Ces hommes qu’on ne peut pas ne pas entendre…


Je lisais ce soir ce magnifique texte de C.F. Ramuz :

“Il y a des hommes qui parlent et il y a des hommes silencieux.
Les hommes silencieux copient les hommes qui parlent quand il leur arrive de parler.
Ils n’ont pas l’habitude de parler ; ils se servent pour s’exprimer de phrases toutes faites.
En gros, et pour simplifier, il y a les hommes de la ville et les hommes de la campagne : ceux qui expriment des idées qu’ils n’ont pas, ceux qui n’expriment pas les idées qu’ils ont.
Ceux qu’on ne peut pas ne pas entendre et qu’on voudrait bien ne plus entendre ; ceux qu’on voudrait entendre et qu’on n’entend jamais.
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J’ai compté les mots qui disparaissaient… Il n’en reste plus

Voilà, Alzheimer® a presque terminé et gagné sa première bataille contre les mots. Maman, qui savait tant de choses, ne sait désormais plus rien. Les derniers mots qu’elle utilisait pour communiquer ont maintenant tous disparus (il en reste deux ou trois), remplacés par les terribles billes noires d’Alzheimer®. Plus de mots, juste du noir… Et je sais que ce n’est que la première manche d’Alzheimer® et que le pire est encore à venir. J’ose à peine imaginer. Je sais en tout cas que plus aucun miracle ne viendra s’agenouiller devant ma porte comme un chameau attendant qu’on le monte (un chameau bienveillant mastiquant un épi sec et souriant avec ses bons yeux aux grands cils). Voilà, je n’en dis pas plus. Je voulais juste donner quelques nouvelles du front à ceux qui parfois me disent qu’ils pensent à moi et me demandent comment ça va !

Je deviens traducteur ce ce qui n’a pas été dit
les plaisirs de la conversation
Le chat d’estelle
Mes jours avec alzheimer

Quelques petits bouts de silence, en vrac… Continue reading

Et si on écoutait enfin les sourds-muets ?


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Bon, je ne sais pas si c’est le Chablis ou la discussion avec Krim ce soir sur l’utilité des discours à l’ONU quand personne n’écoute plus, mais il est clair que les hommes politiques, les diplomates, les journalistes et les médias ont usé jusqu’à la corde tout ce qu’on pouvait dire avec des mots. Ils en ont fait des tonnes et créé des ravages en ouvrant le robinet à blabla du matin au soir, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Plus un moment de silence : ils parlent à n’en plus finir et jacassent tout le temps, sans interruption, partout : à l’assemblée nationale, à l’ONU, dans les commissions, dans les conseils, dans les hauts comités, dans les réunions, dans les journaux, au conseil des ministres, aux journaux télévisés… Partout ; ils parlent partout et tout le temps. Ils empilent les mots, et des mots sur des mots, et des phrases et encore des phrases sur des phrases, jusqu’à plus soif… Et moi ça m’épuise car on voit bien qu’ils n’ont même plus le temps de penser et de réfléchir.. Depuis des années, ils ont tout dit et le contraire de tout, à tort et à travers et dans tous les sens. Ils sont au bout de ce qu’ils ont à dire et n’arrivent même plus à convaincre personne.

Vous je ne sais pas, mais moi je suis carrément mort de les entendre parler. Je n’ai plus qu’une envie : apprendre le langage des signes. Comme ça je pourrai parler aux sourds muets. Peut-être EUX n’ont pas encore usé les mots jusqu’à la corde. Peut-être ce sont EUX les derniers qui ont encore des choses intéressantes à nous dire sur le monde ? Mais pour le savoir il faut évidemment que j’apprenne leur langue. Car on ne les entend ni à la radio, ni à la télé…

PS : Oui je sais… je sais que la bouche est faite pour parler ! Qu’ils parlent ne me gène pas ; mais la tête est faite pour penser. Et les oreilles pour écouter. Donc ce que je demande finalement c’est juste ceci : qu’ils écoutent davantage, pensent un peu plus, et parlent un peu moins ! Ne serait ce que pour entendre (c’était le début de ma conversation avec Krim ce soir) ce qu’avait à dire cette jeune fille de 13 ans à la tribune de la Conférence des Nations Unies en 1992 ? Personne n’a écouté, personne n’a entendu. Ils ont tellement usé les mots que maintenant tout le monde s’en fout. [Severn Suzuki, ECO (Environment Children Organisation) ONU, Rio de Janeiro, 1992]

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