sur la fleur que je lui tendais… Mais bon, j’ai tout de même attendu un long moment. Juste au cas où ! Et le plus drôle est que s’il s’était vraiment envolé pour venir sur ma fleur, je n’aurais pas été vraiment surpris. Mais peut-être je fatigue grave à cause d’Alzheimer… Ou bien l’oiseau a vu que c’était un oeillet ? La prochaine fois j’essayerai avec un bouton de rose :-)

L’oiseau qui avait lu Cioran

oiseau_chaise_02_cut.jpg

Bon c’est vrai je déprime un peu en ce moment. Et en tombant sur ce dessin que j’aime bien, je me suis demandé un instant si ce n’était pas après que je sois tombé définitivement de ma chaise, ou de mon blog … Et il ne resterait en vie que l’oiseau qui dirait…. qui dirait quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas trop parce que je ne trouve que des phrases d’oiseaux qui auraient lu Cioran ou des haikus japonais, ou qui auraient suivi les enseignements de bouddhistes tibétains, ou partagé un jour l’appartement de Woody Allen… J’ai bien en tête une liste de phrases qu’il pourrait dire (s’il avait lu ce que j’ai lu bien sûr) mais je ne sais pas laquelle. Alors les voilà en vrac :

– …il est évident qu’ici bas je ne suis pas dans mon élément (Cioran)

– …de temps en temps les nuages me reposent de tant regarder la lune (Bashô)

– …Tchip tirlouit tchioupch tirlit tirlouit…

– …Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles… (Rilke)

– …Le voleur a tout emporté, sauf la lune, qui était à ma fenêtre (Miyalori)

– …Alzheimer était une vraie merde ; je suis même étonné qu’Eric ait tenu aussi longtemps

.
Autres oiseaux…
Des ailes pour planer au-dessus de la vie
Mes petites soeurs les hirondelles
Milosz ne parlait pas seulement aux oiseaux ; il leur chantait du Wagner !
Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard
Les autruches sont des oiseaux politiquement très avancés
L’oiseau qui avait lu Cioran
Le canari de Milosz s’est envolé !
Un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires

Des ailes (d’ange ?) pour planer au-dessus de la mort …

Muriel, qui a beaucoup de courage, me parle de son père qui vient de mourir et me montre une carte avec cette belle aile de Dürer, presque celle d’un ange… En rentrant chez moi, je feuillette les lettres de Van Gogh à Théo et trouve ces quelques phrases :

“Des ailes pour planer au-dessus de la vie!
“Des ailes pour planer au-dessus de la tombe et de la mort!”

(12 septembre 1875)

“Une lettre de mon père m’a appris ce matin la mort de l’oncle Jan. Une nouvelle de ce genre nous incite à répéter : Seigneur, attachez-nous intimement les uns aux autres et que notre Amour pour Vous rende ce lien de plus en plus solide”. [1er septembre 1875]

“Je lutte avec une toile commencée quelque jours avant mon indisposition ; un faucheur, l’étude est toute jaune, terriblement empâtée, mais le motif est beau et simple. Je vis alors dans ce faucheur l’image de la mort (…). Mais dans cette mort rien de triste, cela se passe en pleine lumière avec un soleil qui inonde tout d’une lumière d’or fin”… [septembre 1889]

Courage Muriel… Tu sais qu’il n’y a pas que les anges qui ont des ailes pour planer au-dessus de la mort. Et que ta vie continue d’être inondée de cette belle lumière d’or fin…

Albrecht Dürer – Aile. 1512. Aquarelle et gouache sur vélin. Graphische Sammlung Albertina, Vienne.

.
D’autres anges…
L’ange de l’histoire de Klee
J’aime bien ces anges…
L’ange voleur d’étoiles,
Sûrement j’exagère
Wer wenn ich schreiee
L’ange des ruines de Dresden…
J’aimerais bien que Dieu m’accorde 3 secondes !
Pourquoi Fra Angélico a t-il peint ce trou ?

Les simples de Dürer
Une chauve-souris de Dürer
Les petits tonnelets de Dürer
Le magnifique lièvre de Dürer…

Un surplace de plus en plus immobile…

oiseau_trailor2
.
Des journées entières à protéger maman contre cette sale maladie d’alzheimer que je ne suis pas en mesure d’empêcher… Je me tiens à sa verticale, immobile dans les airs, comme ces oiseaux qui se soutiennent sur place par un très infime et quasi imperceptible mouvement d’aile… Je me rends compte que je deviens tellement immobile à force d’être attentif à la moindre évolution que je ne sais même plus si un jour je pourrai recommencer à battre des ailes comme avant… A quoi auront servi toutes ces journées d’immobilité et toutes ces années d’attention quand les ailes se replieront ? The answer is blowing in the wind comme disait Bob Zimmerman.

Oiseau en vol, peinture de Bill Traylor

J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?
Mon autoportrait en petit singe enchaîné…
Immobilité et méditation…
Quelle est la durée de vie des oiseaux ?

J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?

saintfrancois.jpg Comme Saint-François, j’aurais bien aimé pouvoir parler aux oiseaux. Ou voler, comme Icare !

Mais en lavant les vitres chez Maman le week end dernier [post de 2004], je me suis rendu compte en regardant l’avenue en bas, debout sur un tabouret, que j’avais un vertige pas possible…

Donc si j’étais un oiseau je crois bien que j’aurais une trouille bleue de voler jusqu’au sommet d’un arbre ou du Dôme des Invalides, de regarder en bas et de ne plus oser repartir. J’aurais l’air de quoi ? Mais vivre sans la compagnie des oiseaux, ça non, je ne pourrais pas. Encore ce soir, quand je suis rentré, un merle chantait sur l’herbe mouillée. Un instant, après une journée noire, mon coeur a été joyeux. Que voulez vous, j’ai un petit cerveau d’oiseau et une âme de rossignol !

Avec un pied dans l’humanité et une aile dans le ciel, je me suis toujours senti – (peut-être ça se soigne ?) – une certaine proximité avec les oiseaux. Et je finirai sûrement comme Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz qui réservait toujours la même chambre à l’Hôtel de l’Aigle noir. Il écrivait au directeur : “j’arrive à telle date, veuillez me retenir la chambre 44”. Et on était obligé de lui retenir la chambre 44 car il venait avec ses oiseaux dans des cages – des péruches d’Abyssinie je crois – et on mettait un grillage à la fenêtre et il laissait les oiseaux voler dans sa chambre. Milosz disait : “il n’y a que les saints, les oiseaux et les enfants qui soient intéressants”. Comment ne pas l’approuver dans ce monde qui détruit l’enfance, ridiculise les saints et extermine les oiseaux!

Je vais essayer de lutter contre mon vertige. Pour pouvoir gagner le ciel étoilé… (cela m’évitera d’avoir envie de vomir tous le matin en entendant parler de la torture en Irak).

Mes petites soeurs les hirondelles
Le canari de Milosz s’est envolé

Les troubles de la vision binoculaire…

bird_cage02.gif Bon, le problème c’est que les troubles de la vision binoculaire se sont accentués avec l’opération de la cataracte (voir juin). Mes yeux ne convergent pas très bien et donc pendant que mon oeil gauche travaille pour lire un texte, l’oeil droit se prélasse dans la marge. Donc malaise pour lire et travailler. Dans ces cas là, on vous envoit chez un orthoptiste qui vous fait regarder dans des appareils bizarres où l’oeil gauche voit une cage et l’oeil droit voit un oiseau. Et l’idée, bien sûr, – enfin c’est ce que vous demande gentiment l’orthoptiste – c’est de faire rentrer l’oiseau dans la cage, histoire de faire travailler les muscles des yeux. Moi je ne peux pas ; je n’arrive pas faire rentrer les oiseaux dans des cages. Enfin je n’aime pas l’idée (car j’ai tout de même eu un chardonneret sublime une fois, mais c’est une autre histoire). Donc je sens que les séances vont être difficiles. Une fois, on avait voulu me faire sauter un lion dans un cerceau. Vous je ne sais pas, mais moi je considère qu’une civilisation qui met les éléphants dans des zoo et qui trouve drôle de faire faire du hulla-hoop au roi des animaux dans un cirque est une civilisation vulgaire.

Dès que je vois passer des rennes, je vous le dis
J’envie Tsang-Kie

“Ma tête était une mappemonde et un canari assis sur le sommet de ma tête chantait !”

“Je devais avoir quatre ans lorsque, un jour de Nouvel An, mon père m’offrit un canari et une mappemonde comme cadeau de bonne année. Après avoir soigneusement refermé les portes et les fenêtres de ma chambre à coucher, j’ouvrais grand la cage et laissais le canari voler librement… Il avait pris l’habitude de s’asseoir au sommet du globe et chantait pendant des heures et des heures pendant que je l’écoutais en retenant mon souffle… Je pense que cet événement extrêmement simple a influencé ma vie bien davantage que tous les livres et tous les gens que j’ai été amené à rencontrer ultérieurement. Parcourant inlassablement le monde pendant des années, accueillant tout et renonçant à tout, j’ai senti que ma tête était une mappemonde et qu’un canari était perché au sommet de ma pensée et chantait”.
Nikos Kazantzaki

Un texte de Kazantzaki que je trouve renversant de beauté
Toutefois, je vous assure que…
Parfumer les ragoûts à la Légion d’honneur
L’escargot archange

Le canari de Milosz s’est envolé !

%d bloggers like this: